Publié le 25 Mars 2008

undefinedFilm américain de Tamara Jenkins - 1 h 53 - avec Laura Linney, Philip Seymour Hoffman, Philip Bosco.

La Famille Savage est l'histoire de la reconstitution d'un clan : rapprochement d'un frère et d'une sœur à l'occasion d'une épreuve qui les fait basculer dans un état adulte jusqu'alors repoussé, découverte de liens affectifs avec un homme qui ne leur inspirait que rancune.
Le propos pourrait être sinistre, il est teinté d'humour, la réalisatrice tirant un parti cocasse de situations tragiques et évitant soigneusement de se vautrer dans le sordide ou l'attendrissement. Le film frise parfois la comédie.
La satire de Tamara Jenkins s'enrichit de son arrière-plan politique et culturel. Le film oppose les décors de carte postale de l'Arizona, sites tout confort à palmiers où de vieilles mamies jouent les majorettes et où des croulants finissent leur vie dans de riches villas avec des assistants médicaux. Et la froideur de la Côte est où les moribonds sont condamnés à des chambres collectives. De part et d'autre, le sale boulot hospitalier est assuré par des Noirs, choqués par une projection aux malades du Chanteur de jazz, le premier film parlant de l'histoire du cinéma, où le rôle du crooner noir était interprété par un Blanc maquillé.
Marquée par des souvenirs propres, la cinéaste injecte via ses personnages une certaine auto-ironie, en les faisant disserter sur l'égocentrisme bourgeois ou le comique grinçant. Et retenant intelligemment les leçons de la distanciation.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 25 Mars 2008

undefinedFilm philippin de Brillante Mendoza – 1h38 - avec Cherry Pie Picache, Eugene Domingo

Le cinéma est encore un bon moyen pour appréhender la réalité sociale de pays lointains. Avec John John, on se retrouve ainsi à partager le quotidien d'une famille pauvre, au cœur d'un bidonville de Manille. On pourrait croire à un documentaire, c'est une fiction, avec des comédiens plus vrais que nature. Thelma est une nourrice qui élève des enfants abandonnés pour le compte d'une institution. Depuis trois ans, elle s'occupe d'un garçon vif prénommé John John.
Un tel scénario pourrait tourner au pire des mélos. La force de ce quatrième film de Brillante Mendoza tient à son émotion toujours contenue. Malgré l'échéance connue, la vie continue : chacun vaque à ses occupations, John John joue, participe à un concours dans son école. Thelma ne montre rien de son trouble, ­ elle fait son boulot jusqu'au bout, jusqu'à ce rendez-vous terrible avec la famille américaine, dans la suite d'un hôtel international. Tout ce qui se déroule à ce moment-là est d'autant plus étonnant que Brillante Mendoza ne juge personne, observe finement, comme un témoin extérieur. Un geste de maladresse, dans la salle de bains, et soudain toute la détresse de Thelma nous saute au visage. Belle séquence qui certifie qu'on a bien affaire à un vrai cinéaste.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 19 Mars 2008

undefinedFilm américain de Brian de Palma de Brian De Palma – 1h30 - avec Kel O'Neill, Ty Jones

Un soldat basé en Irak réalise un documentaire sur sa vie quotidienne et celle de ses copains de garnison, en espérant intégrer plus tard une école de cinéma. Les contrôles à un check-point, le désœuvrement des soirées trop longues, l'alcool... la tension va crescendo. Jusqu'au jour où plusieurs d'entre eux s'introduisent chez des habitants, violent une adolescente de 14 ans et massacrent le reste de la famille... Redacted n'est pas un film de plus sur la guerre en Irak. Brian De Palma s'est inspiré d'une histoire vraie, a tourné en haute définition et mélangé les points de vue et les supports d'information : la vidéo, le reportage, la fiction, le documentaire, les blogs. Il dénonce non seulement les ravages de la guerre mais surtout ceux causés par la manipulation des images. Au-delà du choc provoqué par celles-ci, c'est une réflexion sur leur pouvoir déformant que propose le réalisateur.

Le Journal du Dimanche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 19 Mars 2008

undefinedFilm américain de Jason Reitman - 1h31 - avec Ellen Page, Michael Cera
Oscar du meilleur scénario original.

Bizarre, drôle, poignant : Juno, c est le Little Miss Sunshine de cette année. Résumons : une fille tombe enceinte et décide de mener la grossesse à son terme. Précision utile, la fille en question, Juno, n'a que 16 ans et opte pour confier « la chose », comme elle appelle sa future progéniture, à un couple de jeunes yuppies séduisants. Calé sur le point de vue de Juno, ado à la langue bien pendue dont la belle assurance va peu à peu se fissurer à mesure que son ventre s'arrondit, le film glisse de la comédie vers l'émotion et révèle progressivement toute sa profondeur. Jason Reitman, qu'on avait remarqué avec Thank You for Smoking, s'efface derrière l'histoire concoctée par la scénariste Diablo Cody : celle-ci a su peindre, à rebours des clichés du genre, des personnages riches et attachants, de Juno (incroyable Ellen Page) à sa belle-mère cool, en passant par les parents adoptifs, pas si heureux en ménage qu'ils en ont l'air. Rien n'est jamais forcé, tout coule de source dans ce teenage-movie d'auteur, quelque part entre le Ghost World de Terry Zwigoff et le Rushmore de Wes Anderson. Le cinéma américain indépendant à son meilleur.

TéléCinéObs

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 12 Mars 2008

undefinedFilm allemand, autrichien de Stefan Ruzowitzky - 1h 38- avec Karl Markovics, August Diehl, Devid Striesow 
Oscar du meilleur film étranger

Stefan Ruzowitzky s’attaque à un sujet ô combien délicat dès qu’il s’agit de fiction : l’univers des camps de concentration. Lui qui s’était aventuré dans le suspense et l’angoisse avec Anatomie, revisite les horreurs de l’Histoire, à travers le destin d’un personnage à double facette. Un faux-monnayeur, qui se trouve obligé de reproduire ses « exploits » à grande échelle, pour les nazis et pour survivre. Le cinéaste évite le piège de la complaisance en se centrant sur l’aventure d’une poignée d’hommes, et grâce à des choix assumés. Cadres frontaux, musique ironiquement enjouée, ambiguïté des personnages, le bien et le mal se donnent la main, et contournent le manichéisme facile. Même si l’horreur éclabousse par instants. Ruzowitzky réussit à enchâsser un destin individuel dans une aventure collective et un drame humain, car Sally ne s’avère être qu’un homme parmi d’autres, au poker de la vie. Un jeu dont on sort parfois gagnant, mais comment et jusqu’où ? Aucune moralité à retenir du film. Le cinéaste ne donne pas de leçon et ne révolutionne pas le genre, mais il tient son récit avec force, aidé par l’excellent Karl Markovics.

Monsieur Cinéma

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 12 Mars 2008

undefinedFilm roumain de Cristian Nemescu- 2h35 - avec Armand Assante, Jamie Elman

Cristian Nemescu est mort dans un accident de voiture en août 2006, en plein montage de son premier et dernier long-métrage. Or son film est bon, très bon, même. Mais eût-il été aussi réussi si Nemescu l’avait achevé, ou bien est-ce en vertu précisément de ses trous, de ses manques, qu’il atteint un délicieux sommet dans l’esthétique du fragment ? Difficile à démêler.
Le début, pourtant, rebute. Une ouverture avec misère, guerre et bombe précède une hystérie de mauvais aloi, la caméra s’agitant sans autre raison que de faire croire qu’elle est jeune.
Mais sous l’intrigue, c’est l’humain qui prime, et son observation. Nous voici arrivés à quelque chose comme Milos Forman au temps des Amours d’une blonde. En particulier dans la description des émois adolescents ou bien dans la scène de fête au village.
Mais comme le moteur de California Dreamin’ est à contretemps et que tout roule sur le décalage, cette scène centrale de la rencontre entre les deux cultures est aussi un grand moment de malentendu. Parmi les sommets de poilade, une estrade décorée d’horribles portraits de présidents américains et d’Elvis à différentes phases de sa décomposition. Ledit Elvis fera d’ailleurs une apparition en sosie, peu avant qu’un troupeau de putes déguisées en vampirettes ne soit offert à la soldatesque, sous la houlette de Dracula, seule créature jamais enfantée par les mythologies roumaine et hollywoodienne conjuguées.
California Dreamin’ est une sorte de cas d’école du film européen d’auteur. On y trouve une rancune tenace à l’égard de l’Amérique, libératrice et écrasante, où s’ancre la haine de Doiaru, le chef de gare. Mais par ricochet, ce stimulus étranger sert à révéler les ratés de la culture roumaine, au premier rang desquels l’incurie administrative et la désorganisation politique.
Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 5 Mars 2008

undefinedFilm  coréen de Bong Joon-Ho – 1h59 – avec Song Kang-ho, Byun Hee-bong, Park Hae-il,Bae, Doo-na

Baroque, monstrueux, grotesque, terrifiant, corrosif, burlesque… on pourrait ainsi continuer longtemps. C’est dire la richesse de ce plat coréen très copieux qui ne ressemble à nul autre. À commencer par la créature qui y sème la panique : une synthèse impressionnante de tyrannosaure et de varan géant, pourvue d’une étrange bouche un rien génitale !
Le réalisateur dresse au passage le portrait sarcastique d’un pouvoir politique paranoïaque et incapable de faire face aux fléaux économiques et écologiques. Le cinéaste embrasse satire, fable et film de genre, alterne des tons très divers, passant sans prévenir de la farce au drame.
On tremble plus d’une fois, on reste aussi scotché par l’imagination délirante à l’œuvre ici.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 5 Mars 2008

undefinedFilm français de Vincent Dietschy – 1h43 - avec Géraldine Pailhas, Benjamin Biolay, Edith Scob

Vincent Dietschy (dont c’est le deuxième long métrage après le déjà remarquable Julie est amoureuse) trace le «caractère», au sens classique, de l’indécise, son type universel. Peut-être dira-t-on bientôt une Didine comme on dit un Harpagon.
Si Didine est avant tout une comédie, c’est par le vieux plaisir qu’éprouve le spectateur à laisser s’ébattre ses facultés, à laisser libre jeu à son jugement. Nos sentiments se transforment à l’égard des personnages (et il faut saluer en ce sens la plasticité de tous les acteurs), de l’irritation à la sympathie, de l’empathie au rire, en passant par l’indifférence. Ainsi de Sabrina, idiote arrogante au début, mais que son obstination dans le n’importe quoi finit par transporter vers le merveilleux. De même Mme Mirepoix, chargée à la fois d’un nom surfictionnel et de la carrière d’Edith Scob, toujours hantée par sa prestation mirobolante dans les Yeux sans visage de Franju. Son personnage, de loin le plus fantaisiste, emblématise bien la drôle de musique que nous joue Didine.
Avec Didine, Vincent Dietschy réalise cette ballade tant attendue et parfaitement moderne, où la nécessité naît, comme il le dit, « à son corps défendant ».

 Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 5 Mars 2008

undefinedFilm Usa- Corée de Gina Kim - 1h44mn - avec Vera Farmiga, Jung-Woo Ha, David Mclnnis... Prix du Jury au Festival du cinéma américain de Deauville 2007.

Le charme intense de Never Forever passe d’abord par l’éclat d’une femme, Sophie, étonnamment captivante, incarnée par une actrice divine et encore peu connue : Vera Farmiga… Envoûtement quasi-immédiat, sensuel, affectif, très vite relayé par la curiosité pour la multiplicité et la diversité des thèmes abordés par le film : l’amour, le désir d’enfant, la religion, le sexe, la virilité, l’intégration, le racisme, l’ethnicisation, le communautarisme, les différences sociales, la quête d’identité au sens propre comme au sens figuré… Autant de pistes subtilement ouvertes, habilement combinées. Tout ce bouillonnement est servi par un scénario très original et une mise en scène feutrée et impeccablement maîtrisée : précision des cadrages, sobriété de l’action, simplicité des dialogues, silences qui en disent long, beauté de l’image et des corps… Pas étonnant que le jury du Festival de Deauville, présidé par un cinéaste qui sait ce qu’est le style (André Téchiné) ait voulu récompenser comme il se doit ce film américano-coréen, profondément marqué par cette rencontre de deux cultures – c’est d’ailleurs un autre de ses atouts.
D’une grande finesse psychologique, Never Forever est avant tout le magnifique portrait d’une femme en pleine révolution intérieure, dont Vera Farmiga incarne à la perfection les doutes, les désirs, les impulsions, les reculades. Comment exister, être heureux, si on ne l’est pas tout entier ? Si le corps ne peut assouvir pleinement ses désirs, ses libertés, celle de se mouvoir, de penser, d’agir…

La Gazette d’Utopia

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Publié le 5 Mars 2008

undefinedFilm français de Jean-Marc Moutout – 1h44 - avec Bruno Putzulu, Jacques Bonnaffé, Elsa Zylberstein

On retrouve ici dans ce qui faisait la sève du beau Violence des échanges en milieu tempéré : du fantastique social, du politique charnel, une description très précise des maux de notre société et des individus qui la composent.
L’une des grandes qualités d’écriture du film, c’est qu’il ne verse jamais ni dans la sentimentalité, ni dans la facilité. Rien de gratuit ici : chaque scène sert à fouiller davantage les personnages et à éviter les clichés, ce qui sert aussi à maintenir la tension, à l’empêcher de rester dans les sentiers battus.
La Fabrique de sentiments avance ainsi, et se permet même de jeter le doute sur la réalité de ce qui nous est montré.
Ajoutons que le film doit aussi beaucoup à Elsa Zylberstein. Elle chope la lumière, s’en déprend à volonté pour exprimer les moindres mouvements de cœur et d’esprit de son personnage avec une telle aisance qu’on en reste baba.

Les inrocks

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Rédigé par Huit et Demi

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