Publié le 25 Avril 2007

Film français de Jérôme Bonnell  - 1h36 - avec Jean-Pierre Darroussin, Emmanuelle Devos, Sylvain Dieuaide, Eric Caravaca, Florence Loiret-Caille..

C'est une comédie sur l'impossible réciprocité entre les individus, sur la part irréductible d'incompréhension et de solitude qui nous maintient appariés.
La légèreté, le presque rien de notations quotidiennes et la mélancolie des sentiments trahis donne au film son charme étrange, sa manière propre de ne pas y toucher et de toucher juste. Le cinéaste ouvrage patiemment scénario et dialogue mais, au tournage, il privilégie les plans-séquences, évite de trop découper, répugne à donner le clap de fin d'une prise et laisse place à une certaine improvisation.
 
Film sur « le dérisoire de fonctionner quand même alors qu'on ne sait pas trop pourquoi on est là », dit Jean-Pierre Darroussin dans un entretien du dossier de presse. L'histoire est suspendue à cette perplexité. Elle pourrait ouvrir sur une faille tragique, mais le cinéaste choisit le mode mineur des affects imperceptibles, des traits d'esprits qui n'en sont pas, d'un burlesque esquissé. Non les grandes orgues mais quelques notes d'une sonate pour piano d'Edvard Grieg.
Le premier long métrage de Jérôme Bonnell, le Chignon d'Olga, est sorti en 2002, suivi, en 2005, des Yeux clairs (prix Jean Vigo). Dès son coup d'essai, la douceur du style est là, de même que la pluralité des trajectoires jetées sans dessein apparent.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 25 Avril 2007

Film britannique, danois de Andrea Arnold - 1h53mn - avec Kate Dickie, Tony Curran, Martin Compston, Natalie Press... 
PRIX DU JURY, FESTIVAL DE CANNES 2006.

C’est un drôle de film prenant, fascinant, voire inquiétant, produit sous la houlette de Lars Von Trier, qui a donné à trois réalisateurs différents un point de départ identique et pour règle du jeu commune : 6 semaines de tournage et 6 acteurs… point final. Ce que réussit Andrea Arnold, au point de faire l’unanimité du Jury au Festival de Cannes 2006 (distinction exceptionnelle pour un premier film) !
Le boulot de Jackie est bien dans l’air du temps : surveiller une ribambelle d’écrans video qui répercutent ce qu’enregistrent des caméras plantées partout dans Glasgow, la capitale écossaise où elle-même habite, ville formidablement cinégénique par ailleurs… Ne pas perdre de vue les lieux publics, les rues, les immeubles, les entrées d’immeubles… Un boulot glauque, un entraînement permanent à la suspicion, au voyeurisme, qu’elle pousserait bien parfois au-delà du champ de la caméra, à l’intérieur des maisons…
Jusqu’au jour où, sur un des écrans, surgit un type qu’elle ne pensait plus revoir, qu’elle ne voulait surtout plus revoir, qu’elle pensait ne pas vouloir revoir. C’est qu’elle en a Jackie, des sales choses à oublier, des choses qui la tourmentent. 
Avec une habilité remarquable, Andrea Arnold titille là où c’est trouble, dans les choses inavouables autant qu’inavouées. Petite cousine d’Haneke et de Dostoïevski, elle interroge autant sur les pulsions intimes des individus que sur la fascination qu’exercent sur tout un chacun les histoires ambiguës où chaque personnage se révèle à la fois ange et bête, mais toujours au bord de la rédemption… 
La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 18 Avril 2007

Film français de Pierre Carles, Christophe Coello – 1h47 - avec Pierre Carles, Christophe Coello

Après avoir réalisé ensemble Attention, danger travail, où ils s'intéressaient à des cas individuels de désertion du marché du travail, Pierre Carles, Stéphane Goxe et Christophe Coello se penchent dans Volem rien foutre al païs sur des expériences collectives d'émancipation du salariat.
Et le résultat est stimulant. Il commence avec des discours de personnalités politiques de droite comme de gauche, de Georges Pompidou aux protagonistes de la campagne présidentielle actuelle, qui insistent sur les vertus de la compétition acharnée, de l'effort, de la valeur travail.
Après un détour par une réunion du Medef, où Pierre Carles, micro à la main, s'adonne à son numéro d'agitateur désormais bien rodé - et auquel la plupart de ses interlocuteurs refusent d'ailleurs de se prêter -, le film donne à voir diverses communautés qui, dans la lignée des expériences des années 1970, la liberté sexuelle en moins, inventent des modes de vie alternatifs.
Que ce soit en Espagne ou en France, qu'ils pratiquent allégrement le vol où qu'ils refusent tout ce qui vient du marché, ils considèrent tous le salariat comme une aberration pour l'homme, une souffrance imposée par une société qui crée sans cesse de nouveaux besoins et oblige à gagner de l'argent pour les combler.
La communauté humaine parfaite n'existe pas, et aucune de celles-ci n'échappe à la règle. Les auteurs ne font pas l'apologie d'un nouveau mode de vie. Ils montrent que des expériences existent.
Des expériences qui ne satisferont pas les aspirations de tous, certes, mais dont la seule existence et dont la parole des participants donnent à réfléchir. Leur propos consiste à montrer qu'une autre vie est pensable. C'est beaucoup.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 11 Avril 2007

Film français, roumain, français de – 1h46 - avec Dorotheea Petre, Timotei Duma


Éva a 17 ans et son sourire illumine tout, fait craquer le quartier et tous ceux qui l’approchent, pétante, impertinente, gavée de toute la vitalité du monde, elle entraîne dans son sillage son petit frère Lalalilu qui l’adore et la bade. On n’est peut-être pas riche, mais qu’est-ce qu’on s’amuse dans cette famille ! Surtout quand le père se fout un bonnet de mouton sur la tête, singe Ceausescu tandis que la joyeuse bande s’amuse à le persécuter avec un respect cathartique.
Passons sur les multiples péripéties, mais Lalalilu va devenir férocement anti-Ceausescu, dont il suppute qu’il est la cause de l’éloignement de sa sœur bien aimée. Dans la jolie petite tête en ébullition du facétieux gamin va germer un plan machiavélique : avec la complicité de ses copains, il décide de débarrasser le pays du dictateur qui lui pourrit la vie…
Pas la peine d’en dire plus, mais en décembre 1989 va se passer un événement qui va changer le destin de la Roumanie… grâce à Lilalilu.
Le Roumains découvraient ainsi un nouveau monde de liberté, de lait, de miel, de roses d’espoir… Ils faisaient dans l’euphorie la découverte du libéralisme, pouvaient enfin circuler dans le monde entier. Cette année, la Roumanie adhèrera à l’Union Européenne : si ça n’est pas le comble du bonheur !

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 4 Avril 2007

Film français de Joachim Lafosse - 1h30 - avec Isabelle Huppert, Jérémie Renier, Yannick Renier


Cela se passe en Belgique (l’auteur-réalisateur Joachim Lafosse, 28 ans, est né à Bruxelles), mais sans que soit convoqué l’habituel champ de ruines économique. Tout juste sent-on un vague désespoir social, qui conforte la frilosité des personnages.
Pourtant, le film est aussi implacable que la vie : la dislocation familiale est en marche. Personne ne semble en être totalement conscient, pas même la mère, qui affirme vouloir vendre la maison, à la grande colère de ses fils. La subtilité de l’auteur est de savoir capter cette inertie dérivante, au ras du quotidien en caleçon et chaussettes. Les rituels toujours répétés du repas dans la cuisine, de la salle de bains partagée, du canapé face à la télé donnent l’impression d’un présent perpétuel. La mère et les fils se charrient et s’engueulent comme ils l’ont toujours fait, comme s’ils devaient le faire éternellement. Mais la séparation se précise, et les chamailleries tournent à l’insulte et la haine. L’un des deux fils se révèle en mini ayatollah, prêt à tout pour empêcher l’émancipation de sa mère.
En plans fixes chargés d’une électricité de plus en plus explosive, le film tire un très beau parti de l’hétérogénéité de son casting. Logée à la même enseigne que les autres, Isabelle Huppert parvient à la fois à faire du Isabelle Huppert, avec ce que cela comporte de jubilatoire, et à se fondre dans la trivialité épidermique de la situation. Tout concourt ainsi à un film plus que prometteur, déclinaison familiale et assez bouleversante d’un thème pour le moins universel : nous ne vieillirons pas ensemble.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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