Publié le 30 Mai 2007

Film français d’Emmanuelle Cuau – 1h46 – avec Sandrine Kiberlain, Gilbert Melki

Un type ordinaire dans une situation qui, de jour en jour, se banalise : le droit de la police contre le droit des citoyens. « Ce qui est terrible sur cette terre, c'est que tout le monde a ses raisons », dit Emmanuelle Cuau ( in dossier de presse) citant le personnage d'Octave dans la Règle du jeu de Renoir.
Tout le monde a ses raisons : la police, la victime, son épouse (Sandrine Kiberlain, idoine en front tranquille du refus), littéralement interdite quand elle apprend ce qui est arrivé à son mari. Des raisons d'autant plus effrayantes qu'elles aspirent toutes au bien, malgré tout, voire contre notre volonté commune. La charge n'étant pas le genre du film, les flics ne sont pas des mauvais bougres, les psys sont préposés à la guérison.
La force de Très bien, merci, sa lame de fond, tient à ce qu'en aucun cas il ne prétend au sensationnel. Le spectaculaire de l'engrenage, façon After Hours de Scorsese, n'a pas lieu. Bien qu'il y ait engrenage. Mais plutôt à la façon d'une petite horlogerie sourde et sournoise qui tournerait sans nous, un mécanisme de bombe à retardement dont le compte à rebours en partie nous échappe.
Dérapage. « Comment ça va ? » est l'interrogation antérieure au titre. « Comment ça va mal ? » pourrait être la question d'actualité. D'autant qu'Emmanuelle Cuau n'héroïse pas son personnage en martyr.
Très bien, merci suggère en solution qu'il faut être aussi rusé que les systèmes qui prétendent nous domestiquer. Plus que jamais en ces temps, c'est un film politique.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 23 Mai 2007

Film chinois de Jia Zhang Ke – 1h48 - avec Han Sanming, Zhao Tao

Jia Zhang-ke, dont le nom n'est pas encore familier du grand public, est sans doute le plus grand cinéaste chinois de tous les temps. Son oeuvre, inaugurée en 1995 et demeurée longtemps clandestine dans son propre pays, témoigne des violentes mutations économiques et politiques de la Chine en même temps que de l'essor cinématographique qui accompagne, logiquement, la projection de cette super-puissance.
Voir un film de Jia Zhang-ke, c'est donc faire bien davantage que se familiariser avec l'un des fleurons de la création indépendante chinoise. C'est entrer à la fois dans la préfiguration du monde de demain et dans le laboratoire esthétique d'un cinéma qui en relève d'ores et déjà les défis. Technique numérique, fiction documentée, lyrisme électrique, hypersensibilité poétique à l'interaction entre l'homme et son milieu : tels en sont les principaux traits relevés à ce jour.
Après Plaisirs inconnus (2002) et The World (2005), qui évoquaient déjà la menace d'absorption de l'être humain par un paysage à haut débit consumériste, Still Life, septième long métrage de ce génie de 37 ans, se met de nouveau au diapason de la métamorphose capitaliste chinoise.
Que signifie le fait de chercher un proche que le passage du temps nous a rendu si lointain ? Que signifie le fait même de chercher qui ou quoi que ce soit dans une ville où les immeubles s'écroulent comme châteaux de cartes, où les rues sont englouties par les eaux, où les humains eux-mêmes semblent promis à la disparition ? Ceux qui cherchent encore quelque chose dans cette aveuglante confusion ne sont-ils pas objectivement plus proches entre eux que le lointain qu'ils sont venus rejoindre ? De ces questions, le film fait un enjeu plastique et narratif, une réflexion qui porte à la fois sur l'espace et le temps.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 16 Mai 2007

Film de Jens Lien – 1h35 – avec Trond Fausa Aurvag et Petronella Barker

Un jour sans fin à la sauce norvégienne, ça vous parle ? Ce film de Jens Lien assume la comparaison avec celui de Harold Ramis. « Mon acteur principal, Trond Fausa Aurvag, est le Bill Murray scandinave », dit par ailleurs le réalisateur Jens Lien. L’histoire est celle d’un homme qui se trouve catapulté un matin dans une métropole inquiétante, sans savoir comment il est arrivé là.
Jens Lien parvient à créer un univers aussi fascinant qu’effrayant : les habitants, toujours polis et gentils, sont dépourvus d’émotions et ne manquent de rien dans ce meilleur des mondes sans enfants, sans arbres, sans saveurs, sans odeurs. Pourtant, le taux de suicides est en hausse. Mais tous échouent. Andréas est-il arrivé en enfer, au paradis, au purgatoire ? Est-il victime d’une malédiction ? Norway of life, critique de la société occidentale moderne, « de plus en plus aseptisée », fait mouche grâce à l’humour absurde des dialogues et au point de vue décalé de son personnage principal, nostalgique de son ancienne vie.
« J’aime les œuvres de Buñuel et de Wong Kar-Wai, nous révèle le cinéaste. Dans Norway of life, j’hésite tout le temps entre le surnaturel et le surréalisme Je considère le cinéma comme une forme d’art où l’on peut faire preuve de poésie dans la narration. J’ai un problème avec les histoires qui donnent systématiquement des réponses ».

Le journal du dimanche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 16 Mai 2007

Film d’Erwin Wagenhofer – 1h36 - avec Peter Brabeck, Jean Ziegler

Film choc du printemps, présenté en séance spéciale pour la presse lors des dernières Rencontres de Gérardmer, We feed the world est un documentaire exemplaire.
Sans appuyer lourdement sa thèse sur les dangers du déséquilibre alimentaire entre pays nantis et pays en voie de développement, le cinéaste autrichien montre, commente et laisse au spectateur le soin de tirer les conséquences. Certes, dès les toutes premières images et le générique d’ouverture, on voit des tonnes et des tonnes de pain de la veille en train d’être évacuées vers la poubelle, il s’octroie le loisir de rappeler que ce gaspillage quotidien permettrait de nourrir en boulange la deuxième grande ville d’Autriche. On rencontre aussi dans les eaux de Bretagne les derniers pêcheurs artisanaux nous montrant la différence entre un poisson pêché et conservé en grande quantité (on les reconnaît à leur mollesse) et un autre pêché de manière traditionnelle. De la France à l’Espagne, pour visiter ses immenses serres stakhanovistes, puis jusqu’au Brésil où la sécheresse menace la survie des habitants locaux obligés de boire une eau stagnante où nous ne tremperions même pas les pieds on voyage beaucoup tout au long de ce docu très pointu. Et la scène finale de la vie et déchéance des poussins, de la naissance à l’extermination de masse, est un pur moment de surréalisme horrifique.

Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 9 Mai 2007

Film libanais de Philippe Aractingi - 1h52min -  avec Rodney El Haddad, Nadine Labaki, Nada Abou Farhat, Omar Rajeh

Sorti en 2006 au Liban, cet Autobus a remporté un triomphe, doublant au box-office de grosses machines comme King Kong ou Harry Potter. Le public local s’est reconnu dans cette drôle de comédie, mi-road-movie, mi-film musical, à l’énergie communicative. Ce projet singulier, Philippe Aractingi, jusque-là documentariste exilé longtemps en France, le portait depuis longtemps. Comment parler d’un pays éprouvé, déchiré par les conflits, mais vivant, et résolu à le rester ? En embarquant une troupe de comédiens danseurs hauts en couleur dans un bus non moins bigarré, au gré d’une tournée à la fois émouvante et cocasse, de Beyrouth à Baalbek, berceau de la dabké, danse traditionnelle libanaise.
Kamal, héros de l’histoire, réunit en effet ses anciens copains de jeunesse pour reprendre une aventure artistique (dabké version techno !) que la guerre avait interrompue. Voyage au cœur d’un pays radieu­sement beau malgré ses cicatrices, mais aussi au creux des mémoires, individuelles et collectives. Avec ses attachants personnages, du plus introverti au plus flamboyant, Aractingi fait rouler l’espoir à vive allure. Depuis, hélas, la guerre a repris de plus belle, et certains lieux du tournage n’existent plus. Le film, lui, est toujours là, plus vibrant que jamais.

Télérama

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Publié le 9 Mai 2007

Film français d’Hélène de Crécy – 1h30

Hélène de Crécy signe son premier long métrage dur une quotidienneté qui nous touche : la journée d’un généraliste, qui est en même temps son portrait.
Spécialiste en médecine tropicale, écrivain et journaliste ayant exercé en Afrique, Luc Perino prête à cette douzaine d’entretiens professionnels un expérience solide, sa conscience morale. Une familiarité avec les sciences exactes, l’acuité de l’écoute se complètent par l’humour, par sa touche personnelle.
Le film est scandé par plusieurs apostrophes spontanées de Perino à la caméra, commentant son propre rôle dans les choix faits par ses patients. De même que l’excellent montage, la démarche ne contredit pas la stratégie du « no comment » d’un Wiseman, d’un Depardon, car les faits sont éloquents. Au travers des liens proclamés entre les symptômes et le discours d’un patient, entre le soma et la psyché, se dessine le schéma des décalages qui font parler le médecin. Du berceau à la tombe, le corps est le gardien de l’âme. Il faut agir en conséquence. Ni fausse compassion, ni dramatisation ne dérange l’équilibre. De Crécy met en scène les dédales entre mot et image pour montrer le monde comme il va, malade et sain.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 2 Mai 2007

Film franco-béninois de Sylvestre Amoussou -  1h26min - avec : Eriq Ebouaney, Stéphane Roux, Charlotte Vermeil

C’est le monde à l’envers. Littéralement : dans l’avenir imaginé par le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou et l’auteur français Pierre Sauvil, le continent africain est devenu une fédération puissante et prospère, tandis que l’Europe a sombré dans la misère, la famine et la guerre civile. Bien évidemment, ce déséquilibre crée d’importants flux migratoires… du Nord au Sud. Dans le sillage de ses deux héros français « clandestins », le cinéaste, dont c’est le premier long métrage, force ainsi le spectateur occidental à une totale inversion des rôles.
Pendant un peu moins d’une heure et demie, il joue à nous faire éprouver ce qu’endure aujourd’hui un immigré dans nos riantes contrées : traque des sans-papiers, racisme, mépris, humiliation… La démonstration, traitée sur un ton de comédie faussement naïf, est efficace. Quelques traits de satire politique « à clés » s’ajoutent au tableau, avec la lutte féroce entre le parti xénophobe de Yokossi, et celui du progressiste Modibo. Même si l’on relève des maladresses (l’interprétation un peu figée, le côté bricolo de certaines situations), la fable fait mouche, proposant un regard original et généreux sur un débat de société ultra-sensible.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 2 Mai 2007

Film danois, suédois de Susanne Bier - 1h55 - avec Mads Mikkelsen, Sidse Babett Knudsen, Rolf Lassgard

Il trime, Jacob (Mads Mikkelsen) dans son orphelinat indien qui ne saurait secourir toutes les misères du pays. Il trime jusqu’au jour où un mécène danois l’invite à retrouver son pays, promesse à l’appui d’un gros chèque pour son institution. Jacob hésite mais, de nos jours, les mécènes se font rares. Départ, donc, pour Copenhague avec promesse d’être revenu pour l’anniversaire d’un des enfants.
Comme dans ses films précédents (Open Hearts et Brothers) et avec le même scénariste, Anders Thomas Jensen, la réalisatrice retrouve ici le thème qui lui est cher de la cellule familiale en plein dysfonctionnement. Cela lui a valu de beaux succès dans son pays, comme dans les festivals. After the wedding (après le mariage) a été d’ailleurs le candidat du Danemark pour les European Film Awards comme pour les oscars et a passé à chaque fois le cap des éliminatoires, sans pour autant l’emporter à l’arrivée. C’est mettre à la place qu’il mérite, ni trop ni trop peu, un film nerveux, où la caméra traque sans relâche d’excellents comédiens, leur faisant exprimer un jus de haute tenue. En ressort, une étude psychologique où les bons sentiments le disputent au vitriol, quelque part entre Mauriac et Chabrol si l’on veut chercher comparaison chez nous.

L'humanité

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Rédigé par Huit et Demi

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