Publié le 27 Février 2008

undefinedFilm hongkongais de Yau Nai Hoi -1h30 - avec Tony Leung Ka Fai, Simon Yam

Johnny To sait aussi quitter sa caméra de virtuose. Pour promouvoir, en producteur inspiré, les jeunes générations.
Place donc à un autre Hongkongais, Yau Nai-Hoi, scénariste attitré du grand maître de The long Nite et Mission. Un débutant, peut-être, mais qui fait cependant preuve d’une maitrise affolante. À l’image du dispositif sur lequel il s’appuie : les caméras de contrôle chargées de surveiller les rues de Hong-Kong. Voir sans être vu.
Si Filatures porte la marque de son producteur, par son attention à la dérive du récit, par son refus de l’option simplement spectaculaire, il fait rentrer le spectateur dans une sorte d’état second : à la fois au cœur de l’action et de sa perte de sens. Les décors de Hong-Kong, la gestuelle des comédiens, la prolifération des images et des écrans : on est dans un polar futuriste et contemplatif, hautain juste ce qu’il faut pour prendre ses distances du modèle narratif américain.

Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 27 Février 2008

undefinedFilm irlandais de Lenny Abrahamson – 1h30 – avec Pat Shortt, Anne-Marie Duff, Conor Ryan

Film irlandais et contemporain d’une qualité rare (parmi les prix en 2007 : CICAE, Cannes, Dinard, Turin). Scénario et dialogue s’associent à une image épurée qui renforce avec bonheur les dons nationaux pour le verbe, l’art dramatique et l’humour noir. En effet, le film parle de malheur. À la sortie d’une petite ville anonyme, une station-service minable est tenue par Josie, quadragénaire boiteux et un tantinet arriéré, qui loge dans l’arrière boutique insalubre, indigne d’un animal de ferme. Mais Josie a une position sociale à laquelle il s’identifie avec humilité. Acteur comique, Pat Shortt est admirable dans le rôle.
Tourné dans les comtés de Galway, à l’ouest et dans le centre, le film a pour décor une campagne en été de bocage et de lacs, de sentiers rustiques, une voie ferrée désertée, le pub avec musique. Aimé pour sa douceur, Josie fait figure d’idiot du village, un anachronisme, sauf en sa fonction de bouc émissaire. Dépouillée, elliptique, la mise ne scène agit tel un caillou lancé dans l’eau.
Aucune concession. À l’écran, l’Irlande se regarde. Sa beauté mythique est suspendue à un ciel teinté » de rose, aux berges paisibles des lacs (la proie des investisseurs), aux libellules qui dansent à la surface de la rivière où l’on noie des chiots. Et d’autres bêtes

Positif.

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 20 Février 2008

undefinedFilm américain/chinois de Ang Lee - 2h38mn - avec Tony Leung, Tang Wei, Joan Chen, Wang Leehom, Tou Chung Hua, Johnson Yuen...

Aussi à l’aise dans les vastes étendues américaines (Le Secret de Brokeback Mountain) que dans la campagne anglaise (Raison et sentiments), passant d’un film à grand spectacle (Tigre et dragon) à des œuvres plus intimistes (Ice Storm), Ang Lee n’a plus à démontrer que son talent peut servir tous les genres, toutes les ambiances, tous les styles. Il est par ailleurs l’un des rares cinéaste à faire l’unanimité dans tous les pays, sur tous les continents, réunissant souvent dans un même enthousiasme la critique et le public.
Ce petit côté « premier de la classe raflant tous les prix partout où il passe » en deviendrait presque agaçant si ce nouveau rendez-vous ne nous emballait pas une fois encore en deux temps, trois mouvements: à peine le temps de s’installer que nous voici transportés dans le Shanghaï des années 40, enveloppés illico dans les volutes d’une époque trouble, troublante, violente et fascinante…
On ne vous révèlera pas comment Wong parviendra à attirer sa proie, ni même dans quels filets Monsieur Yee l’emprisonnera… Les deux êtres, portés par des secrets inavouables, entremêleront leur rage dans une danse sulfureuse où les masques et les dissimulations ne feront qu’attiser les âmes et les corps. Révélés à eux même dans leur intimité la plus nue et la plus cruelle, la jeune étudiante naïve et rebelle et l’officier tortionnaire ne seront désormais plus jamais les mêmes…
Interdit aux États-Unis aux moins de 17 ans en raison de scènes « explicites », Lust, Caution mêle reconstitution historique, tragédie, romance et passion avec un brio inouï et une beauté fascinante. Homme ou femme, il est impossible à tout être normalement constitué de rester de marbre devant cette histoire violente et sensuelle, portée par un Tony Leung que l’on n’a jamais vu aussi ambigu, complexe et sexy, et une jeune inconnue qui risque bien de faire une entrée fracassante dans la cour des grands.
La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 13 Février 2008

undefinedFilm américain de Sean Penn -2h27 – avec Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt
Voilà le premier grand film de l’année. Un opus à l’image de son auteur, généreux, démesuré. Ample comme sa durée, aussi osé que son parti pris narratif entre puzzle et chronologie d’une vie. La récit, d’après une histoire vraie, de Christopher McCandless, fils de son temps, les 80’s, qui, à une existence toute tracée – études, boulot, dodo et bobonne sur le dos – préfère prendre la poudre d’escampette.
C’est l’appel de la « wilderness », des forêts et des espaces infinis. Du retour quasi à l’état de nature, sur les traces de Walt Thoreau et Jack London. L’Alaska comme repli ultime, retour sur soi, face à face avec sa propre identité. Tournant le dos à ses parents, coupant les ponts avec tout, il part sur la route au gré des rencontres et des affinités préparant, de petits boulots en grandes traversées en auto-stop, son départ, via les champs du Dakota et les rivières du Colorado, pour la nature incontaminée de l’Alaska. Vivant ici en économie de suffisance – gibier, poissons, herbes et baies sauvages-, dans la plus absolue solitude, Christopher rejoint ainsi les utopies de générations et générations qui l’ont précédé. Consignant dans son journal de bord impressions et réflexions sur le monde, il avance droit dans le mur – la faim, le froid, la pénurie -  tel un Jack Kerouac en route pour la tragédie. Sans pathos, puisant dans la nature le sentiment de la communion avec soi, Sean Penn renoue avec les plus belles pages du ciné 70’s – avec lyrisme, captation du réel, modernité stylistique et élan romanesque. Un coup de maître, on vous l’a dit.
Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 6 Février 2008

undefinedFilm américain de Sidney Lumet – 1h55 – avec Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Albert Finney, Marisa Tomei

Scène de sexe brutale, quasi animale. S’affrontent le corps lourd, à la peau roussâtre, de Philip Seymour Hoffman et celui, mince et ondulant, de Marisa Tomei. Sexe débridé, rencontre passagère ? La suite nous détrompe.
Le discours sur la fragilité des apparences, sur le flou qui brouille le bien et le mal, est dans le droit fil de celui qui se mot en place dès Douze hommes en colère.
7h58 ce samedi-là bénéfice d’un scénario brillantissime, qui saisit d’emblée ce qui différencie l’écriture cinématographique de l’écriture théâtrale, coup d’essai et coup de maître pour le dramaturge Kelu Masterson. Sa structure éclatée, a-chronologique, fonctionne moins à la manière d’un puzzle qu’à celle d’un inéluctable mécanique tragique.
Lumet est bien l’un des peintres qui ont su le mieux saisir le mélange d’énergie et de tristesse de la moderne mégalopole. Au fond, c’est tout un cinéma américain qui nous a été cher et que nous continuons de chérir, tant pour son engagement civique que pour sa pertinence stylistique, dont il est aujourd’hui le symbole. Le cinéaste new-yorkais, qui avoue n’utiliser ni fax ni e-mail, semble braver le temps et les réticences des financiers par la simple force de son talent.7h58 ce samedi-là vient nous rappeler qu’il sait porter haut une modernité profonde, libre des derniers gadgets technologiques et du prêt-à-penser : sa modernité à lui, c’est dans l’intelligence et dans l’affect qu’elle prend racine.
Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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