Publié le 30 Décembre 2005

Film français de Stéphane Brizé - 1h33 - avec Patrick Chesnay, Anne Consigny, Georges Wilson, Lionel Abelanski, Cyril Couton.

 

Personne ne l’aime ? Forcément… Jean Claude, 50 ans, est huissier. Et sa vie est réglée comme une procédure d’expulsion : pas de place pour les sentiments. Et plus assez de force pour dire ce qu’on a sur le cœur. À moins… à moins d’oser. Le regard attiré par un cours de tango logé en face de son étude, Jean-Claude ose s’y aventure. Et là, une jeune femme, qui va pourtant bientôt se marier, ose l’inviter à danser… puis ose l’aimer. Ce serait une love-story ?. Pas seulement. Avec discrétion - à l’image de ses personnages, qui n’arrivent pas à tout se dire, à s’empoigner, à s’expliquer, et qui en souffrent en silence, jusqu’au point de rupture - le film est aussi l’histoire d’une révolution (rêvée, puis esquissée, et, en partie, accomplie). Révolution intérieure qui permet de fermer enfin la porte à un père envahissant ou d’accepter, comme on le peut, l’évidence de l’amour. Porté par des interprètes tous sensationnels (dont Patrick Chesnais, magnifique en Droopy touché en plein cœur, et Anne Consigny, exceptionnelle, que l’one espère cette fois définitivement révélée et consacrée par le cinéma), le deuxième long-métrage de Stéphane Brizé est, après le Bleu des villes, un film aussi modeste que réussi. Il dispense un moment de bonheur si intense qu’il serait tout à fait déraisonnable de s’en priver.

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Décembre 2005

Film américain de Tommy Lee Jones - 1h57 – avec Tommy Lee Jones, Barry Pepper, Julio Cesar Cedillo, January Jones, Dwight Yoakam

 

En une scène d’exposition glaçante, le décor est planté : nous voici dans le grand Ouest des éleveurs de bétail, où on a la gâchette facile, et la vie dure ; ce grand Ouest américain, qui fut jadis le décor de glorieux westerns, mais où il n’y a plus de quoi rêver.

 

Écrit par un mexicain, Guillermo Arriaga (auteur pour Alejandro Gonzalez Inarritu des scénarios d’Amours chiennes et de 21 grammes, Trois Enterrements est un film ambitieux, qui se propose de dépoussiérer l’Ouest mythologique. Le film le dit assez, avec sa galerie de personnages insatisfaits, désabusés : le Texas d’aujourd’hui n’a rien de romantique.

 

Mais c’est en restant fidèle à la vielle sagesse de l’Ouest que le film prend sa véritable ampleur romanesque. Toute l’histoire est en effet celle d’une promesse tenue jusqu’au bout.

 

« Mes références sont littéraires, plus que cinématographiques. Le terme « western » a souvent des connotations péjoratives. On croit que ce sont des histoires de saloon et de bagarres, sans la moindre profondeur humaine, explique Tommy Lee Jones. Mais on peut raconter l’Ouest comme d’autres la Grèce antique ou l’Angleterre élisabéthaine. Je m’intéresse particulièrement aux histoires de l’Ouest parce que c’est chez moi, tout bêtement, c’est mon pays, c’est ce que je comprends le mieux. Je crois aussi que c’est ce que je peux filmer le mieux, alors j’ai essayé de trouver une histoire à la hauteur de cette terre si belle et si brutale. »

 

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 10 Décembre 2005

Film irano-irakien de Bahman Ghobadi -1h35 – avec Soran Ebrahim

 

Concha d’or, Grand Prix (Festival de San Sebastian), Prix spécial du Jury (Festival de Chicago), Prix du Public (Festival de Montréal), Prix spécial du Jury et Prix du Public (Festival de Tokyo)

 

Les lauriers pleuvent à la pelle, les salles des festivals, cités ci-dessus, croulent sous les ovations à chaque projection… Bahman Ghobadi, vous connaissez, vous aviez aimé comme nous Un temps pour l’ivresse des chevaux. Les enfants sont les premières victimes des guerres dont les effets se poursuivent bien au-delà des accalmies. Mais dans Les Tortues volent aussi, il n’est pas question de larmoyer : les gamins et les jeunes ados qui s’amusent et s’acharnent à survivre dans ce village du Kurdistatn irakien n’ont jamais connu ni le confort, ni la paix. Alors, ils font avec ce qu’ils ont et la vie reprend inlassablement le dessus tandis qu’ils assument des drames dont on dirait ici qu’ils ne sont pas de leur âge. Ils sont superbement filmés, ont des bouilles craquantes et se battent avec les moyens du bord.

 

Kak Satellite est un gamin particulièrement déluré, pivot d’une petite bande qu’il dirige avec un savoir faire qui rendrait jaloux nos politiciens les plus chevronnés. Spécialiste des antennes paraboliques, bricolées, il tire de son savoir s’adapter et de sa force vitale une autorité incontestée qui agit même auprès des adultes. Mais ce gamin, que tout devrait pousser à la dureté, a un cœur d’artichaut…

 

« Après la fin du film, on se rend compte que le passé est amer, le présent est amer et l’avenir ne dépend de personne d’autre que de soi-même. Les puissant étrangers n’ont pas l’intention de créer un paradis pour nous. Ils nous exploitent pour construire des endroits merveilleux pour eux-mêmes » dit Bahman Ghobadi, qui n’est pas un tiède et entend bien apporter, par son cinéma, un point de vue fort, propre à faire bouger le monde.

 

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 7 Décembre 2005

Film américain de Wim Wenders - 2h02 – avec Sam Shepard, Jessica Lange, Tim Roth, Gabriel Mann, Sarah Polley, Eva Marie Saint

 

 

 

Au début du cinéma de Wim Wenders, il y a l’Amérique. Howard Spence, « le fantôme de l’Ouest », ne traverse pas les villes, des vallées, mais une immense signalétique fantomatique (décors rutilants des casinos, indications routières, panneaux publicitaires). C’est donc un bien mauvais procès que de reprocher à Wenders, comme on l’a lu ici ou là, de se complaire dans une imagerie exsangue. Qu’on le veuille ou non, c’est cela l’Amérique aujourd’hui : un pays qui ne croit plus en ses mythes, mais qui s’accroche à leur représentation ; un pays qu’on ne peut plus habiter, mais simplement traverser.

 

 

 

S’il n’est plus de terre natale, il n’est pas de retour au foyer. Pas de retrouvailles, que ce soit avec la mère, avec la femme qu’on a aimée (comment ne pas penser à Paris, Texas ?), avec le fils qu’on a ignoré. Impossibilité des retrouvailles qui donne lieu à des scènes bouleversantes : celle où Spence avoue sa peur de se reconnaître dans son fils, celle où Sky (merveilleuse, merveilleuse Sarah Polley) explique aux cendres de sa mère où elle va les disperser, celle où Doreen refuse de servir d’abri à la lâcheté de Spence (une séquence si forte qu’on a l’impression de voir toutes les femmes du monde reprocher à tous les hommes du monde leur fondamentale et pathétique lâcheté).

 

 

 

Après avoir voulu restituer le « poids du monde », après avoir aspiré à l’apesanteur, c’est-à-dire à la science-fiction, après avoir fébrilement interrogé le statut des images tout en renouvelant une foi têtue dans le pouvoir du cinéma et en l’existence des anges, le cinéma de Wenders, à l’aise aujourd’hui avec ses propres contradictions, dresse, avec beaucoup de liberté et de hauteur de vue, un constat inquiétant : nous avons perdu le droit de disparaître, le droit de se perdre. Les détectives privés nous retrouveront toujours.

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Rédigé par Huit et Demi

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