Publié le 28 Novembre 2007

Film italien de Daniele Luchetti - 1h345 - Avec Elio Germano, Riccardo Scamarcio, Angelo Finocchiaro, Luca Zingaretti

Après des années, voire des décennies, de débâcle, le cinéma italien retrouve un nouveau souffle. Loin des stéréotypes de la comédie transalpine enterrée depuis des lustres, il s’interroge sur son présent et son passé. C’est le constat d’une société comme la France à la dérive, une vraie sensibilité politique transpirant par chaque pore, chaque séquence du film.
Remarquablement adapté par Sandra Petraglia et Steffano Rulli d’un roman d’Antonio Pennacci, le nouvel opus de l’ancien protégé de Nanni Moretti (Domani, domani, le porteur de serviette) réécrit l’histoire récente de l’Italie des années de plomb. Deux frères que tout sépare : Acio, rongé par une vitalité insensée qui sera son désespoir. Et Manrico, plus posé, socialement réconforté par ses nobles idéaux. Acio virera fasciste, Manrico embrassera la cause gauchiste. Sur ce fond sociologique, moins exacerbé que dans Romanzo criminale de Michele Placido, Luchetti insère des petites notations, un réalisme humble dans ses prétentions corroborées par des acteurs dont l’inspiration et le sens du propos ne doivent rien aux modes et aux tics du métier. De l’action, de l’émotion avec un regard poignant sur les contradictions de la réalité: voilà un film qui ne démérite pas son succès décroché au dernier festival de Cannes.

Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Novembre 2007

Film belge de Marion Hänsel – 1h36 – avec Isaka Sawadogo, Carole Karemera, Asma Nouman Aden

La fuite puis l’horrible errance, à travers des déserts et des territoires en guerre, d’une famille africaine chassée par le manque d’eau dans son village. De plus en plus d’actualité, le sujet aurait pu donner lieu à un documentaire, la réalisatrice belge en a tiré une fiction poignante. On ne pourra pourtant pas lui reprocher de jouer la carte du pathos : Si le vent soulève les sables raconte la marche infernale de Rahne, de sa femme et de leurs trois enfants avec une pudeur absolue. Il faut prendre la peine d’entrer dans ce film de prime abord aussi aride que les paysages traversés par les personnages : on en sort bouleversé.

TéléCinéObs

D’une très grande force visuelle, le film offre quelques moments d’émotion pure. Entre le blanc du sable et le bleu du ciel, les personnages ne sont plus que des silhouettes fragiles, que la violence du vent s’emploie à faire plier.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Novembre 2007

Film britannique, camerounais de Kim Longinotto et Florence Ayisi - 1 h 44

Sisters in Law est un film qui ne cherche pas à cacher son aspect militant : il avance à visage découvert, comme un outil de lutte pour le respect du droit de l'homme, des femmes et des enfants, et célèbre sans réserve le combat courageux, entêté et digne, de deux femmes de tête, et de femmes qui, victimes d'hommes, acceptent de se battre pour défendre leurs droits, leur liberté, leur intégrité. Cet aspect est très important, fondamental, essentiel, il porte le film de bout en bout.
Il y a au moins deux éléments, dans la mise en scène, qui font la qualité du film. Tout d'abord la place accordée à la parole. Elle est bien sûr inhérente au sujet du film, à la fonction judiciaire (interrogatoires, confrontations, témoignages, plaidoiries, verdicts).
Second élément, l'image, qui montre ce que la parole n'a pas laissé passer et qui véhicule peut-être les émotions les plus fortes du film, au-delà de la parole. La caméra, c'est vrai, semble toujours se trouver au bon endroit, capter au bon moment la chose, le rictus, la grimace, le sourire, l'attitude qu'il fallait capter.

Les Inrocks

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Novembre 2007

Film américain de Woody Allen – 1h43 – avec Colin Farrell, Ewan McGregor

Après la petite baisse de régime Scoop, Woody Allen reprend du poil de la bête avec Le rêve de Cassandre, troisième meurtre dans un jardin anglais, dont la réussite évoque celle de Match Point. Preuve réelle de la vitalité du cinéaste : il lui faut juste dix minutes pour introduire ses personnages, placer la musique doucereuse de Philip Glass, situer le contexte et préfigurer des enjeux dramatiques brûlants. La suite est une succession de séquences discrètement virtuoses où le disciple de feu Bergman zigzague dans les méandres de son récit, court-circuite les conventions, farfouille dans les zones d’ombre de personnages rongés par la culpabilité qui passent ainsi au-delà de toute blancheur univoque vers le mystère et offre in fine de beaux contre-emplois aux deux acteurs principaux en frères Karamazov : l’angélique Ewan McGregor dans tout son machiavélisme et le bourrin Colin Farrell dans toute sa fragilité.
Woody stimule. Longtemps. Plus que jamais, au pays de Shakespeare, le septuagénaire est au sommet de son art. Le rêve de Cassandre est une réussite totale au classicisme rutilant, aux réparties retorses, aux rebondissements implacables que nous serions gourds de ne pas célébrer.

aVoir-aLire.com

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Novembre 2007

Film chinois de Wang Quan An – 1h32 – avec Yu Nan

Comme Jia Shang-ke (The World, Still Life), même si de manière différente, Wang Quan An saisit un monde envahi par la modernité, un monde en devenir, donc, où seuls quelques humains semblent rester à la traîne. Comme Tuya, justement… Seule l’interprète du rôle de Tuya, Yu Nan, est actrice. Les autres, le mari, les enfants, les prétendants, sont des non-professionnels, bergers, mongols et cavaliers pour la plupart. On ne sait si le plus étonnant est de voir l’actrice se fondre dans cet environnement très éloigné de celui auquel elle est habituée ou de constater que les autres se hissent à son niveau en terme d’interprétation, le fait est que le film trouve ainsi un équilibre quasi miraculeux, maintenu de bout en bout par un scénario extrêmement habile et une réalisation à laquelle sa précision même permet toutes les échappées, certaines burlesques, d’autres discrètement contemplatives. Résultat, un film très plaisant, sans complaisance aucune, qui saisit d’un même élan le monde tel qu’il fut, tel est encore, tel que déjà il n’est plus. Tout ce qu’il y a de plus chinois, donc.

Télécinéobs

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Novembre 2007

Film anglais de Shane Meadows – 1h37 – avec Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley, Andrew Shim

Chronique du mouvement skinhead et de ses dérives, This is England est aussi la reconstitution réussie d’une époque et d’un milieu. Celle des années Thatcher et de la guerre des Malouines, celui de la jeunesse pauvre au look extravagant. En 1983, les filles portent des socquettes blanches sur leurs bas résille et les garçons des chemises Ben Sharman sous leurs bretelles. Ils ont la boule à zéro et le pied coqué (les fameuses Doc Martens), elles ont des coupes ahurissantes et se maquillent à la truelle.
Avec un sens du détail d’autant plus sûr qu’il fut jadis l’un d’entre eux, le réalisateur d’attache à la portée symbolique de leur tenue vestimentaire.
Mais l’insouciance ne résiste pas au retour d’un vieux copain devenu caïd. Insidieusement, un discours de haine recouvre alors le chahut bon enfant. Les bastonnades de « Pakis » (immigrés pakistanais) succèdent aux innocents bizutages. La grande trouvaille du film : Thomas Turfoose, qui joue le petit Shaun. Le regard buté et la mine inquiète, ce gamin des rues révélé par un casting sauvage est terriblement anglais. Curieux mélange de dureté et d’innocence, il imprime à son personnage l’inquiétant déséquilibre des enfants qui ont grandi trop vite.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 7 Novembre 2007

Film franco japonais de Naomi Kawase -1h37 - avec Shigeki Uda, Machiko Ono, Makiko Watanabe, Kanako Masuda, Yohichiro Saito

GRAND PRIX Festival de Cannes 2007

Naomi Kawase n'est pas ce qu'on pourrait appeler une inconnue au Festival de Cannes : après avoir reçu la Caméra d'Or pour Suzaku en 1997, elle revint en compétition officielle en 2003 avec Shara, et remporte cette année le Grand Prix, excusez du peu, pour La forêt de Mogari.
Digne héritière d'Ozu, Naomi Kawase a cette délicatesse et cette finesse de perception qui lui permettent d'approcher au plus près des sentiments de ses personnages, sans avoir à les souligner par le discours. Malgré une intrigue ténue, elle maintient notre attention par la seule force de ses images, tout simplement parce qu'elles sont justes, parce qu'elles nous touchent au plus profond. Lenteur et contemplation ne sont pas chez elle des artifices de film d'auteur.
Mogari signifie à la fois « le lieu du deuil » et « le temps du deuil ».
De ce voyage, on ressort triste, bouleversé et pourtant heureux et plein d'espoir.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 7 Novembre 2007

Film français de Mia Hansen-Love  - 1h45 - avec Paul Blain, Marie-Christine Friedrich, Constance Rousseau, Victoire Rousseau.

Les mots manquent pour définir l'admiration sans réserve que suscite ce film. Maturité ? Maîtrise ? Mesure ? Sans doute, encore que ces vocables font injure à la jeunesse et au tremblé de cette œuvre. Élégance, limpidité, profondeur seraient plus opportunes pour caractériser la stupéfiante justesse de la mise en scène, aussi précise, sensible et fulgurante qu'un rayon laser.
Le terrain narratif est pourtant connu, voire battu en tous sens par le cinéma français : le cadre intimiste du couple, la douleur de la séparation, les problèmes de filiation qui s'ensuivent. Une histoire banale, aussi poignante soit-elle, et en même temps une histoire unique et bouleversante, simplement parce qu'on ne nous l'aura jamais racontée comme cela.
Tant d'émotion et de rayonnement, tant de bonheur et de cruauté mêlés, tant de talent à suggérer que la seule liberté dont nous disposons consiste à accepter que la vie peut à tout moment tout donner et tout reprendre, tout cela clouera le spectateur le plus blasé sur son fauteuil.
Le reste, qui est sans doute l'essentiel, tient au sentiment qui a inspiré ce récit à Mia Hansen-Love, où il entre autant de lucidité que de beauté, mais de cette sorte de beauté qui est la plus rare : celle de l'âme.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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