Publié le 27 Juin 2007

Film de Barbet Schroeder – 2h15

Vergès est ce von Stroheim d’après-guerre, une figure des luttes anticoloniales qui n’aime rien tant qu’être haï, cultivant le paradoxe, flirtant avec l’indéfendable. Le jour où il n’y aura plus de personnages comme Vergès, la réalité sera ennuyeuse à mourir, la moralité la plus étriquée aura gagné : il y aura le camp des bons, celui des mauvais, et quelque chose manquera, la présence de celui qui porte sur lui un infini tissu de complexité. Vergès, on le rêve ainsi, est un salaud, un dangereux salaud, par goût et plus encore par nécessité, par liaisons dangereuses. L’opaque campe encore, à 82 ans, un personnage hors morale : le voilà personnage d’un film de Barbet Schroeder, évidemment par-delà le bien et le mal.
Pas de Vergès sans cette part assumée de mythomanie, d’invention, d’absences répétées (huit ans de « grandes vacances », parti sans donner de nouvelles : 1970-1978).
Fascination encore et toujours de celui, inévitable, dont la vie semble avoir été écrite au dos d’un SAS ou au bas d’une dépêche Reuters. Quand on les recoupe, ça donne moins une vie qu’une histoire : celle du monde en feu, toute la seconde moitié de celui que l’historien marxiste Eric Hobsbawn nommait « le court XX e siècle ». De Vergès, comme de ce film décisif, passionnant, c’est peu de dire qu’il nous regarde.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

Publié dans #Films projetés

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Publié le 20 Juin 2007

Film français de Christian Rouaud – 1h58

Par quel mystère un documentaire de forme archi-classique, mixte de têtes qui parlent et d'archives filmées, devient-il un film d'action palpitant, une épopée digne de John Ford, un plaisir de cinéma du samedi soir ? Ce film formidable répond en trois mots : une histoire, des personnages, un montage. L'histoire débute le 17 avril 1973 à l'usine horlogère Lip de Palente, dans la banlieue de Besançon, une entreprise jadis florissante qui dépose aujourd'hui son bilan.
Le 15 juin, 12 000 manifestants sillonnent les rues de Besançon, avec l'appui de l'évêque de la ville qui fait sonner le glas. Le 18 juin, une assemblée générale vote la reprise du travail sur le mode de l'autogestion. Le 3 août, les ouvriers refusent le plan de sauvetage, impliquant de nombreux licenciements, proposé par le ministre du développement industriel Jean Charbonnel. Le 15 août, les CRS prennent l'usine d'assaut. Le 29 septembre, 100 000 personnes défilent cette fois à Besançon. Le 29 janvier 1974, un plan de relance est approuvé par les grévistes, contre la promesse d'une réembauche progressive de tous les ouvriers.
Cette épopée resterait lettre morte, du moins sur le plan du cinéma, sans la présence des modestes retraités devenant ici les fabuleux personnages qui la font revivre. La chaleur des assemblées, l'organisation des réseaux clandestins, le sentiment quotidien d'improviser l'utopie, le prêtre qui confesse avec gourmandise son coup de poing contre la police, le patron de gauche qui évoque, la larme à l'oeil, la fermeture de l'usine, sont autant de moments qui font de ce film une extraordinaire aventure humaine.
 Dans le désert consumériste qui devient le nôtre, ce film résonnera donc haut et fort, parce qu'il réconcilie le cinéma du samedi et celui du grand soir sous les auspices nécessaires d'un rêve à reconduire.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 6 Juin 2007

Film français de Julian Schnabel –1h52 - avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie José Croze

Le livre de Jean-Dominique Bauby, véritable best-seller lors de sa sortie en 1997, traduit dans une trentaine de langues, raconte l'histoire de cet ancien rédacteur chef du magazine féminin, Elle, victime en 1995 d'un Locked In Syndrom (littéralement « syndrome d'enfermement », état neurologique rare qui se traduit par une paralysie totale, excepté les paupières, avec une incapacité de parler mais le maintien des facultés intellectuelles, de la vue et de l'ouïe), suite à un accident cardio-vasculaire. Totalement paralysé, sur un lit de l'Hôpital Maritime de Berck, il ne communiquera plus qu'à l'aide de sa paupière gauche. Avec l'aide d'une orthophoniste, il rendra compte, grâce aux battements de ses cils, de son état de prisonnier d'un « scaphandre ». Durant cette période d'inactivité, sa paupière fut son seul « hublot ». Il livrera un témoignage bouleversant, prouvant que son esprit pouvait rester libre tel un « papillon ». Dictée lettre à lettre, l'écriture du roman a nécessité un an et demi. Son auteur décéda le 9 mars 1997, peu après la parution du livre.
Mathieu Amalric interprète le rôle de Jean-Dominique Bauby dans Le Scaphandre et le papillon, que dirige Julian Schnabel d'après le roman de l'ancien journaliste du magazine Elle. Le peintre et metteur en scène retrouve ainsi l'univers de la littérature après Avant la nuit, dans lequel il s'attaquait à la vie d'un autre écrivain, Reinaldo Arenas. A noter que le cinéaste aurait pu retrouver Johnny Depp, longtemps pressenti pour jouer le rôle-titre avant que Mathieu Amalric n'obtienne finalement le rôle. Marie-Josée Croze, dans le rôle d'Henriette Roi, Anne Consigny, qui incarnera Claude, Emmanuelle Seigner dans le rôle de Céline Desmoulin et Patrick Chesnais, dans celui du Dr. Lepage, complètent un casting francophone. Le script est signé par Ronald Harwood, le scénariste du Pianiste.

Allociné

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Rédigé par Huit et Demi

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