Publié le 26 Décembre 2007

Film américain de Wong Kar-wai – 1h35 – avec Norah Jones, Jude Law, David Strathairn, Natalie Portman, Rachel Weisz.

My Blueberry Nights est une succession de récits, égrenés par des coeurs brisés qui se gargarisent et s'enivrent même de l'évocation d'idylles évanouies.
Comparé à certains opus précédents, My Blueberry Nights est peut-être un film mineur, au message simple et aux motifs ressassés. Il distille pourtant une bienheureuse volupté, tant le cinéaste s'y montre au sommet de sa virtuosité, avec son art de la narration en voix off, la fluidité avec laquelle il orchestre le chuchotement de ces voix intérieures, le croisement de ces amours épars, ces décompositions du mouvement de silhouettes perdues, ces féeries de lumières artificielles, une symphonie de reflets et de ralentis splendides, à l'élégance d'un rêve...
Wong Kar-wai refait du Wong Kar-wai, c'est indéniable, pour le délice de ceux que ce style enivre.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 26 Décembre 2007

Film américain de James Gray – 1h45 - avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes, Robert Duvall

La nuit nous appartient. Quel beau titre pour une tragédie. Il est emprunté à la devise de la police criminelle new-yorkaise (We Own the Night en v.o.). En « s'appropriant » ces quelques mots, James Gray fait bien plus que donner une tonalité à son troisième long métrage après Little Odessa et The Yards, il lui confère un sens et une trajectoire. Ce thriller – noir comme la nuit, donc – tout en introspection et en clair-obscur s'apparente à un vitrail d'église filtrant la lumière pour permettre aux fidèles de mieux se recueillir. La religiosité traverse d'ailleurs tous les pores du film. À commencer par la morale quasi biblique, qui voit après un long chemin de croix le fils indigne rejoindre le rang des justes. Celle-ci paraît si figée et exemplaire, qu'elle ajoute paradoxalement au climat dépressif général. Un climat, quelque part entre Martin Scorsese, Sidney Lumet et Abel Ferrara. Magnifique !Studio magazine

Depuis l'éblouissante tenue des acteurs jusqu'à la manière de ménager l'esprit et la chair, la pensée et l'action, ce film - dont le dernier mot, sanctionnant le rituel d'intronisation de la police de New York, est amen - nous rappelle que James Gray est l'un des plus grands cinéastes américains de notre temps.
Le Monde

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 19 Décembre 2007

 Film coréen de Lee Chang-dong -2h30 – avec Jeon Do-yeon, Song Kang-ho

Le nouveau film de Lee Chang-dong, l'un des plus importants cinéastes de Corée, ressemble, par son intrigue, à un incroyable mélo. Ce qu'il est, avec une suite d'événements plus dramatiques (et insensés) les uns que les autres. Mais c'est un mélo où le cinéaste filme avec une rigueur sèche des personnages débordants. Leur douleur, leur soif d'amour, leur besoin de croire (en soi, en l’autre, en Dieu), et de se perdre pour mieux survivre : tout est cadré et filmé sans effet, avec la maturité d'un art qui sait faire de l'ascèse une matière. Une femme perdue allongée vous met soudain au bord des larmes. Dans ce récit constamment tendu par l'humanisme, le plan d’un ciel (qui ouvre le film) comme celui d’une flaque boueuse (qui le clôt) vous transpercent. Car la splendide clarté du ciel peut cacher l'indifférence des dieux et la saleté de l’eau refleter quand même la lumière la plus pure, celle qui permet, lorsque tout a brûlé en vous, de continuer à vivre et de croire que quelque chose peut repousser.

TéléObs

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 12 Décembre 2007

Film canadien-britannique de David Cronenberg – 1h40 – avec Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel, Armin Mueller-Stahl

Nous le savions depuis A History of Violence, la filiation, chez Cronenberg, ne saurait être qu’indirecte. C’est-à-dire que le lien entre parent et enfant n’est pas, s’il l’a jamais été, plein et diaphane, mais doit passer par un récit (l’histoire du passé de Tom Stall dans A History of Violence, un texte, une traduction. Le film, en effet, commence avec la découverte, par la sage femme qui accouche la petite fille d’une femme qui meurt en travail, d’un cahier rédigé en russe.
Que restera-t-il une fois ce texte traduit ? Que restera-t-il de la relation du père et du fils ? De celle de la mère et de la fille ? C’est tout l’enjeu, d’inspiration biblique, presque talmudique, d’Eastern Promises.
La famille représente, comme dans le superbe film de James Grey La nuit nous appartient (We own the night), le lieu d’une illusion tragique : celle de la communauté retrouvée. Il faut, après Platon, après Rousseau, après Hegel, le répéter : il n’y a de lieu commun que celui de la citoyenneté. Il n’est, bien entendu, pas anecdotique que les films de Cronenberg et de Gray témoignent du reflux de l’espace communautaire vers la cellule familiale. Ils sont contemporains de deux phénomènes solidaires : l’émergence au grand jour de la mafia russe, d’une part ; la défaite des promesses de l’Ouest, qu’elles soient de Londres ou de New York d’autre part.
La mélancolie bouffonne et aristocratique du fossoyeur frôle celle, compassionnelle, de la sage femme. Superbe histoire d’amour.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 12 Décembre 2007

Film allemand de Fatih Akin – 2h02 -  avec Baki Davrak, Patrycia Ziolkowska, Hanna Schygulla

De deux choses l’une : soit l’on reprend toujours les mêmes raccourcis hâtifs – le cinéma allemand se porte mieux, il va même très bien, merci – soit l’on dit une bonne fois pour toutes que Fatih Akin est tout simplement l’un des cinéastes les plus intéressants du nouvel atlas européen.
Loin des pamphlets à esbroufe et des films à thèse, Akin prend son temps pour multiplier les pistes et les lignes de fuite dans un pays où chacun n’est qu’en transit, pion temporaire d’un récit éclaté avec ses allers et retours incessants entre ici et ailleurs, regrets et espoirs, Allemagne et Turquie. Du conflit qui oppose Nejat à son père Ali parce qu’il partage son lit avec une prostituée, le réalisateur fait le centre dramatique d’une impossible réconciliation qui passera par une quête de soi sans frontières.
Akin tisse sa toile d’araignée avec une liberté narrative jamais démonstrative, travaillant une géographie affective et spatiale traversée par mille énergies. Politique et intimiste, De l’autre côté est un miroir de la conscience et de la recherche introspective, un film d’une limpidité rare dont la modestie fulgurante n’est pas la moindre de ses prouesses. Et rien que pour le miracle de revoir Hanna Schygulla, on pleure de bonheur.

Lyon Poche

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Publié le 5 Décembre 2007

Film américain de Jim Jarmusch – 2h14 – avec Johnny Depp, Robert Mitchum, Gary Farmer

 Dead Man est un voyage funèbre, qui propose au spectateur de passer « sur l’autre rive ». Mais Jarmusch est un Charon malicieux qui réserve quelques moments de drôlerie (macabre), aux limites de l’absurde. Apparitions, disparitions… Traque insensée… Un personnage nommé Nobody (« Personne »)…. Jarmusch se laisse aller à filmer des sensations qui appellent en nous les souvenirs les plus lointains, de rêves, d’odeurs et de mots. La fin tangue ainsi au rythme du Bateau ivre de Rimbaud : Comme je descendais des fleuves impassibles/ Je ne me sentis plus quidé par les haleurs…
Télérama

 Animation de Dominique Caron le 10 décembre à 20 heures

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 5 Décembre 2007

Film chinois de Jie Liu – 1h41 - avec Baotian Li, Yaning Yang, Yulai Lu

Formidable cinéma chinois ! À peine venons-nous de découvrir Le Mariage de Tuya que nous arrive celui-ci, Le Dernier voyage du juge Feng, qui fait des merveilles avec trois fois rien : un vieux juge, sa greffière, un blanc-bec en formation, un vénérable canasson, et les paysages incroyables du Yunnan, une région du sud ouest de la Chine. Mais pas n’importe quel coin du Yunnan : le canton de Ninglang, situé dans les montagnes, loin de tout, accessible seulement par des sentiers escarpés. 6000 kilomètres carrés habités par 210 000 personnes appartenant à 12 minorités ethniques différentes, dont la plupart subsiste avec l’équivalent de 70 euros par an ! Mais attention ! aucun misérabilisme, juste un autre monde, qui vit à un autre rythme, selon des règles, des rites, une organisation qu’on peut à peine imaginer. Et qu’on découvre avec ce film étonnant, qui ne se contente pas d’être un extraordinaire documentaire géographique, sociologique, ethnographique, mais qui nous raconte en plus une histoire à la fois cocasse et émouvante, mettant en jeu des émotions pour le coup universelles.

La Gazette d'Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 5 Décembre 2007

Film italien de Marco Bellochio - 1h40 - avec Sergio Castellitto, Donatella Finocchiaro, Sami Frey, Gianni Gavina, Maurizio Donadoni

Dans cette apologie de l'artiste, idiot dostoïevskien « qui voit ce que le commun des mortels ne voit pas », Marco Bellocchio déplore l'évolution sociale et idéologique de son pays. Effervescent dans les années 1970, le cinéma italien est plombé dans la résignation, incapable d'insolence. Même réputés, les metteurs en scène en sont réduits à faire des films d'amateurs, métaphore de la dégradation. Oubliant la fièvre de libération d'antan, les femmes y acceptent une reddition sans condition à leur conjoint, héritant des croyances religieuses de leurs ancêtres.
La maîtrise de celui qui reste l'un des grands d'Europe n'est plus à prouver. Bellocchio déplore la conversion de son art aux vieilles recettes (« ce sont les morts qui gouvernent »), en mêlant couleurs et noir et blanc, cadres somptueux et images DV ou pellicules de caméras de surveillance, plans dignes de Visconti (le palais sicilien aux grandes salles vides hantées par des chiens molosses) et gestes troublants d'une princesse à la sexualité réprimée.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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