Publié le 25 Janvier 2006

Film sud-coréen de Kim Ki-Duk - 1h30 - avec Han Yeo-reum, Jeon Sung-hwan

 

Il y a des films qui pourraient circuler à travers le monde sans sous-titrage ni doublage. Autant dire que dans le nouvel opus du prolifique Kim Ki-Duk, auteur phare du jeune cinéma coréen, les dialogues sont rares et les images, dans leur candeur muette, scandées par la lancinante douceur de la musique.

 

Fable bariolée

 

Tout est réduit à l'essentiel : un lieu, un bateau, un vieil homme et une jeune femme sans passé. Recueillie dans son très jeune âge par le batelier et gardée à bord, complètement isolée du monde, elle s'approche du jour où elle aura dix-sept ans et où le vieux marin pourra enfin l'épouser. Drôle de couple et amour inclassable, sinon quelque part entre l'inceste et la pédophilie, que l'arrivée à bord d'un jeune homme bien de son temps, baskets et walkman à l'appui, vient briser. Délaissant une fois n'est pas coutume, ses atmosphères tendues et délétères, Kim Ki-Duk signe presqu'un double de son film le plus célèbre, L'Ile,  Même atmosphère aquatique, même sous-entendus sexuels. Sauf que, dans L'arc, la métaphore prend le contour d'une fable bariolée, d'un conte folklorique imprégné de mythologie et d'images bouddhiques, de sensations d'infinie douceur Attention, sous le sable le pavé. Et sous la soie, la déchirure

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 25 Janvier 2006

Film américain de Friedrich-Wilhelm Murnau  - 1h57 – (1927, Noir et blanc, muet) avec Janet Gaynor, George O’Brien, Margaret Livingston, J. Farrel MacDonald

 

C’est l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, où l’expression de l’art muet atteint son apogée, juste avant l’avènement du parlant. La fable contée est universelle : celle d’un amour pur et quasi enfantin que vient troubler une tentation extérieure. Paradoxalement, Murnau dépasse la dialectique classique d’une nature innocente et d’une ville corruptrice, puisque la ville est aussi le lieu de la réconciliation des amants. Ce qui l’intéresse d’avantage, c’est de rendre compte de deux états du monde, au sein d’un drame romantique que ses interprètes (Janet Gaynor reçut un oscar) rendent particulièrement poignant. Bien avant Welles, Murnau fait une usage savant de la profondeur de champ et des mouvements de caméra, d’une souplesse incroyable. L’utilisation des lumières est d’une sophistication extrême, d’abord au service de la quiétude campagnarde, puis de cette ruche bourdonnante qu’est la grande ville. Plastiquement, le résultat est pure poésie.

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 18 Janvier 2006

Film américain, danois de Lars Von Trier - 2h20 – avec Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé, Danny Glover

 

Après Dogville, Lars Von Trier poursuit avec Manderlay ce qui doit devenir une trilogie américaine, le troisième volet, Washington, n’étant pour l’heure qu’un projet. Comme dans le premier film, le cinéaste danois abandonne le décor réaliste au profit d’un grand plateau où les noms des lieux sont dessinés à la craie blanche. Quelques éléments de décor et accessoires servent à rendre vraisemblable le déroulement de l’action, sur un mode typique du théâtre d’avant-garde. La voix off du narrateur (John Hurt), pleine d’une ironie très british, renvoie pour sa part à l’influence littéraire du roman de mœurs à la Daniel Defoe..

 

Von Trier place son film sous le signe de la comédie morale. L’action se situe en Alabama, dans les années 30, dans une plantation où l’esclavage est toujours activé.

 

Manderlay tombe à point nommé dans une actualité française secouée par le débat sur la mémoire de la décolonisation et les dégâts de l’esclavage. Si Von Trier ne remet pas en question la culpabilité des Blancs, il s’amuse pendant deux heures à imaginer des situations retorses où les cartes sont redistribuées selon une logique provocante.

 

Pour Von Trier, le film est l’occasion de montrer des personnages de Noirs qui ne soient ni des maquereaux, ni des héros. Ils sont ambigus, faibles et vils, ils peuvent nuire aux intérêts de leur communauté.

 

Si le poids de la culpabilité pèse sur les épaules des esclavagistes américains importateurs de bétail humain, le film fait bouger les lignes de partage trop rassurantes du manichéisme qui prévaut sur ce sujet épineux. On peut ainsi reconnaître à Von Trier une certaine pertinence polémique.

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 11 Janvier 2006

Film japonais de Kiyoshi Kurosawa - 1h57 - avec Haruhiko Kato, Kumiko Aso, Koyuki

 

Avec Kaïro (Circuit), voici le virus du suicide, transmis gratuitement par le web. Le maître de cette ultramoderne cérémonie funèbre, Kiyoshi Kurosawa, est l’aîné des jeunes cinéastes nippons. Déjà auteur d’une vingtaine de longs métrages (dont beaucoup de films de genre), il tourne plus vite que son ombre. Cure, Charisma et License to live, témoignaient de son obsession du délabrement – social, familial, psychique, organique.

 

On trouve ces thèmes amplifiés dans Kaïro, film d’épouvante en milieu postado, dont la trame rappelle celle de Ring, titre culte des kids japonais. Ici, étudiants en informatique et jeunes salariés précaires se font happer un par un par un site Internet mortifère, où les défunts invitent les vivants au trépas en leur faisant prendre conscience de leur isolement sans issue. C’est une épidémie paradoxale : moins on se touche, plus on se replie sur soi, plus on a de chances d’être contaminé : les technologies de la communication mènent tout droit au gouffre de la solitude.

 

Kaïro n’est pas un énième thriller juvénile. La lenteur du rythme et la répétition entêtante de quelques scènes clés produisent autre chose que du frisson. Avec ses ectoplasmes évanescents, son mélange d’effets spéciaux numériques et d’accessoires de série B (du ruban rouge adhésif pour marquer le territoire des morts), ses poussées de mélancolie, c’est aussi un film poétique, d’une élégance toute crépusculaire.

 

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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