Publié le 28 Juin 2006

Film américain de Spike Lee – 2 h 10 – avec Denzel Washington, Clive Owen, Judie Foster, Christopher Plummer

 

Il y a dans le nouveau film de Spike Lee ce côté fusée à deux étages susceptible de fédérer le public le plus large et le plus varié. Divertissement spectaculaire de bonne facture et remise sur le métier des obsessions d'un auteur de cinéma, Inside Man signale, après un sensible affaiblissement de sa production récente, le retour en grande forme du trublion afro-américain de Brooklyn. La première étape du dispositif propulse un film de genre, voire de sous-genre, sous les espèces d'un récit particulièrement ingénieux de cambriolage. Action dopée à l'adrénaline, montée de la tension, personnages parfaitement campés, duels psychologiques sur le fil du rasoir, combustion à mèche lente des ressorts de l'intrigue, crescendo crispant du suspense, retournements imprévus de situation, fausses pistes et vrais imbroglios sur fond historico-politico-policier : tout y est.
La construction sophistiquée du film contribue au plaisir du spectateur par la déstructuration du récit, qui navigue non seulement entre divers points de vue, mais aussi entre deux temps rendus synchrones : celui du braquage proprement dit et celui de l'interrogatoire des otages à l'issue de leur libération, et parmi lesquels se dissimulent les criminels.
Avec les fantômes de la Shoah qui côtoient l'ombre du terrorisme, l'appât du gain qui voisine avec le devoir de mémoire, les vrais morts qui cohabitent avec les faux cadavres, la loi qui prend des libertés avec le droit, les victimes qui deviennent indiscernables des bourreaux et des politiques qui taillent des croupières à leurs propres forces de l'ordre, il est en tout cas probable qu'on sorte ébloui, mais un rien perplexe, de ce labyrinthe.

 

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Juin 2006

Film italien de Nanni Moretti – 1 h 47 – avec Silvio Orlando, Margherita Buy
 La présentation du Caïman par la presse au moment de sa sortie en Italie, à la veille des élections, a pu donner à penser que Nanni Moretti avait réalisé une sorte de brûlot anti-Berlusconi, vague équivalent italien du Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. C'était mal connaître Moretti, le cinéaste et le citoyen, c'était placer le film sous la menace d'une péremption (après les élections, quel intérêt ?), c'était enfin et surtout ne pas voir ce qu'est le Caïman. Berlusconi ou pas Berlusconi, italien ou non, hier, aujourd'hui ou demain, peu importe, le Caïman réalise un miracle au moins, celui d'être tout à la fois jubilatoire et essentiel.
Jubilatoire, parce que .l'humour à froid de Moretti s'y exprime avec une verve étourdissante, jusque dans ce qu'il peut avoir souvent de consterné. Le producteur mis en scène est un spécialiste du film de série et un adversaire proclamé du cinéma d'auteur. En pleine crise professionnelle et personnelle, son désarroi est tel qu'il accepte de produire le film d'une réalisatrice inconnue, dont il néglige de lire le scénario.
Scènes reconstituées, documents d'archives, film à l'intérieur du film, Moretti multiplie les mises en perspective, passe sans relâche du général au particulier et retour, l'émotion cueille le spectateur à l'instant où il se disposait à sourire, l'absurde s'empare du récit pour le faire rebondir sur la réalité, c'est une œuvre de virtuose, une  œuvre de grand cinéaste.


Le Nouvel Observateur

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Juin 2006

Film espagnol de Pedro Almodóvar – 2 h 01 - avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas, Blanca Portillo

 

De film en film, il devient de plus en plus manifeste que ce qui travaille Pedro Almodóvar, sans doute depuis toujours, c’est le récit, ses terres inexplorées, ses chemins de traverse, ses sentiers qui bifurquent, ses croisements inattendus, ses carrefours de la mort et ses retrouvailles joyeuses ou désespérées au point de départ. Volver en est la preuve.
Sur le papier et sur l’écran, Volver est donc une histoire simple, centrée sur un seul personnage, celui de Raimunda, une femme du peuple, originaire de la Mancha (Penélope Cruz, lumineuse, drôle, pimpante, généreuse, irradiant le talent), qui a un mari, une fille, une soeur, une tante, mais qui n’a plus sa mère, ni guère de travail. Et puis des événements, dramatiques, violents, mélodramatiques, drôles, vont changer tout ça, se bousculer, s’enchaîner dans un ordre dispersé, et les intrigues très vite se multiplier, tournant autour de Raimunda, toujours autour d’elle.
C’est de cette alliance entre un travail sur la forme d’une grande précision, de haute volée, et la description naturaliste, triviale et malicieuse, de la vie quotidienne de quelques femmes espagnoles, que naît Volver, film à l’équilibre fragile, qui ne ressemble, pourtant ou justement, à rien d’autre qu’à lui-même.

 

Les Inrockuptibles

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Juin 2006

Film franco allemand de Raoul Ruiz -  2h10 - avec John Malkovich, Veronica Ferres, Saffron Burrows, Nicolai Kinski, Aglaia Szvszkowitz, Paul Hilton...

 

 Quand le fantasque Raoul Ruiz s'empare de Gustav Klimt, cela ne donne évidemment pas un film biographique consciencieux, ni même une fiction très bien documentée, cela va bien plus loin : c'est comme un tableau de Klimt lui-même.
La mort n'est jamais très loin, ultime actrice d'un tour de magie qui refermerait la dernière porte de la grande mascarade de la vie.L'érotisme est omniprésent, celui des boudoirs feutrés où des galantes se mettent en scène au milieu des velours et des miroirs, celui des salons bourgeois où, sous les convenances et les corsets lacés, d'inavouables désirs rêvent de liberté et d'explosion chamelle.En s'appropriant totalement la figure de Klimt dans ce qu'il appelle « une fantaisie à la manière de Schniztler », Raoul Ruiz fait du peintre le centre de son film, comme si toutes les images, tous les rê­ves éveillés, tous les personnages ne faisaient que tourner autour de lui, à la manière d'une fresque immense, d'un manège surréaliste où tout est permis, où les lois de la raison sont définitive­ment abolies.Au fond, Klimt ne raconte pas l'histoire de la vie du peintre, il embrasse le ton d'une époque dans cet instant si particulier d'un Vienne érudit, littéraire et mécène et inscrit dans sa danse un peu macabre (Klimt aux derniers jours de sa vie) l'essence même de l’œuvre du peintre génial.
Aucune simple « bio » linéaire n'aurait su transmettre toute cette richesse avec autant de justesse, de grâce et d'humour.

 

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 7 Juin 2006

Film anglais de Niall Johnson – 1 h 42 – avec Rowan Atkinson, Kristin Scott Thomas, Maggie Smith, Patrick Swayze

 

Avez-vous vu, il y a quelques semaines, la nounou Nanny Mc­Phee (Emma Thompson) mettre de l'ordre chez les enfants d'un croque-mort dépassé par les événements ? Eh bien! Grace Hawkins (Maggie Smith) joue à peu près le même rôle auprès de la famille très bri­tish du pasteur de Little Wallop (57 habitants). Sauf que sa méthode est plus expéditive.
On est en pleine co­médie macabre, style Ar­senic et vieilles dentelles : hu­mour décalé, meurtres à gogo et amoralisme souriant.
Les comédiens ne demandent visiblement qu'à verser dans la démesure : Ro­wan Atkinson (ex-Mr Bean) se lâche avec le discours (hilarant) qu'il prononce sur les voies im­pénétrables du Seigneur, lors d'un très sérieux synode épisco­pal. Et ce sont les femmes qui héritent des meilleurs moments : on songe notamment, alors que la vieille serial killer très digne révèle sa véritable identité, au moment délicieux où deux actri­ces géniales (Maggie Smith et Kristin Scott Thomas) et une autre, très prometteuse (Tamsin Egerton), s'amusent et nous amusent en philosophant, avec un cynisme très rigolo, sur les petits meurtres entre amis et en famille.

 

Télérama

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Publié le 3 Juin 2006

Jean Douchet
Le 24 avril 2006 

 

 

 

 

 

Je suis surpris, attristé, et même colère d’apprendre que votre association, Huit et Demi, risque de disparaître. Pour être venu chez vous animer une séance lors du festival Kubrick, je ne peux que m’indigner, devant la qualité et la nécessité de votre travail, d’une telle décision.
Je vous apporte tout mon soutien pour que puisse continuer votre propagation du vrai cinéma. Votre existence est vraiment utile.
Croyez en mon soutien le plus total
Jean Douchet

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