Publié le 28 Octobre 2008

Film franco-germano-bosniaque de Aida Begic – 1h39 – avec Zana Marjanovic, Jasna Ornela Bery

La guerre leur a pris leurs pères, leurs maris, leurs fils. Depuis, la petite communauté s'accroche au fol espoir de les voir un jour revenir, en miraculés.
Aida Begic, qui signe son premier long métrage, filme l'absence comme un vampire omniprésent qui hante les ruines. Les objets sont investis du pouvoir sacré du souvenir : une paire de lunettes trouvée sur une colline, un rasoir vénéré par une veuve comme une relique. Mais la jeune cinéaste ne laisse pas le pathos alourdir le récit et se garde de figer ses héroïnes dans des figures de saintes ou de martyres.
La vie continue, la lutte pour la vie aussi : une adolescente reproche à sa mère de vouloir oublier son ­père disparu, une belle-mère accable sa bru de sarcasmes, terrorisée à l'idée que celle-ci se remarie... Lorsque des Serbes proposent d'acheter leurs maisons, les femmes savent aussi souder leurs forces, en butte au même dilemme : partir et trahir ou rester et mourir. Conte funeste et réaliste, très sobre, Premières Neiges est surtout un film humaniste sur la dignité, qui plie mais ne rompt pas.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Octobre 2008

Film allemand de Doris Dörrie – 2h07 - avec Elmar Wepper, Hannelore Elsner, Aya Irizuki

Un drame conduit Rudi à se rendre seul au Japon sur les traces de sa femme qui n’y a jamais mis les pieds, se contentant de collectionner les vues du Mont Fuji et d’entretenir une passion secrète pour le Butoh, une danse apparue en réaction aux bombardements d’Hiroshima et Nagasaki et influencée par l’expressionnisme allemand. Signifiant Danse des Ténèbres, le Butoh est l’expression d’un traumatisme et parle du désespoir et de la mort.
Artiste touche à tout, la réalisatrice allemande Doris Dorrie signe avec Cherry blossoms un film inspiré de son histoire personnelle traitant avec une extrême sensibilité de l’amour et de l’éphémérité : de la floraison des cerisiers, de la vie. Témoignant d’une admirable maitrise, le film est porté par deux interprètes magistraux, Hannelore Elsner et Elmar Wepper, totalement habités par leurs personnages.
Quant à nous, on ne peut s’empêcher de rester songeur longtemps après le générique de fin.

Avoir-alire.com

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Octobre 2008

Film franco-palestino-espagnol d’Annemarie Jacir – 1h49 - avec Suheir Hammad, Saleh Bakri, Riyad Ideis.

Sur ces quelques kilomètres carrés, il s’est tourné tant de mètres de pellicule qu’on croit avoir tout vu des Territoires palestiniens occupés par Israël. C’est la force première du Sel de la mer, premier film d’une cinéaste palestinienne qui a étudié aux Etats-Unis, que de dévoiler une autre Palestine, un autre Israël. Non que la réalité ait changé, c’est le regard qui est neuf.

Ce regard neuf est présent à l’écran. C’est celui de Suheir Hammad, l’interprète du rôle principal. Cette poète-slameuse new-yorkaise est aussi une réfugiée palestinienne, dont les parents ont grandi dans les camps de Jordanie. Soraya, son personnage, lui ressemble. On la découvre au moment où elle débarque à l’aéroport de Tel-Aviv, protégée par son passeport américain, accablée par son patronyme et sa généalogie. Pour passer la barrière, il lui faut répéter trois fois sa généalogie : elle est née à Brooklyn, ses parents sont nés au Liban, son grand-père à Jaffa, les trois étapes de l’exil : le pays, les camps de réfugiés, la diaspora.
Annemarie Jacir filme Israël avec un mélange d’émerveillement et de colère que Suheir Hammad confère à Soraya.
On suppose que c’est maintenant la colère qui l’a emporté chez la cinéaste. Avant même la fin du tournage, elle s’est vu interdire l’entrée en Israël et dans les territoires. A ce jour, Annemarie Jacir ne peut toujours pas mettre les pieds à Ramallah.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Octobre 2008

Film français de Jacques Sarasin - 1h26 - avec Wendo Kolosoy

C'est en sillonnant le majestueux fleuve Congo pendant une dizaine d'années, les mains sur les cordages et dans le cambouis qu'il a composé ses premières chansons, en grattant sa guitare, le regard perdu dans un décor fluvial fascinant. Orphelin très jeune, emprisonné, excommunié par les pères belges car ses textes perturbaient la jeunesse puis boxeur professionnel, tous ces ingrédients forment la trame d'une vie hors du commun, celle d'Antoine Kolosoy, dit « Wendo ».
Son heure de gloire arriva en 1948 avec la sortie de son premier tube panafricain : Marie Louise. Il est alors devenu la première superstar de la musique congolaise, et il l'est resté pendant toutes les années 60, cette époque de l'indépendance où toutes les folies et tous les rêves étaient possibles.
Il est aujourd'hui, comme s'expriment ses compatriotes, « un monument » de l'histoire de la République Démocratique du Congo. Il est le grand-père fondateur de la rumba congolaise, cette musique exportée à Cuba par la traite négrière.
C'est ainsi moins à son étonnante biographie que s'intéresse Sarrasin qu'à l'homme d'aujourd'hui dans une ville délabrée. Il donne la parole à ses musiciens qui parlent affectueusement du maître mais c'est surtout l'occasion de leur demander comment eux-mêmes sont venus à la musique. Sarrasin filme leurs retrouvailles musicales avec grande sensibilité, alternant des tableaux d'ensemble à une multitude de plans très rapprochés où la caméra se fond au sein du groupe, va chercher les gestes et les regards, la sueur sur la peau et les mains sur les instruments, capte le rythme de chacun pour servir cette délicieuse rumba que dansent des initiés de plus en plus nombreux.
Et c'est un vrai bonheur de se laisser bercer par les images comme par la musique, le film nous en laissant très heureusement le temps sans que jamais une seconde ne paraisse de trop. Fulgurant, par exemple, ce démarrage en clairs-obscurs sur le seul son de bâtons qui installent un rythme complexe et fascinant…

D’après www.africacultures.com

N.B. Antoine Kolosoy, dit Papa Wendo, est décédé le 28 juillet dernier) à Kinshasa

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Octobre 2008

Film finlandais, suisse, allemand de Mika Kaurismäki - 1h19 - avec Bill Cobham, Randy Brecker, Debalê Malê  

Le quatorzième long-métrage de Mika Kaurismäki, grand frère du célèbre Aki, n’est pas un documentaire comme les autres. Certes, le sujet principal reste la musique comme dans deux de ses œuvres récentes consacrées au Brésil, Moro no Brasil et Brasileirinho. Mais c’est le cheminement qui est étonnant et même exemplaire. Sous couvert de réaliser le portrait d’un génie méconnu de la musique, le batteur Billy Cobham (qui a tout de même joué avec Miles Davis), le cinéaste finlandais nous entraîne aux quatre coins du monde pour s’intéresser surtout aux différents projets et rencontres du musicien. Il ne s’agit donc pas d’une biographie classique mais plutôt une illustration du pouvoir rassembleur de la musique, univers à part entière dans lequel tout le monde peut se retrouver malgré ses différences. Cela paraît un peu désuet, dit comme cela, mais la progression et le montage du film le prouvent au bout du compte. Que l’on soit dans les favelas brésiliennes, à Manhattan, en Finlande ou dans un institut suisse pour autistes, la puissance de la musique nous unis. Le rythme est universel. C’est là que le choix de Cobham, maître de la rythmique, passe d’intéressant à pertinent. Le montage intelligent et judicieux crée des passerelles entre deux mondes, grâce à des plans qui se répondent de manière habile. Ces échos et ces reflets (d’où le titre) abolissent les frontières tout en fluidifiant le développement du « récit » jusqu’au climax final, très efficace, qui fait se télescoper les lieux et les hommes sur le rythme d’une même musique. Quant à l’atelier conçu pour les autistes, il est impressionnant et symbolique. L’autiste est dans un monde à part, dans une bulle, et l’un des rares liens qui le rapprochent de l’autre c’est la musique, le langage rythmique qui brise les chaînes d’une perception différente de la nôtre. CQFD.
Cette réflexion sur le pouvoir du rythme s’accompagne de morceaux live imparables, dans la rue ou dans des salles de spectacle, et d’une bonne dose d’humour due à la personnalité joviale et hautement sympathique de Cobham. Tous ces ingrédients font de Sonic mirror une œuvre dense et passionnante. Bref, une réussite.
www.aVoir-aLire.com

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 8 Octobre 2008

Film américain de Bruce Weber - 2 h - avec Chet Baker, William Claxton

 Chet Baker est doux. Sa présence est légère. Il a une voix de soie et une trompette à pistons en si bémol. Il court sur une plage, il dort sur un canapé, il sourit tendrement, et c'est un ange. Coupez : trente ans plus tard, c'est une épave. Le visage est dévasté, les mains gonflées, la bouche avalée. L'un des plus grands jazzmen de l'histoire de la musique est là, face à l'écran, et la douleur s'installe. On a le cœur serré, à le voir. On a le cœur heureux, à l'entendre. Dans Let's Get Lost, le beau film de Bruce Weber, réédité aujourd'hui (il date de 1988), l'émotion court dans chaque note, dans chaque image. Écoutez My Funny Valentine, et c'est une ombre de paradis, un instant d'Éden qui passe. On n'a jamais fait mieux. On ne fera jamais mieux.
 De grands disparus jouent avec lui : Stan Getz, Charlie Parker, Dexter Gordon, d'autres encore. En 1954, il enregistre Chet Baker Sings, et c'est le triomphe. Il y a là une sorte de moiteur douce, une mélodie de bohème, qui révèle des soirées passées dans des lits défaits, des cafés froids pris sur le zinc des faubourgs, des sommeils tout en dérives lentes, des amours presque oubliées. Chet Baker est une star, il en convient, il le dit. Mais l'héroïne joue dans ses veines. Ses chansons sont sublimes. J'ai toujours été fasciné par Chet Baker, raconte Bruce Weber. Après tout, pourquoi un photographe réputé, l'un des plus célèbres et les plus demandés du monde (Ralph Lauren, Calvin Klein), perdrait-il son temps et son argent (un million de dollars) pour tourner un documentaire étrange sur un jazzman chu du ciel ? Je suis tombé amoureux de sa musique.

Le Nouvel Observateur

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 8 Octobre 2008

Film sud-coréen de Im Kwon-taek - 1h46 - avec Jung-hae Oh, Cho Jae-Hyung, Oh Seung-eun

C’est une histoire d’amour impossible. Une histoire comme on en raconte partout dans le monde, une histoire comme aime en raconter le grand art musical et dramatique coréen qu’est la pansori. Mais Souvenir n’est pas un film tragique : il y a trop d’étrangeté, parfois de comique, parfois de folie et parfois de tendresse pour enfermer le film lui-même dans un genre ou une tonalité.
La puissance du film, qu’on sache beaucoup ou rien du tout de son auteur, du pansori, du cinéma coréen, etc., tient au sentiment d’un investissement énorme, avec comme unique stratégie la plus extrême simplicité.
Souvenir – titre désespérément plat, le titre original évoquait mille oiseaux migrateurs – est un mélodrame, donc, le récit à travers les décennies des impossibles retrouvailles entre un garçon et une fille à travers les décennies. À travers les décennies, à travers les sonorités, à travers les régions, à travers les imaginaires, le film se déplace par brusques embardées, sans considération pour la chronologie ni pour la géographie, selon une logique d’attraction et de rupture qui maintient une tension stylisée, une vibration intense et à la limite du douloureux, qui ressemble aux voix et aux percussions du pansori.

Les Cahiers du Cinéma

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Publié le 8 Octobre 2008

Film américain de Martin Scorsese - 2h02 - avec Mick Jagger, Keith Richards

Question à Mick Jagger, on est vers 1969-1970, période Beggars Banquet : Vous vous voyez encore faire ça à 60 ans ? Lui, hilare Easily. La preuve, quarante ans plus tard, par Martin Scorsese. Un concert des Stones à New York, un film, les deux en même temps : le rock, l’image, l’image-rock. Ça s’appelle Shine a Light : ne pas aimer est inadmissible, direction l’enfer des peine-à-jouir. Marin Scorsese l’a dit : il veut filmer comme les Stones jouent. Cela veut dire quoi ? Écoutez plutôt le double riff à la hache de Jumpin’Jack Flash, le rideau du Temple qui se déchire. Il y a un avant, il y a un après. Tous les films de Scorsese démarrent comme ça. Shine a Light est un traité d’art filmique scorsésien.
Avant ? Le travail, la répétition, les archives. Scorsese montre un peu, pas assez à notre goût. Avant ? Le concert même. Vu en 2008 (deux ans plus tard), ce qui sidère : l’énergie intacte, le bonheur de jouer. Le duo avec Buddy Guy, Champagne & Reefer (preuve qu’on peut monter encore plus haut) ; celui avec Christina Aguilera Live With Me : 300 à l’heure décapotable, Charlie Watts implacable au volant. Les bonnets de nuit disent : voyez les rides, l’argent. Quels cons ! Voyez plutôt l’œil de Scorsese sur le visage silex de Keith Richards aujourd’hui comme au temps de Satisfaction (ici une version fabuleuse). Les mêmes. Ni jeunes ni vieux. Et puis quelle importance ? Garçons, la même chose !
La Revue des Deux Mondes

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 8 Octobre 2008

Film portugais, espagnol de Carlos Saura – 1h30 - avec Chico Buarque de Hollanda, Caetano Veloso, Mariza  

Long-métrage dédié au Fado, ce style musical mélancolique portugais qui, à en croire le réalisateur, se serait étendu de l’Angola au Brésil.
Cette sympathique production ibérique (hispano-portugaise) est, théoriquement, consacrée au fado. Le titre, au pluriel, affecte d’ignorer ce qu’est cette expression artistique, apparue dans les rues estudiantines de Coimbra et dans le quartier lisboète mal famé de l’Alfama, dont les codes ont été fixés depuis plus d’un siècle. Le film met en valeur des vedettes  Caetano Veloso, ou son compatriote Chico Buarque, qui se sort avec une grande classe de la confrontation forcée entre l’ancien et le nouveau monde musical – les anciennes colonies du royaume s’étendant comme on sait de l’Afrique au Brésil (Saura oublie au passage Macao-enfer-du-jeu).
Il est certain que la charge d’humanité, le message universel que représente le cri munchien du fado ne peut laisser indifférent, en dehors de la Lusitanie.
La séquence inaugurale sur l’exil, avec des personnages portant leur valise en carton et défilant de gauche à droite en ombres chinoises, fait penser à la première salle du Musée de l’immigration de la Porte Dorée et au magnifique travelling discontinu projeté sur plusieurs écrans vidéo. L’exil du fado a surtout été celui des paysans et marins vers la ville-phare.
Objectif cinéma

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Publié le 7 Octobre 2008

Film américano-espagnol de Woody Allen – 1h37 - avec Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem, Penélope Cruz

Une Barcelone « Gaudi-euse » dans ses surfaces, mais où les palais cachent des secrets, des crises inquiétantes, comme ils l’avaient fait dans Profession : reporter. Les deux touristes américaines, Vicki (Rebecca Hall) et Critina (Scarlett Johansson), comme le Jack Nicholson antonionien, voudraient elles aussi « changer de vie ». La première inconsciemment : puritaine, conservatrice, fiancée fidèle. La seconde consciemment : libertine, libérale, volage. Deux faces d’une même médaille, deux vies parallèles style Melinda et Melinda.

Qui mieux que Javier Bardem, macho caballero, et Penélope Cruz, Maya desnuda, pouvait mieux seconder ce projet allénien ? Pas seulement une apothéose de clichés locaux, au rythme de fascinantes mélodies, guitare et cante jondo, mais aussi de leur progressif retournement.

Au second acte, quand soudain entre en scène Penélope Cruz, avec une véhémence super-Magnani à laquelle même Almodóvar n’avait osé la contraindre, la comédie des mœurs devient un mélo flamboyant qui frôle à chaque instant la tragédie.

Trop beaux pour être vrais, Penélope et Javier, le Parque Guëll et les murals de Miró. Réflexions amères, exprimées avec l’inspiration joyeuse et vibrante du Woody des origines.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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