Publié le 26 Septembre 2007

Film français de Céline Sciamma – 1h25 – avec Pauline Acquart, Louise Blachère, Adèle Haenel, Warren Jacquen.

Ô poulpe au regard de soie. Difficile de ne pas penser à Lautréamont devant les déhanchements de Floriane (Louise Blachère) et son regard vide. Floriane est une nageuse synchronisée qui a tout pour elle, y compris cette beauté lasse et blasée qui laisse toujours imaginer des profondeurs abyssales. En tout cas pour la petite Marie (Pauline Acquart), aussi plate et raide que l’autre est souple et plantureuse, la promesse est grande.
Céline Sciamma échappe à la simple chronique adolescente en faisant de son titre un programme. La naissance des pieuvres (au pluriel) figure la naissance de la séduction, ce mouvement successif d’approche cajoleuse et de retrait rétracté. Pour une fois la séduction est filmée calmement, sans aucune hystérie. La métaphore-arabesque, filée à même le corps des comédiennes, gagne en revanche tous les gestes : les lèvres sur la vitre sont des ventouses, les bras écartés en guise d’offrande, des tentacules. Les pieuvres se déploient autant dans le jeu nonchalant de Floriane que dans la détermination insatiable de Marie. Quant à Anne, elle prend tout le monde de vitesse en attirant puis en couchant avec un garçon parce qu’il l’a instrumentalisée. Pour elle aussi, ventouses collantes puis jeu d’encre.
La mise en scène ne paie pas de mine mais avance discrètement à coup d’inserts érotisés et d’abolitions du hors champ. Naissance d’une pieuvre, peut-être. Petit film, mais grande séduction

Cahiers du cinéma

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 26 Septembre 2007

Film belge de Joachim Lafosse – 1h25 – avec Fabrizio Rongione, Kris Cuppens, Cédreic Eeckhout

Dans le genre du film dans le film, Ça rend heureux est non seulement une comédie virevoltante et très drôle, mais aussi le portrait d’un fou furieux, un as de la débrouille capable de déplacer des montagnes pour arriver à ses fins. Et si c’était lui le véritable entrepreneur, cette denrée rare que la société peine à trouver ? Fabrizio donc. Au centre de l’histoire, à l’origine de l’aventure du tournage. Mais il y a tous les autres, Kris, Anne, Mariet, Dirk, Cédric, François, Catherine, Isabelle, Kristof, Delphine, Carine, dans cette capitale où francophones et néerlandophones créent de concert. Car pour faire un film, et c’est l’un des messages les plus appuyés de Joachim Lafosse, il est indispensable de la jouer collectif.
Peu importe alors les titres : ingénieur du son, assistant réalisateur, accessoiriste, scripte… Un tournage, c’est une équipe. Il se peut que l’on doive à l’électro-machino que le navire ne sombre pas. Sur un thème archi-rebattu, Ça rend heureux réussit à étonner et émouvoir en montrant le tournage comme un lieu d’apprentissage en accéléré du vivre ensemble. Quand cela est dit sur le mode de l’auto-ironie et avec une énergie folle, on en redemande. D’autant plus qu’y transparaît à chaque plan l’amour du cinéma, la nécessité impérieuse de tourner, de créer, de raconter des histoire. À tout prix, à n’importe quel prix.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 19 Septembre 2007

Film franco libanais de Nadine Labaki – 1h36 – avec Nadine Labaki, Yasmine Al Masri, Joanna Moukarzel

C’est doux, c’est chaud, c’est voluptueux, charnel… C’est un film doré comme le caramel à l’orientale, mélange de sucre, de citron et d’au qui sert à faire une peau lisse et douce, prête pour la caresse, à point pour l’amour Un film doré comme les gâteaux au miel, comme la lumière qui fait du salon de coiffure de Layale un cocon paisible, une parenthèse où les femmes se retrouvent pour se faire du bien et se lâcher entre copines.
Ici point n’est question de violence, le film a été fait avant la guerre de l’été dernier. Et si Nadine Labaki s’est un moment culpabilisée : «  à quoi rime ce film coloré qui parle de femmes, d’amour et d’amitié ? »… elle a fini par conclure que Caramel est sa façon à elle de survivre à la guerre, de la dépasser. Si le film fait la part belle aux femmes, les hommes qui tournent autour d’elles comme autour de la lumière les phalènes sont loin d’être odieux ou croqués à la légère.
Caramel est un film spontané, chaleureux, humain, sensuel, féminin, drôle… à la lumière des derniers événements il se colore, presque malgré sa réalisatrice, d’un message politique : constat sur la société libanaise vue du côté des femmes, il rappelle que la coexistence entre les différentes religions et races et naturelle, spontanée et « qu’il faudra bien qu’on trouve un jour le moyen de vivre ensemble malgré toutes nos différences »… Une semaine après la fin du tournage, Beyrouth était bombardée.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 12 Septembre 2007

Film britannique d’Alan Parker – 1h53 – avec Bob Hoskins, Bob Geldof, Christine Hargreaves

L’histoire développée par Roger Waters est bouleversante car d’une sincérité de chaque instant. Le compositeur revient sur la mort de son père lors de la Seconde Guerre mondiale et évoque son divorce avec l’énergie du désespoir.
Alan Parker parvient à sublimer le matériau d’origine en créant des images visionnaires qui frappent immédiatement l’esprit. Conscient de la radicalité de cette histoire, il n’hésite pas à plonger le spectateur dans un flot d’images violentes, excessives et totalement expressives. Il réussit un tour de force incroyable : il suit à la minute près l’album d’origine (pourtant très proche parfois de la musique concrète) et utilise pour cela une narration déstructurée. Il insère avec talent des passages magnifiquement animés par le génial illustrateur Gerald Scarfe et parvient à tirer du chanteur Bob Geldof une interprétation complètement hallucinée.
L’ensemble constitue un kaléidoscope d’images qui immerge le spectateur dans un univers maladif, suicidaire et régressif. La réussite est totale, si bien qu’il est impossible aujourd’hui d’écouter l’album sans avoir à l’esprit la transcription visuelle d’Alan Parker. Cette œuvre bouleversante peut être considérée comme une pierre angulaire dans la riche carrière du groupe anglais. Mais n’oublions pas que ce n’est qu’une brique de plus dans le mur !

Avoir-alire.com

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 12 Septembre 2007

Film roumain de Cristian Mungiu –1h53- avec Anamaria Marinca, Vlad Ivanov, Laura Vasiliu.

Ainsi les Dardenne ont un fils, et il serait roumain. Il se nomme Cristian Mungiu, il est né en 1968 et, au faire-part, nous ajouterons que ce rejeton naturel des frères liégeois a déjà deux autres longs métrages à son actif, Occident (2002) et Lost & Found (2005). Deux films que l'on serait curieux de voir pour comprendre ce qui nous est tombé sur la tête en découvrant 4 mois, 3 semaines et 2 jours, sorte de bloc de force à flux tendu. 1 h 53 dans Bucarest en 1987 : Roumanie, année moins deux.
Comme 12 h 08 à l'est de Bucarest , de Corneliu Porumboiu, comme la Mort de Dante Lazarescu , de Cristi Puiu (ils ont le même producteur), les deux films les plus importants du cinéma roumain tel qu'il explose enfin sous nos yeux, Cristian Mungiu a un passif collectif à solder, un sens du souffle et une ampleur au cadre absolument sidérante. La puissance de son regard est inséparable de sa dureté : une façon de nous dire qu'il ne sert à rien de vouloir angéliser le monde. Cinéaste, il préfère maintenir les yeux ouverts. Jusqu'à oser un plan de foetus, insoutenable, sanglant et long, mais surtout inanimé, que l'on trouverait scandaleux partout ailleurs et qui acquiert chez lui une drôle de position politique : vous avez la chance de pouvoir encore brandir une morale de fer. Nous, en Roumanie, nous n'avions plus pour nous qu'une santé de fer, la seule possible pour encaisser ce que le réel nous faisait endurer. Difficile, devant un film à ce point à l'estomac, de ne pas l'entendre.

Libération

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Publié le 5 Septembre 2007

Film britannique de Julien Temple – 2h05

Julien Temple fut, avec le designer et producteur Malcolm McLaren, l'un des inventeurs de la mythologie punk. Trente ans plus tard, le cinéaste défait ce qu'il a créé et donne avec cette belle biographie filmée de Joe Strummer, le fondateur du Clash, un film qui gratte les dorures de l'icône pour mettre en scène un demi-siècle de la vie d'un homme.
Voilà qui ferait un excellent biopic, à la manière de Ray ou de Walk The Line. Mais Julien Temple a préféré emprunter la voie du documentaire.
Julien Temple a assez de respect pour l'iconoclasme originel du punk pour se refuser à filmer une vie de saint. Rien n'est dissimulé de l'agressivité et du narcissisme qui ont transmuté John Mellor successivement en hippie, en artisan rocker militant puis en révolutionnaire punk.
On sent que Temple est un peu révulsé par la condition de superstar et la partie qui traite du succès du Clash est traitée avec amertume, comme pour mieux donner toute son ampleur à la traversée du désert et à la renaissance du musicien.
Joe Strummer a eu la grâce de vivre juste assez longtemps pour que sa vie décrive un arc élégant, dont Temple a su faire un film qui restera comme l'un des meilleurs portraits de musiciens jamais porté à l'écran.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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