Publié le 31 Janvier 2007

Film turc, français de Nuri Bilge Ceylan – 1h38- avec Ebru Ceylan, Nuri Bilge Ceylan

Les Climats (Iklimler) troisième long métrage de Ceylan (après Nuages de mai et Uzak) est une oeuvre aux résonances privées dans laquelle le cinéaste tient le rôle principal aux côtés de son épouse, Ebru Ceylan. Il dépeint le délitement du rapport amoureux, l'incompréhension entre ceux qu'unissait hier la certitude heureuse de la réciprocité. Les Climats invoque les mannes de Rossellini (Voyage en Italie) et Antonioni (le Désert rouge),poursuit leur travail de mise en doute des sentiments. Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. La modernité s'est attachée à perdre ces preuves et à instruire le dossier à charge.
Lui, Isa, est maître de conf' à la fac ; elle, Bahar, bosse pour des fictions télé. Des vacances à la mer défont les derniers liens. Revenu à Istanbul, Isa retrouve une ex-maîtresse dévergondée, Serap. Leurs rapports sexuels sont brutaux.
À la fois autoportrait en parfait connard, autoanalyse du sexe «fort» en mol obsédé de la domination et autobiographie de l'artiste en délaissé contemplatif, le film assume son indécision, sa part d'apesanteur morale et de démeublement narratif.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 24 Janvier 2007

Film français de Pascale Ferran – 2h30 - avec Avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc'h, Hippolyte Girardot, Hélène Alexandridis, Hélène Fillières - Prix Louis Delluc 2006

Un véritable miracle. C'est la première sensation qui s'impose à la vision de ce film bouleversant, qui scelle l'improbable rencontre d'une cinéaste française trop rare (Pascale Ferran) et d'un texte anglais trop connu. Même si, en vérité, Pascale Ferran s'est attaquée ici à une version antérieure et méconnue du texte canonique.
A quoi tient, en tout état de cause, le miracle ? Pour le dire en un mot, au fait que ce film renoue avec un génie cinématographique national qu'on croyait révolu. Ce réalisme lyrique, cette élégante fluidité, cet intimisme palpitant au rythme du monde, cette âpreté rayonnante de la chair, cette justesse d'approche et de ton, enfin, qui va droit au coeur des êtres et des choses, et qu'on ne croyait plus possible de voir et de ressentir avec une telle intensité depuis Grémillon, Renoir ou Pialat.
Incarnée par deux acteurs sidérants (Marina Hands ou la grâce absolue, Jean-Louis Coulloc'h ou la virilité magnifiée), aux côtés desquels Hippolyte Girardot campe un Clifford Chatterley magnifique de raideur, cette histoire si simple devient ainsi une exaltation dionysiaque de la puissance révolutionnaire de l'amour contre l'aliénation sociale qui paralyse, insidieusement ou manifestement, les hommes.
Cela, seul le cinéma le peut, et quand il le peut avec cette intensité d'inspiration et de désir, c'est tout simplement éblouissant.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 24 Janvier 2007

Film mexicain de Francisco Vargas – 1h38 - avec Don Angel Tavira, Dagoberto Gama

La violence du prégénérique – une scène de prise d’otage d’une population civile par une armée régulière – complique de fait la mise en place du récit. Le peu d’informations sur le contexte de cette scène, sa noirceur, au sens propre du terme (l’image, en noir et blanc, n’est éclairée que par de fins rayons de lumière), sont certes voulues, mais leur aspect marquant et énigmatique ne facilite pas la plongée dans la suite d’un film où l’on peine quelque temps à se repérer.
L’action se déroule entre campagne mexicaine et forêt amazonienne. L’armée attaque les populations des villages pour débusquer des guérilleros, tandis q’un vieux monsieur, à dos de mule, fait de la contrebande d’armes dans un étui à violon. On pense bien sûr aux habitants du Chiapas, aux prises avec l’armée mexicaine. Mais le parti pris du réalisateur étant de ne nommer aucune réalité précise, le récit, avec l’appui du chef opérateur Martin Boege, qui travaille certains plans de nature comme s’il s’agissait de gravures, prend l’allure d’un conte sans réalité historique autre que générique.
Dans ses dernières séquences, Le Violon accède alors , avec une certaine grâce, à la simplicité requise par le genre.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Janvier 2007

Film chinois de Wang Chao – 1h28 - avec Tian Yuan, Wu You Cai 

 

 

C’est en Chine que ça se passe. Là-bas, les films se situent non dans la logique de diffusion imposée par le marché en Occident, mais dans une logique de création. Une logique d’artiste, donc.
Ceux qui ont eu la chance de découvrit le premier film de Wang Chao, l’Orphelin d’Anyang, ne l’ont certes pas oublié. Jour et nuit est venu ensuite confirmer le talent exceptionnel de ce cinéaste âgé aujourd’hui de 42 ans, qui continue à creuser le même sillon avec ce nouveau film.
Wang Chao explore la réalité d’un pays qui va trop vite pour les humains, trop vite pour ses propres traditions.
Les acteurs sont extraordinaires, ils ne font rien, ils sont toutes les émotions et toutes les contradictions du monde, la durée des plans est parfaite, beaucoup sont d’une beauté à couper le souffle, certains vous forcent à retenir votre respiration, ainsi quand, aux deux tiers du film environ, la signification du titre apparaît, qui provoque une relecture instantanée de tout ce qui a précédé et place en condition d’apprécier ce qui va suivre. C’est du très grand cinéma. D’autant plus grand qu’il se sait condamné par les bouleversements qu’il enregistre.

Le Nouvel Observateur

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 10 Janvier 2007

Film français de Benoît Jacquot - 1h22 -, avec Isild Le Besco, Bérangère Bonvoisin, Marc Barbé, Manuel Munz, Yaseen Khan... FESTIVAL DE VENISE 2006 : Prix Marcello Mastroianni de la meilleure jeune actrice pour Isild Le Besco.

L’Intouchable est un film qui va vite, qui va loin, qui va de travers aussi. C’est à dire qu’il ne se perd pas en précautions inutiles, qu’il ne nous prend pas par la main pour tout nous expliquer minute par minute, qu’il nous entraîne, tant géographiquement qu’affectivement, vers des contrées qu’on n’imaginait pas cinq minutes avant, et qu’il file comme une flèche vers son but en prenant des chemins volontiers détournés. De quoi dérouter, voire dépiter, les spectateurs accros aux récits classiques soigneusement balisés, de quoi enchanter ceux qui préfèrent l’imprévu, l’incertain, l’insaisissable…
Le film nous offre une plongée hyper-réaliste, résolument non touristique, au cœur d’un pays extraordinaire, un univers fascinant et inquiétant à la fois. L’Intouchable est en fait un reportage ultra-sensible sur le corps et le visage d’Isild Le Besco confrontés à des situations déstabilisantes : découverte de son histoire intime dans les séquences du début, immersion dans un univers radicalement nouveau et déboussolant dès qu’elle pose le pied en Inde…
Jeanne trouvera-t-elle ce père inconnu ? Se trouvera-t-elle elle-même, plutôt ? On ne sait… Mais l’important n’est pas là. L’important, pour elle l’héroïne de ce film comme pour nous ses spectateurs, est dans le voyage, dans l’expérience, dans l’abandon…

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 3 Janvier 2007

Film américain de Robert Altman – 1h40 - avec Meryl Streep, Lily Tomlin 

Elle est blonde. « Son sourire est doux comme une tartine de miel et sa gabardine est si blanche que la pluie aurait honte de la mouiller », dit l’un des personnages. Cette superbe blonde qui rôde dans les couloirs, c’est la Mort, bien sûr, venue emporter un vieux chanteur de country dont l’heure a sonné. Le scénario n’avait pas prévu, en revanche, que la dame se déplace pour Robert Altman. Mais il a fini par la suivre, lui aussi, après avoir terminé ce film qui lui ressemble tant (une trentaine de personnages se croisant dans un lieu clos), sauf que, pour une fois, c’est la mélancolie qui l’emporte et non le vitriol.
Au départ, un scénario hautement improbable. La perspective de devoir passer deux heures dans les coulisses d’une émission de radio, en compagnie de vachers chanteurs, célébrant les plaisants marécages de leur cher Minnesota, ne devrait provoquer que la fuite immédiate. C’est compter sans ce diable d’Altman, manipulant génialement tout son petit monde. Avec pour prétexte cette émission diffusée depuis trente ans en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande – A prairie home companion, « le guide pratique de la prairie » –, suave mélange de numéros musicaux, de saynètes humoristiques et de publicités parodiques, il réussit un nouveau pamphlet ironique.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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