Publié le 22 Février 2006

Film canadien d’Atom Egoyan – 1h47 – avec Kevin Bacon, Colin Firth, Alison Lohman, Rachel Blanchard

 

Il y a dans les films d’Atom Egoyan un plaisir particulier du dispositif. Construits à la manière de puzzles, ses scénarios ne dévoilent leur intrigue que par morceaux à replacer dans le bon ordre. Le film paraît limpide : un cadavre (celui d’une jeune fille retrouvée assassinée, nue, dans la suite d’un palace en 1959), deux témoins suspects (un duo de comiques célèbres avant sa dissolution la même année) et une jeune journaliste chargée de faire la lumière sur ce crime treize ans plus tard.

 

Comme dans tous les films d’ Egoyan, le sordide le plus crapoteux (le meurtre de la beauté) se trouve indéfectiblement associé à son contraire (la victoire de l’innocence sur la mort).

 

La sensation de vertige que procure le film est liée au caractère mouvant des liens entre les êtres. Dès qu’on croit détenir une vérité, elle est contredite par la scène suivante. À Cannes, nous étions nombreux à espérer un prix d’interprétation pour Kevin Bacon et Colin Firth. Leur facilité à glisser d’un plan à l’autre du parfait cynisme au total désarroi pour revenir à la vulgarité suave de leurs personnages scéniques cultive l’émotion. Les enjeux du drame touchent à l’universalité dans leur manière subtile de renvoyer chacun à son rapport à l’image qu’il projette et à ses rêves d’enfant. Egoyan a paré son film des couleurs mélancoliques d’un passé révolu qui a sacrifié pour toujours l’espérance de beaux lendemains.

 

Positif

 

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Rédigé par Huit et Demi

Publié dans #Films projetés

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Publié le 15 Février 2006

Film français de Serge Le Péron – 1h41 – avec Charles Berling, Josiane Balasko, Jean-Pierre Léaud

 

Le récit des événements historiques est un exercice que le cinéma français évite frileusement depuis des décennies. Serge Le Péron rame courageusement à contre-courant en revenant sur l’une des affaires les plus honteuses des années de Gaulle : en 1965, Mehdi Ben Barka, leader du mouvement tiers-mondiste, est enlevé en plein Paris par des barbouzes français au service du gouvernement marocain. Il sera torturé puis assassiné. Le scénario repose sur deux paris réussis. Primo, le point de vue est celui de Georges Figon (Charles Berling, très convaincant), exécuteur du traquenard, pauvre type mais personnage dense, qui cristallise toutes les névroses de la France d’après guerre. Secundo, le film s’attache à un aspect rarement évoqué de ce crime : un documentaire sur la décolonisation, que Figon devait produire, avec Georges Franju à la réalisation, Marguerite Duras au scénario et Ben Barka comme conseiller. La mise en scène de Le Péron vise le dépouillement stylisé de Melville, mais y atteint rarement, en partie par manque de moyens. L’intérêt du film n’en souffre pas.

 

TéléCinéObs

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 8 Février 2006

Film américain d’Ang Lee - 2h14 - avec Jake Gyllenhaal, Heath Ledger

 

Entre Wyoming et Texas, pendant près de vingt ans, deux cow-boys s’aimèrent d’amour tendre. S’il est possible de résumer le Secret de Brokeback Mountain à la façon d’une fable, c’est que le film le permet, qui proclame qu’il vaut mieux être tolérant que le contraire.

 

Par ailleurs, sans vouloir voir le mâle partout, on notera l’homosexualité latente de bon nombre de westerns classiques (cf. la Rivière rouge de Howard Hawks où Monty Clift se déclare très impressionné par le gros calibre de son camarade. Mais à l’écran, le film vaut heureusement mieux que sa morale.

 

Avec cette adaptation d’une nouvelle d’Anne Proulx, Ang Lee empoigne deux mythes cofondateurs du cinéma hollywoodien : le western (école Anthony Mann) et le mélo (tendance Sirk). Certes Jack et Ennis, tout en jean et chapeau Stetson, sont deux jeunes cow-boys réglos. Mais en fait, plutôt gardiens de moutons que garçons vachers. Mais en réalité, plus ouvriers saisonniers dans l’Amérique des années 60, que pistoleros d’une nouvelle conquête de l’Ouest.

 

Bien loin d’accabler les personnages « normaux » dans le rôle des vilains ou des imbéciles, Ang Lee leur donne sans cesse leur chance. Ainsi des épouses Alma et Laureen, qui feignent l’innocence par crainte d’inquiéter leur posture étouffante de gentille ménagère Comme dans un bon Fassbinder, la mortification sociale répond à la mortification sexuelle. Capturé au lasso de l’identification et du frisson sexuel à dégagement méditatif (Montaigne et La Boétie font du rodéo), on verse quelques larmes de compassion au spectacle de cette haine de soi. Et si c’était cela le secret caché dans la montagne ? Qu’on peut être amoureux, être dans cet état monstrueux, sans pour autant obtempérer à l’obligation rabat-joie de lui donner un sens unique.

 

Libération

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 1 Février 2006

Film américain de George Clooney - 1h33 - avec David Strathairn, Robert Downey Jr, Patricia Clarkson, George Clooney, Ray Wise, Frank Langella... et Joseph McCarthy dans son propre rôle.

 

 

Scénario de George Clooney et Grant Heslov

 

 

 

 

 

Festival de Venise 2005 : Prix du Meilleur acteur à David Strathairn et Prix du meilleur Scénario

 

 

Georges Clooney n’en finit décidément pas de nous épater ! Le beau mâle au sourire ravageur a su prouver à Hollywood qu’il était bien pus que ça, et imposer des choix d’une rare audace. Comme celui de ce film en noir et blanc sur le Maccarthysme, où il ne s’est offert qu’un rôle secondaire, laissant la vedette à un acteur très célèbre au théâtre mais pas vraiment au cinéma : David Strathairn. Son grand talent est sans doute là, précisément : avoir su utiliser son succès d’acteur pour devenir réalisateur et tourner des films tes que celui-ci : libre, intelligent, exigeant et d’une virtuosité impressionnante.

 

 

Edward R. Murrow : présentateur vedette de la télévision du temps où celle-ci était encore une affaire de pionniers, de passionnés, une affaire de journalistes, autant dire dans une autre dimension. Son émission hebdomadaire captivait l’Amérique des années cinquante en présentant des sujets d’actualité sur un ton incroyablement novateur. L’homme a réellement existé, le film de Clooney nous en brosse le portrait et David Strathairn l’incarne avec une classe, une présence, une intensité folles.

 

 

La chasse aux sorcières bat son plein, la peur du communiste est partout, la suspicion fait des ravages et la délation a contaminé les rapports humains. Edward R. Murrow, intègre, brillant, professionnel jusqu’à la moelle et têtu comme une bourrique, décide de faire une émission sur le sénateur McCarthy…

 

 

Une bataille commence alors, par écran interposé, et c’est réellement passionnant.

 

 

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 1 Février 2006

La société CinéAlpes, qui exploite le Fellini, a rompu le bail qui la liait au SAN, propriétaire de la salle. Le SAN doit donc trouver un nouvel exploitant.
Cette situation inquiète Huit et Demi :
- Il est fondamental que le cinéma trouve un nouvel exploitant. En effet, ce lieu est conçu comme un cinéma, ne peut servir à autre chose. On imagine mal une friche industrielle au centre de Villefontaine !
- Mais il nous semble fondamental que la dimension culturelle d'une salle soit maintenue, et cela, autant que possible, avec l'Association Huit et Demi, qui depuis plus de 10 ans, a acquis une certaine compétence et expérience, permis le classement de la salle Art et Essai, et fidélisé un public.

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Rédigé par Huit et Demi

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