Publié le 23 Septembre 2008

Film italien Matteo Garrone - 2h15- avec Salvatore Abruzzeze, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale, Toni Servillo, Carmine Paternoster, Salvatore Cantalupo Grand Prix Festival de Cannes 2008

 

La Mafia sicilienne avait un code d’honneur, des règles, une hiérarchie, des interdits, un folklore, une image et des films pour lui tricoter une forme de romantisme… rien de tout ça avec la Camorra, qui a investi Naples et ses alentours : imposant une forme de terreur qu’on ne sait par quel bout prendre tant la bête n’a plus rien d’humain, monstrueuse expression dégénérescente d’une économie mondialisée dont elle pousse les mécanismes au bout de leur folie destructrice.

Le film remarquable de Matteo Garrone, fort justement récompensé au Festival de Cannes par le Grand Prix du Jury (deuxième plus haute récompense, juste après la Palme d’Or décernée comme chacun sait à Entre les murs de Laurent Cantet), est tiré du bouquin du même titre, tout aussi important, écrit par un jeune journaliste qui n’a même pas la trentaine, Roberto Saviano, né à Naples dans les quartiers pauvres dont il connaît la géographie par cœur : il a vécu les chantiers épuisants, les débarquements nocturnes de marchandises illicites et vit à ce jour sous protection policière.

Matteo Garrone a choisi de ne pas en rajouter dans la violence et le spectaculaire : la réalité se suffit à elle-même et on est plus près ici du grand Francesco Rosi et de son Main basse sur la ville que des productions hollywoodiennes. Le film tire une force incroyable de cette rigueur dans le récit autant que dans la mise en scène, et agit comme une métaphore de l’état actuel du monde, laissant entrevoir un emballement qu’aucune pensée raisonnable ne guide plus, comme un canard qui continuerait à courir après avoir perdu sa tête. Une course pour le profit, ostentatoire et décomplexée, qui n’existe que pour le court terme et où chacun de ceux qui y prennent place n’imagine même pas qu’il pourrait s’arrêter de courir.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

Publié dans #Films projetés

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Publié le 21 Septembre 2008

Huit et demi, c'est du cinéma art et essai, c'est aussi un certain sens de la convivialité.
Pour inaugurer une série d'articles, cinéma et cuisine, voici la recette de la vatrouchka servie lors du buffet du samedi 20 septembre

Pour 8 personnes
500 g de fromage blanc très égoutté
100 g de raisins de Smyrne
1 pincée de sel
20 cl de crème épaisse
4 cuillères à soupe de sucre semoule

Pour la pâte
510 g de farine
400 g de beurre
4 œufs

Pour le moule
20 g de beurre
Pour la dorure

1 œuf

 

Préparez la pâte : mettez 500 g de farine dans une terrine, creusez un puits, mettez-y 250 g de beurre coupé en petits dés et le sel. Mélangez rapidement, puis ajoutez 3 à 4 cuillerées d’eau froide, roulez la pâte en boule, et laissez reposer.

Pendant ce temps, mettez le fromage à égoutter, faites pocher les raisins dans une casserole d’eau bouillante, égouttez-les, épongez-les. Travaillez le reste du beurre en pommade et battez 3 œufs.

Incorporez au fromage égoutté les raisins, le beurre en pommade, les œufs battus, la crème, le sucre en poudre. Battez soigneusement

Faites chauffer le four à 170° (thermostat 5). Beurrez un moule carré de préférence. Battez le dernier œuf.

Étalez la pâte sur un plan de travail fariné, garnissez-en le moule, badigeonnez le fond de pâte avec l’œuf battu, coupez l’excédent de pâte, laissez cuire à blanc 15 minutes. Taillez de longues lanières dans l’excédent de pâte.

Retirez le moule du four, remplissez de préparation au formage blanc, lissez la surface, et disposez les lanières de pâte. Refaites cuire (12 minutes, dit le livre, plus longtemps à mon avis !)

 

Démoulez, découpez en parts rectangulaires. Dégustez entre Stalker et Folamour… 

 

 

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Rédigé par Huit et Demi

Publié dans #Recettes

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Publié le 16 Septembre 2008

Film britannique de Stanley Kubrick – 1h33 – avec Peter Sellers, Sterling Hayden, George C. Scott

En adaptant le roman Red Alert de Peter George, Kubrick se rendit compte que, même raconté sérieusement, l'histoire paraissait absurde et drôle. Il décide alors d'en faire une comédie noire sur le sujet le plus tragique qui soit : la fin du monde. D'une concision extrême, Docteur Folamour se concentre en trois lieux : la base aérienne ou un général devenu fou lance une attaque nucléaire contre la Russie. Le B52 où son équipe accomplit la mission. Et la salle de guerre à Washington, où le président des États-Unis tente d'éviter l'apocalypse, malgré les souhaits de son conseiller militaire, ex-nazi, le Dr Folamour. Avec son sens du grotesque, Kubrick met en relief la pulsion de mort qui gouverne la société, tout autant que l'homme. Et le gouffre qui sépare le développement technologique de la nature humaine. Réalisé deux ans après la crise des missiles de Cuba, qui avait failli déclencher une guerre atomique, le film a la précision implacable d'un mécanisme d'horlogerie et la liberté loufoque que lui confèrent ses interprètes. En particulier Peter Sellers (immense acteur) dans son triple rôle de président américain, d'officier britannique et de savant allemand.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 16 Septembre 2008

Film ouest-allemand russe d’Andreï Tarkovski – 2h40 – avec Alexandre Kaidanovski, Alissa Feindikh

Créée jadis par la chute d’un météorite, la Zone. Interdite. Entourée de barbelés. Mais des hommes continuent de s’y rendre. Leurs guides, les stalkers, sont des êtres inférieurs, à la descendance maudite. L’un d’eux, un simple d’esprit, se met en route, avec deux nouveaux clients, l’Écrivain et le Professeur… Leur but : atteindre la Chambre des désirs, dissimulée au cœur de la Zone. Source d’espoir. Mais source de peur, aussi, car ceux qui y pénètrent sont condamnés à se voir tels qu’ils sont. Quelle que soit la lecture (psychanalytique, spirituelle) qu’on puisse en faire, ce film, inspiré par un roman de science-fiction des frères Strougatski, est une splendeur. Il est long et lent, c’est vrai. Mais fascinant par la beauté de la mise en scène. Et sa profession de foi : « L’homme, en venant au monde, est faible et souple. Quand il meurt, il est fort et dur. L’arbre qui pousse est tendre et souple. Devenu sec et dur, il meurt. La dureté et la force sont les compagnons de la mort. La souplesse et la faiblesse expriment la fraicheur de la vie. Ce qui est dur ne vaincra jamais. »

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 16 Septembre 2008

Film britannique de Mike Leigh – 1h58 - avec Sally Hawkins, Alexis Zegerman, Andrea Riseborough

Voilà un film solaire qui, a priori, tranche sur l’habituelle noirceur de l’univers prolétarien dans lequel Mike Leigh aime à nous plonger. A priori seulement. Car sous la permanente « positive attitude » de Poppy apparait malgré tout une solitude ordinaire « camouflée » par une fantaisie parfois forcenée… Le réalisateur affirme d’ailleurs, tout en revendiquant le côté positif de Be happy que Poppy et Vera Drake ne sont pas si éloignées l’une de l’autre.

Le titre original du film Happy-go-lucky est une expression qui désigne quelqu’un de constamment optimiste et insouciant… C’est effectivement le visage que montre cette jeune femme que tous adorent. Sa détermination à être heureuse rayonne et séduit. Institutrice enthousiaste, coloc joyeusement attentive, sœur ainée boute-en-train un brin « suractive » (elle sort beaucoup, apprend le flamenco, s’éclate au trampoline), elle arrive même avec son indéfectible humour à convertir son bougon de moniteur d’auto-école à une amabilité de bon aloi. Mais surtout, elle va rencontrer chez Tim, une connaissance de travail, une sorte de miroir de sa propre personnalité et… à vous de découvrir la suite et d’être « contaminé » par cette farouche bonne humeur ! Autant dire que cette comédie à contre-courant de la sinistrose ambiante – et bien que l’on y rie parfois jaune – est une bénédiction. Et que Sally Hawkins (Poppy) a mérité haut la main son Prix d’interprétation féminine au dernier festival de Berlin.

Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 9 Septembre 2008

Film français, belge de Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne -  1h45 - Avec Arta Dobroshi, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione

La Belgique, aujourd’hui. Regard noir et énergie butée, Lorna, héroïne qui n’a rien d’héroïque, s’est enfermée dans un piège redoutable, reflet de la déréliction ambiante. Pour obtenir la nationalité belge, ce sésame, la petite Albanaise a accepté une terrible combine.

Les frères Dardenne sont des cinéastes obstinés. Depuis La Promesse (1996), ils filment des histoires simples et désolantes qui, sans un gramme de pathos, enregistrent la réalité de l’époque sous ses aspects les moins reluisants. Après deux Palmes d’or (Rosetta, 1999 ; L’Enfant, 2005), Le Silence de Lorna est un nouveau coup de maitre. Une fiction d’une rigueur et d’une intransigeance rares. Dans un style qui n’appartient qu’à eux, alliance de réalisme brut et de construction exemplaire (le Prix du scénario reçu cette année ne relève pas de l’usurpation), les Dardenne suivent au plus près leur héroïne, contrainte par les contingences à céder à l’abjection. La mise en scène palpite avec Lorna. Épouse ses soubresauts nerveux, ses efforts désespérés pour gagner sa parcelle de bonheur, contre la folie qui guette. D’une sobriété à toute épreuve, Le Silence de Lorna n’en est que plus bouleversant. À l’image de son actrice principale (Arta Dobroshi), une inconnue qui aurait ô combien mérité de recevoir le prix d’interprétation.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 2 Septembre 2008

Film américain de Wayne Wang - 1h17 -  avec Li Ling, Pamelyn Chee, Patrice Binaisa

En avoir (un) ou pas ? Cela commence aussi dans un aéroport : une jeune fille chinoise, poupée mode en survêt’ rose, arrive du Nebraska à San Francisco, attend, hésite, consulte son portable rose. Erre dans la ville, pleure, fait des rencontres. Et se demande en fait si elle va garder l’enfant qu’elle porte.
Ce beau film de Wayne Wang forme avec Un millier d’années de bonnes prières le second volet d’un projet commun, visant à montrer deux femmes, deux Chine, deux langages. Et aussi deux manières cinématographiques. Ici, le portrait à vif d’une adolescente butée, rebelle, en fait paumée et qui s’ouvre peu à peu. Elle est filmée en très gros plan, dans un style nerveux, branché, existentiel, pour quelques heures d’errance nocturne qui se révèlent cruciales dans la vie d’une femme.

Le Canard enchainé

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 2 Septembre 2008

Film américain de Wayne Wang - 1h23 -  avec Henry O, Faye Yu, Pavel Lychnikoff  

Une jeune femme chinoise vivant aux États-Unis va chercher à l’aéroport son père en provenance de Pékin qu’elle n’a pas vu depuis quinze ans. Il la traite comme une gamine, elle se dérobe. Ils doivent se réapprivoiser, réapprendre à se parler. Peut-on être heureux et silencieux ? Il ne comprend pas Mais tandis qu’elle travaille la journée, il sympathise avec une dame iranienne sur un banc public…
En observant simplement la relation entre un père vieilli, naïf et attendrissant et une fille adulte, tendue, apparemment fermée, le réalisateur Wayne Wang, Hongkongais d’origine et Américain d’adoption, réussit un joli film doux et apaisant, délicatement interprété et éclairé, sur le divorce de l’exil, la divergence des destins, le décalage des cultures. Avec quelques scène drolatiques et des dialogues à cœur ouvert, un portrait de Chinoise exilée qui forme un diptyque remarquable avec La Princesse du Nebraska du même réalisateur.

Le Canard enchainé

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Rédigé par Huit et Demi

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