Publié le 24 Juin 2008

Film norvégien, allemand de Bent Hamer - 1 h 30 - avec Bård Owe, Espen Skjønberg, Henny Moan…
Cannes 2008 : Un certain regard

Sorte de fable pince-sans-rire, où est brossé le portrait cocasse et mélancolique d’un conducteur de trains à l’heure de la retraite - qui donne son patronyme au film. C’est le merveilleux acteur suédois Bård Owe, familier de Lars von Trier, qui lui prête ses traits fripés. Il est de chaque plan et pourtant ne lasse jamais : sa démarche finement burlesque, ses yeux ice-blue, son vieux corps bien droit forment la silhouette solide d’un personnage très attachant.
Filmé avec une vraie élégance, dans un style qui rappelle parfois celui du voisin Kaurismäki, O’Horten est également le portrait d’un pays lesté par ses richesses et son ennui. Tout à l’air de fonctionner comme sur des roulettes dans la prospère Norvège du héros. Sauf lui.
Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 18 Juin 2008

Film italien de Gianni Zanasi – 1h47 – avec Valerio Mastandrea, Anita Caprioli, Giuseppe Battiston

À presque 40 ans, Stefano est un rocker mélancolique qui vivote entre deux concerts ratés. Sa compagne le trompe avec un chanteur plus en vogue, son prochain disque pourrait s'intituler « l'Arlésienne », et sa voiture ne roule plus que par miracle. Pour faire le point sur cette vie qui tombe sans drame en lambeaux, Stefano décide de rentrer dans le giron familial, loin de Rome et du punk.
Ce premier film porte un regard doux-amer sur une Italie en pleine déroute, où le triomphe du matérialisme sonnant et trébuchant de l'ère Berlusconi a eu raison des vieilles utopies collectives. Souvent drôle, le portrait de la famille souligne avec dérision ce climat de dépression issu du deuxième gouvernement du Caïman. Les scènes les plus réussies jouent sur un comique très visuel, série de gags d'autant plus efficaces qu'ils sont portés par des acteurs épatants. Valerio Mastandrea est parfait en grand dadais généreux et désenchanté.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 18 Juin 2008

Film allemand de Jan Bony – 1h40 – avec Victoria Trauttmansdorff, Matthias Brandt, Wotan Wilke Mörhring

L’un contre l’autre renouvelle avec éclat le (très bon) cinéma d’auteur allemand récent. On est loin des errances antonioniennes et du malaise existentiel de Marseille, Montag ou Sensücht, élégante « école berlinoise » qui fait école. Excentré à Cologne, Jan Bonny aurait plutôt comme ascendant Pialat et Fassbinder, à savoir un cinéma moderne de la cruauté, autant physique que loquace, les coups partant quand les mots manquent. Derrière, se profile l’ombre angoissée de Bergman : aliénation du couple, détestation de l’autre, combat de chaque instant. C’est dans un corps à corps violent que le drame conjugal se noue. Car il est ici encore question de couple, et d’une manière rarement montré à l’écran : une femme bat son mari.
On regarde avec effarement ces deux individus, l’un donnant des bâtons pour se faire battre, l’autre démarrant au quart de tour, avant la réconciliation épuisée sur l’oreiller. C’est une petite machine de terreur certes mais qui marche, l’un et l’autre enlacés à vie, l’un contre l’autre. Éternel match nul.

Les Cahiers du cinéma

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 11 Juin 2008

Film français d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau -2h50 - avec Laetitia Casta, Yannick Renier, Yann Trégouët, Christine Citti, Marc Citti, Sabrina Seyvecou, Théo Frilet, Edouard Collin, Kate Moran, Fejria Deliba, Gaëtan Gallier, Slimane Yefsah...

 
Mieux que toutes les commémorations aux odeurs de naphtaline, bien plus excitant que tous les numéros souvenirs, pavés sous cellophane et autres remix de slogans, c’est, pour ceux qui ont un peu de bouteille, le film rêvé pour se retourner en arrière sans craindre le coup de matraque nostalgique. Et pour tous ceux qui n’étaient pas nés en 68, c’est aussi le bonheur de regarder dans le rétroviseur, de se prendre une bonne dose de cette histoire collective brassée sur 40 années de luttes ; et qu’importe au fond que l’on y ait participé ou non, que l’on ait été passif, actif, trop jeune ou trop vieux : cette France-là est la nôtre.
On pense bien entendu à l’italien Nos meilleures années, avec une résonance bien plus forte puisqu’il s’agit de notre histoire et puis très vite on ne pense à rien d’autre qu’à profiter de ces 2h50 de bonheur, d’intelligence et d’émotion… et on oubliera très vite que les personnages vieillissent parfois un peu maladroitement, parce que la flamme qu’ils portent en eux, si elle vacille parfois, si elle flanche souvent, se passe de jeunesse en jeunesse, change d’utopies et de visages, de raisons de lutter, mais ne prend finalement pas une ride.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 11 Juin 2008

Film turc de Reha Erdem – 1h45 – avec Özkan Özen, Ali Bey Kayali, Elit Iscan

Un village turc escarpé au bord de la Méditerranée. Des enfants saisis dans leur état d’éveil progressif et suivis par de lents mouvements de caméra élégants. Traduction incorrecte du titre original (littéralement Cinq Temps), Des temps et des vents vit en fait au rythme des cinq appels quotidiens à la prière. Mais, même si l’un des enfants désire secrètement la mort de son pète (l’imam du village), le sillon que creuse Des temps et des vents est plutôt d’ordre spirituel que strictement religieux. Avec une attention portée sur la nature dans ce qu’elle  a de mouvant et/ou de statique (les différentes positions du soleil à l’horizon, l’immensité calme de la mer, le vent caressant le végétal). Reda Erdem livre un film atmosphérique. Il s’agit à la fois d’une œuvre contemplative (sans être maniérée) et d’une sorte d’auscultation et de captation de pouls d’une communauté à travers les regards croisés de trois pré adolescents. Bercée par la musique d’Arvo Pärt, la caméra, comme flottante et hypnotique, sillonne les allées, passe les murs et les collines, parvenant à exprimer l’indicible, mettant en relation les êtres avec les éléments. Pas d’harmonie, au demeurant. Le thème majeur qui sourd est celui du clivage irrémédiable entre enfance et monde adulte, ou comment des parents en viennent à mal aimer des êtres qui leur son presque étrangers : leurs enfants.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 4 Juin 2008

Film français d’Arnaud Desplechin – 2h32 – avec Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon, Mathieu Amalric, Anne Consigny…

Avec ce nouveau film, il est impossible de continuer à l’ignorer : le cinéma d’Arnaud Desplechin est un délire généalogique. Un chant à tue-tête dans le grand arbre familial et cinématographique. C’est connu, les ancêtres sont toujours les meilleurs ennemis, il faut bien des ruses pour tromper leur vigilance. À l’occasion, il peut être utile de savoir couper les cheveux en quatre. C’est pourquoi ce cinéma peut paraître si lourd, si entravé de racines et de références, et pourquoi il semble n’avoir d’autre but que de devenir léger, enfin.

 Les Cahiers du Cinéma

 Nous restons nécessairement étrangers à nous-mêmes, nous ne nous comprenons pas. Pour nous, vaut, de toute éternité, la formule « Chacun est à soi-même le plus lointain ». C’est Jean-Paul Roussillon qui, tendrement, lit ce texte à Anne Consigny. Ce pourrait être du Tchekhov. C’est du Nietzsche. La douce dérision des mots colle magnifiquement au film, à son élégance feutrée. À sa cruauté insidieuse. Et à son étrange désenchantement.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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