Publié le 27 Mai 2008

Documentaire  français d’Hervé Le Roux - 1996 - 3h12
NUL n’a oublié l’une des scènes les plus poignantes et les plus symboliques de ce que fut mai 68 en France. Elle montre les dernières résistances d’une jeune ouvrière des usines Wonder, à Saint-Ouen, aux portes de Paris, refusant de reprendre le travail après la longue grève. Deux  délégués syndicaux cherchent à la convaincre. Mais rien n’y fait, elle ne veut pas rentrer.
Ainsi s’achevait un petit film militant de quelques minutes, intitulé La Reprise du travail aux usines Wonder. Alors qu’il n’était, au départ, qu’un simple reportage, réalisé sans préparation ni repérage - On avait l’habitude pour ce type de reportage d’aller filmer les singes au zoo, se souviennent les auteurs. Puis on s’est retrouvés par hasard devant l’usine Wonder à filmer cette scène  -, ce court- métrage, réalisé par deux étudiants en cinéma, allait devenir un vrai brûlot révolutionnaire, projeté dans des centaines de meetings politiques.
Hervé Le Roux, réalisateur (Grand bonheur, 1992), est resté hanté par ces images et par la détermination de cette jeune ouvrière. Qu’est-elle devenue près de trente ans plus tard ? A-t-elle fini par reprendre son poste ? A-t-elle quitté Wonder ? Elle n’avait eu droit qu’à une prise, je lui en devais une deuxième, confie-t-il. Le Roux est donc parti à la recherche des protagonistes de cette histoire. Le résultat est un film politique formidable . Trois heures trente de reportages et d’entretiens passionnants.
La plupart des témoins de l’époque revoient l’ancien court-métrage devant la caméra d’Hervé Le Roux. Ils n’ont rien oublié. A travers le récit de ces femmes (la plupart embauchées dès leur plus jeune âge, sans qualification aucune, payées une misère) et de la saga de l’usine Wonder, c’est une partie de l’histoire récente de la classe ouvrière et de l’ère industrielle qui est évoquée.
Le monde diplomatique

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 27 Mai 2008

Film de Joseph Cedar – 2h - avec Alon Abutbul, Eli Eltonyo, Oshri Cohen
Que le spectateur pense ce qu’il voudra, Joseph Cedar ne fait pas son Oliver Stone. À des années-lumière du cinéaste américain, il ne met pas, contrairement à l’auteur de Platoon, le chantage du vécu dans la balance. Il ne rétorque pas, à chaque plan, tout cela je l’ai bien vu. Pourtant Joseph Cedar, la guerre, il s’y connaît. Pour l’avoir attendue, crainte, honnie et définitivement rejetée.
Soldat israélien, il a vécu, une petite année durant, fidèle à son poste dans le Liban Sud. Des mois et des mois dans l’attente que l’ennemi attaque, des nuits entières à décrypter le moindre bruit au fond d’une galerie souterraine. Une guerre toujours à l’horizon, jamais au premier plan. Cette attente, cette dimension plombée renvoie de toute évidence à un questionnement métaphysique – les longues séquences en suspens tissent un récit abrasif et contemplatif – qui n’est pas sans rappeler ce demain incertain décrit par Dino Buzzati dans Le Désert des Tartares. Pour équilibrer cette attente sans cesse prolongée, cette obéissance quasiment kafkaïenne aux lois de l’absurde militaire, il fallait un personnage porteur et un acteur chargé de l’incarner dans sa foi et sa dévotion à l’ordre. Cela donne un comédien époustouflant Oshri Cohen – on en entendra beaucoup parler – qui fait passer dans son regard, dans sa posture physique une fêlure permanente, comme un gouffre de fragilité retentissant de poésie.

Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 20 Mai 2008

Film américain de Wes Anderson – 1h47 – avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Anjelica Huston
En Inde, trois frères américains, qui s'étaient perdus de vue à la mort de leur père, embarquent à bord du « Darjeeling Limited » pour rendre visite à leur mère, retirée dans un couvent himalayen. Aussi différents que soient ses films (la Famille Tenenbaum, la Vie aquatique), le petit théâtre de Wes Anderson, lui, ne change pas : même obsession pour les familles dysfonctionnelles, même acteurs, même humour surréaliste, même esthétique kitsch, mêmes plans confectionnés comme de jolies boîtes enfermant les personnages dans leur solitude mélancolique. Un univers qu’À bord du Darjeeling Limited expatrie dans le pays de Satyajit Ray. On craint un moment que ce road-movie ferroviaire suive des rails qu'Anderson a déjà usés. Jusqu'à ce que le train amène les frangins, livrés à eux-mêmes, à se trouver, et le périple à décoller. En première partie, le très beau court-métrage Hôtel Chevalier, avec Natalie Portman.

Télécinéobs

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 20 Mai 2008

Film américain de Marc Forster - 2h 2 - avec Khalid Abdalla, Homayon Ershadi, Saïd Taghmaoui  
Voilà une curiosité : un film américain, soutenu par une major, avec des comédiens peu connus d'origine égyptienne, iranienne ou afghane, et dont les deux tiers des dialogues sont en dari, la langue afghane. Hollywood au pays des talibans, on craint le pire... Mais Marc Forster (À l'ombre de la haine) s'empare avec ferveur d'un livre remarqué de Khaled Hosseini et signe une authentique épopée romanesque.
Le retour d'Amir au pays permet d'explorer le sort tragique de ce pays et de son peuple, avant même le choc du 11 septembre 2001, puisque l'action se déroule en 1979 et en 2000. D'un point de vue plus intime, Les Cerfs-volants... suit aussi le parcours secret d'un homme rongé par une culpabilité d'enfant vers une rédemption inespérée.  
Des acteurs impressionnants, notamment les deux enfants, apprentis comédiens afghans, mais aussi Khalid Abdalla (Amir adulte), remarqué dans Vol 93, de Paul Greengrass, et l'épatant Homayoun Ershadi (le désespéré du Goût de la cerise, d'Abbas Kiarostami), qui joue le père du héros. Il donnent à cette histoire d'exil et de pardon, de fraternité et d'intégration, une saisissante véracité.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 13 Mai 2008

Film français de Jean-Luc Godard - 1967 - 1h36 - avec Anne Wiazemsky, Juliet Berto, Jean-Pierre Léaud  
Jean-Luc Godard dira de La Chinoise 10 ans plus tard que le film serait un exemple qui montrerait que le cinéma peut servir à voir l'apparition des formes (Godard, 1984, p.217)
Tourné environ un an avant les événements de mai 68 en France, le film montre l'atmosphère qui a contribué à leur genèse. Cela n'a rien à voir avec la vision ou la prise de conscience mais plutôt avec la conscience douloureuse que les efforts des personnages qui jouent des rôles de marxistes-léninistes ont quelque chose de ridicule bien que ces efforts cachent aussi quelque chose de vrai. Les personnages sont à la fois vrais et faux mais redonnent justement pour cette raison le ton qui a régné à l'époque. Pour cette raison, Godard qualifie également La Chinoise de film documentaire: Les choses qui se sont produites avaient quelque chose d'intéressant et de vrai. Lorsqu'on a dit en France en 1967: c'est quand même ridicule, ces enfants sont ridicules…, on devait contredire. Et lorsqu'on dit aujourd'hui: ces enfants en 1968 pensaient bien faire, ils ont fait quelque chose de bien…, je peux juste dire aujourd'hui: oui mais ils étaient également un peu ridicules (Godard, 1984, p.218).
www.republicart.com

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 13 Mai 2008

Film israélien d’Eran Riklis - 1h46 - avec Hiam Abbass, Doron Tavory, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael, Tarik Copty...
Salima (Hiam Abbass, magnifique) vit en Cisjordanie dans la maison familiale héritée de son père, au milieu d’un champ de somptueux citronniers. L’attachement à ses racines, à son histoire, la proximité du vieil ami de son père, qui la connaît depuis toujours et l’aide à veiller sur son lopin de terre avec le même amour, lui rendent la vie aussi agréable que possible et Salima serait plutôt heureuse si ce n’était la proximité du territoire israélien…
Il y a du Capra dans ce beau film qui parle d’amours impossibles, d’amitiés contrariées, qui fustige les murs qui enferment, y compris ceux qui les bâtissent, qui raconte la difficulté de s’opposer à l’ordre établi par le plus fort, qui montre l’absurdité d’une situation dont on n’entrevoit pas l’issue… Toute la gamme des sentiments humains et des attitudes possibles dans cette situation d’occupation sont abordés au travers de personnages forts, complexes et touchants, qui sont à eux seuls une sorte d’état du monde, prisonniers d’un conflit sans fin, qu’il le subissent ou qu’ils l’imposent. On avait beaucoup aimé La Fiancée Syrienne, le film précédent du réalisateur Eran Riklis, on aime encore plus fort Les Citronniers, qui confirme s’il en était besoin la formidable vitalité du cinéma israélien.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 6 Mai 2008

Film mexicano-espagnol de Rodrigo Pla – 1h38 – avec Daniel Gimenez Cacho, Maribel Verdu, Carlos Bardem, Daniel Tovar
Dans une zone pavillonnaire, un petit garçon en uniforme, l'air sévère, exécute méthodiquement une série de gestes d'agent de la circulation pour arrêter un gros 4 × 4. Ainsi commence La Zona, propriété privée, saisissant polar politique qui a récolté une moisson de récompenses (Lion du futur à Venise, Prix de la critique internationale à Toronto). En dépit de l'onirisme de cette première scène, il ne s'agit ni d'un film de science-fiction ni d'un conte fantastique.
Férocement naturaliste au contraire, ce premier long métrage du Mexicain Rodrigo Pla se situe dans un domaine sur les hauteurs de Mexico, protégé par un mur rehaussé de barbelés et surveillé par des caméras vidéo. La Zona est une cité privée pour familles fortunées, comme il en essaime aujourd'hui en Amérique du Sud, aux Etats-Unis, ou en Europe. La vie se passe entre soi, sans frottement, dans une atmosphère aseptisée et claustrophobe.
L'intrigue avance à tombeau ouvert vers un cocktail macabre de corruption, de violence, de mort. Avec une efficacité terrassante - trop peut-être, ce serait là la limite du film -, elle met à jour la manière dont sont à l'œuvre les cauchemars d'anticipation formulés il y a soixante ans par George Orwell.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 6 Mai 2008

Film chinois, sud coréen, français de Liu Bingjian -1h30 -  avec Liao Qin, Wei Xingkun

 

Les larmes de Madame Wang ne coulent pas en Chine. Le film y est interdit. Et même en France, il a fallu attendre six ans pour qu’il soit distribué après sa présentation à Cannes. Il avait été tourné et monté en douce, sans autorisation officielle. The Back, le nouveau projet du réalisateur, a quant à lui été arrêté, comme le reste du cinéma chinois, dans l’attente des Jeux olympiques.Contrairement à ce que peut laisser croire le titre, les Larmes de Madame Wang est une comédie et, qui plus est, drôle.

La pauvre Wang est accablée d’un mari joueur et alcoolo, ainsi que de la fille de la voisine, qui la lui a confiée avant de se tirer. La mioche refuse obstinément de manger d’un bout à l’autre du film et pleure de façon très convaincante quand on lui hurle dessus (normal pour une actrice de deux ans et demi). On ne se privera pas de noter la valeur toute symbolique de cette anorexie durable.

S’il y a un aspect documentaire chez Bingjian, qui s’inspire de la réalité quotidienne (le salon de l’héroïne est décoré de posters représentant Mao, des pop stars et des chatons ravissants), si la satire politique et sociale y cogne fort (les yeux de merlu du directeur de prison à qui Madame Wang va s’offrir pour tenter de faire libérer son mari), il y souffle surtout un doux vent de folie qui culmine dans une séquence de funérailles : la procession serpente dans tout l’écran comme une moquerie de Brueghel, au rythme d’une musique pop interprétée en acoustique par les musiciens présents.

Endiguées par la rage et la parodie, les Larmes de Madame Wang finiront cependant par débonder, aussi longues et belles que celles de Françoise Lebrun dans la Maman et la Putain. Elles aussi sont le signe inoubliable d’un temps historique navré.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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