Publié le 30 Décembre 2008

Film argentin de Pablo Trapero - 1h53 - avec Martina Gusman, Elli Medeiros, Rodrigo Santoro  

À 37 ans, Pablo Trapero est l’un des membres les plus actifs de la jeune Nouvelle Vague argentine. Qu'il dresse le portrait d'un provincial devenu flic dans une Buenos Aires corrompue (El Bonaerense, 2003) ou qu'il réalise un road-movie désenchanté (Voyage en famille, 2004), il signe des films résolument réalistes et engagés. Même crédo avec Leonera, qui a pour décor une prison de femmes - la cage aux lions, traduction littérale du titre, ou, par extension, le capharnaüm.
Le cœur du film et sa réussite tiennent dans la représentation de cet endroit improbable, cette prison pleine de jouets et de poussettes, où l'on fête les anniversaires comme on peut, où les femmes vivent un temps en suspens, dans l'attente et la crainte d'une séparation inéluctable, où elles se témoignent dureté et rivalité, mais aussi entraide et même amour. On n'est même pas surpris que dans ce cadre puisse éclore chez Julia un puissant sentiment maternel, qui la conduira à enfreindre la loi pour de bon - ironie d'un scénario qui choisit clairement son camp, celui des lionnes emprisonnées.

Télérama

À noter l’interprétation remarquable de Martina Gusman, compagne du réalisateur et coproductrice du film

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 23 Décembre 2008

Film français de François Dupeyron - 1h32 - avec Felicite Wouassi, Claude Rich, Elisabeth Oppong

Dans le nouveau film de François Dupeyron (Drôle d’endroit pour une rencontre, Un cœur qui bat, la Chambre des officiers…), Félicité Wouassi est Sonia, mais rien n’interdit de penser que l’inverse est à peu près aussi exact. Car la personnalité de Sonia se compose de multiples facettes qu’elle semble découvrir elle-même au gré des aléas rencontrés dans une cité qu’elle n’a pas dû souvent quitter. À commencer par celui-ci, qui occasionne la plus belle scène du film : une cérémonie de mariage à la mairie. Parmi les quatre enfants, c’est la fille ainée qui convole. Au comble de l’émotion, la maman est logiquement en larmes ; on l’entoure, on la chambre, alors qu’elle seule connait la raison exacte de ses pleurs.
À la fois mère courage et femme de compagnie, odalisque sensuelle et copine probe, Félicité Wouassi se révèle de bout en bout remarquable. Transcendant le film de Dupeyron, elle obtient là, à 47 ans - elle en parait dix de moins -, le rôle le plus intensément complet de sa carrière. Le festival de Tokyo ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui lui a récemment décerné un prix d’interprétation féminine. Une grande fierté, renforcée par le fait qu’on m’a présentée en tant qu’actrice française, dit la native du Cameroun, qui n’en aurait pourtant pas encore fini avec les humiliations et les claques, depuis le jour où, à 8 ans, elle est sortie du centre culturel français foudroyée par la Belle et la Bête de Cocteau, avec la conviction qu’elle deviendrait une autre Josette Day.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 23 Décembre 2008

Film américain de James Gray – 1h 50 - avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw

Les films qui traitent avec une telle rigueur de l’hésitation amoureuse, de l’emballement et de l’impuissance affectifs sont rares : ni torsion scénaristique vers une harmonie préétablie des sentiments, ni complaisance dans le spectacle du malheur, ni complicité avec la poésie filandreuse de la romance. Two Lovers est l’histoire d’un amour, filmée comme un drame existentiel et une crise identitaire au sein des coordonnées humaines les plus ordinaires, un récit dont la fluidité reprend les méandres douloureux de la déception, et dont la mise en scène parvient à ménager, par un remarquable sens de la tension et de la distance mélancolique, l’irruption du plus grand lyrisme à l’intérieur même de l’immédiat.
Film sur la dignité de l’amour et sur la secrète grandeur du deuil (de soi, de l’amour…), Two Lovers confirme le lien du cinéma de James Gray avec l’opéra, dont il a si souvent confessé l’influence, et qui devient ici un motif visuel et sonore.
James Gray invente ici quelque chose comme un opéra contrarié, qui offre dans un chant discret et léger ce que Nietzsche ne trouvait que dans la tragédie, la douleur élégiaque d’un deuil éternel.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Décembre 2008

Film français de Raymond Depardon – 1h30

Ce troisième volet documentaire remet sur le métier ce qui était en jeu dans les précédents. Soit une question, une méthode, une manière. La question est celle de la survie de ces exploitations, avec le vieillissement des propriétaires et le problème douloureux de leur succession. La méthode est celle d'une approche fondée sur la confiance et le respect, la recherche d'une juste distance, qui ne prétend pas à la fausse proximité, et ne tombe pas dans l'écueil de l'observation surplombante. La manière relève d'une infinie délicatesse, d'une impression de naturel et de simplicité, dont on sait bien qu'elles tiennent par le cinéma de Depardon.
Et il y a le plaisir. Le plaisir un rien feuilletonesque pour le public qui a vu les deux autres films et retrouvera des personnages plus qu'attachants, et pour les spectateurs qui y entreront par cette Vie moderne qui a assez de qualités pour se suffire à elle-même.
Entre l'Ariège, la Lozère, la Haute-Loire et la Haute-Saône, le film retourne à la rencontre de ceux qui lui insufflent leur vie : ses personnages.
Mais il n'y a pas que ses magnifiques personnages qui rendent ce film si bouleversant. Il y a les travellings réguliers qui mènent à ces fermes isolées au bout de routes improbables, il y a la disposition affairée puis soudain désœuvrée des corps dans l'espace.
Il y a enfin la présence de Depardon, la permanence de sa voix hors champ qui tantôt relance avec beaucoup de douceur, tantôt communie dans le silence de ses interlocuteurs. Cette position est sans doute ce qui rend le film si beau, parce qu'elle suggère une histoire intime qui prend la forme, propre à la paysannerie, d'un mouvement cyclique. Celle d'un homme qui a quitté son milieu, et qui revient tardivement à cette question de l'héritage par la voie qui l'en a détourné : la production des images.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Décembre 2008

Film belge de Christophe Van Rompaey - 1h42 - avec Avec Barbara Sarafian, Jurgen Delnaet, Johan Heldenbergh

Une fois n'est pas coutume, nous tenons là une vraie comédie et il ne sera pas nécessaire de vous chatouiller sous les bras avec une plume pour vous faire rire. Ce Moscow-Belgium, qui n'a rien à voir avec l'ex-pays des Soviet mais tout avec la Belgique, y pourvoira plus surement que nos guiliguilis. On savait, bien sûr, que nos amis Belges francophones pouvaient être de sacrés drôles, on se souvient en particulier d'un récent Eldorado de Bouli Lanners qui enchanta tout notre été. Ce que l'on ignorait par contre, c'est que leurs ennemis jurés, les Belges de la communauté néerlandophone, sous leurs airs de faux-teutons en mal de nettoyage ethnique (je rigole…), étaient tout aussi fins et rigolos que nos bouffeurs de moules frites au langage aimable (je rigole encore). Une révélation qui nous rassure au passage sur l'avenir bi-communautaire du royaume de Belgique et nous conforte dans l'idée que ce n'est pas demain la veille que des loustics capables d'un tel humour vont jouer au petit jeu mortel des croato-serbo-bosniaques (je ne rigole plus).
Ce Moscow-Belgium est donc l'occasion de se payer en toute sérénité une bonne tranche de rire sensible et intelligente qui, soi-dit en passant, région du nord pour région du nord, est d'un autre alambic que nos Ch'tis à nous… Et pourtant, question poilade, c'était pas gagné d'avance, tant il y avait dans cette histoire tous les ingrédients pour faire pleurer Margot, la femme au foyer de cinquante ans.
Bref ! Les Misérables auquel on aurait ajouté Les Deux Orphelines pour faire bon poids.
Sauf que Matty, l'héroïne en chef, quarante et un an aux prunes, n'est pas du genre à se laisser tondre la laine sur le dos.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 9 Décembre 2008

Film français de Sylvie Verheyde – 1h43 – avec Léora Barbara, Karole Rocher, Benjamin Biolay

Un petit café, un grand collège. Deux endroits ? Pas vraiment. Dans Stella, il y a d’un côté un décor, un café aux portes de Paris. C’est un lieu de circulation idéal entre la famille et le monde puisque la démarcation entre la cuisine familiale et office s’y brouille.

Quant au collège, qui délimite les bornes du récit (une année de sixième), il fait de la figuration : ce n’est pas l’autre décor de Stella mais la face émergée de son scénario. C’est écrit, entre les murs de l’établissement Jean de la Fontaine, Stella se confrontera à une autre classe sociale, y écopera d’un œil au beurre noir et d’une nouvelle amie. Café et collège ont la même source autobiographique.

Inspirée par le Pialat des années 12970 quant elle filme la mère (Karole Rocher, fidèle à Sylvie Verheyde depuis Un frère) et encline au travelling furtif quand apparait Guillaume Depardieu en clochard habitué du café et ami de la fillette, la caméra de Nicolas Gaurin (le jeune chef op’ de Douches froides) en fait le personnage le plus mystérieux – sur lui, moustaches et pattes d’’eph’ glissent, trouant la petite musique naturaliste.

Les Cahiers du cinéma

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Publié le 9 Décembre 2008

Film américain de Thomas McCarthy - - avec Richard Jenkins, Hiam Abbass, Amir Arison

Grand prix du jury au dernier festival de Deauville, The Visitor est un film profondément attachant. Il retrace le parcours de Walter, prof d’université sexagénaire, qui a perdu gout à tout depuis la disparition de sa femme. Envoyé à New York pour une conférence, il découvre dans son pied-à-terre un couple d’immigrés clandestins… Outre l’évidente dimension politique (le film fustige le sort inhumain réservé aux sans-papiers, notamment d’origine moyen-orientale), The Visitor vaut surtout pour l’étude psychologique du protagoniste. Par petites touches délicates, on assiste à la renaissance d’un homme qui s’était fermé au monde et qui redécouvre le rapport aux autres : voir cet homme caractérisé par la raideur se mettre à jouer du djembé dans Central Park est tout simplement irrésistible ! Telle la chrysalide, Walter se métamorphose peu à peu et s’implique corps et âme dans une affaire qui, a priori, ne le concerne pas : il faut l’entendre hurler – lui, le professeur d’université si posé – sur l’agent d’accueil du centre de détention. Certes, la mise en scène est quasi inexistante, mais le choix de Richard Jenkins (éternel second rôle souvent aperçu chez les frères Coen) pour le personnage principal tient du génie.

Positif.

Chaque personnage le talentueux Richard Jenkins (vu – et adoré – dans la série Six feet under) en tête est ciselé, interprété avec la délicatesse et l’humanité qui manquent sans doute aux services américains de l’immigration.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 2 Décembre 2008

Film franco-belgo-suisse d'Ursula Meier - 1h37 - avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux, Kacey Mottet, Madeleine Budd

Ils sont rares, les films qui tirent jusqu'au bout le fil d'une intrigue imprévisible. Le premier long métrage d'Ursula Meier, ancienne assistante d'Alain Tanner, est à la fois dramatique et burlesque, satirique et fantastique. Cette fable baigne dans une esthétique hyperréaliste qui rappelle les publicités américaines à la gloire de l'électroménager.

Le Monde

Avant de faire du cinéma, Ursula Meier a fait beaucoup de sport, à un niveau compétitif : de l’athlétisme, du basket, du ski, du handball. Un jour, à 13 ans, elle tombe en arrêt devant l’Argent, le dernier film de Robert Bresson : « J’ai eu un choc, je n’ai rien compris, mais le travail sur le son, l’image, les montages, le jeu non-naturaliste des acteurs, ça m’a rempli d’une émotion que je ne connaissais pas. »

Home, incroyablement maitrisé et mature, trahit une obsession du contrôle hantée par un fort désir de lâcher prise : « Je vis entre trois pays, toujours à la frontière, je me sens à la fois germanique et foutraque, je cherche à toucher les limites, dessiner un cadre très précis et attendre qu’il se passe quelque chose de totalement imprévu. »

Libération

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Publié le 2 Décembre 2008

Film polonais d'Andrzej Jakimowski - 1h32 - avec Damian Ul, Ewelina Walendziak, Rafal Guzniczak...

C'est la bouffée d'oxygène de la semaine, le rayon de chaleur du mois, et le film polonais de l'année, porté par une moisson de prix glanés aux quatre coins des festivals. Ah ça ! ils ont dû être cueillis, les festivaliers : une histoire située dans une région paumée du pays avec des comédiens inconnus ou amateurs. Ils imaginaient déjà la purge déprimante, avec grisaille et mines déconfites... pour se retrouver devant tout le contraire : un écran large plein de soleil et de gens cocasses, en tête desquels un gamin se demandant bien qui est son père. Et si c'était ce rond-de-cuir qui prend chaque matin son train à la gare du bourg ? Le doute laisse vite place à la certitude, et l'enfant échafaude moult stratagèmes afin que l'homme se retrouve chez sa mère. Entretemps, on aura eu droit à de belles envolées poétiques avec pigeons, et d'amusantes démonstrations sur l'inéluctabilité du destin. Le premier titre du film était d'ailleurs Destins animés. Le distributeur français a été inspiré d'en changer, le conte étant vraiment très bon.

L'Express

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Publié le 2 Décembre 2008

Film polonais d'Andrzej Jakimowski - 1h32 - avec Damian Ul, Ewelina Walendziak, Rafal Guzniczak...

C'est la bouffée d'oxygène de la semaine, le rayon de chaleur du mois, et le film polonais de l'année, porté par une moisson de prix glanés aux quatre coins des festivals. Ah ça ! ils ont dû être cueillis, les festivaliers : une histoire située dans une région paumée du pays avec des comédiens inconnus ou amateurs. Ils imaginaient déjà la purge déprimante, avec grisaille et mines déconfites... pour se retrouver devant tout le contraire : un écran large plein de soleil et de gens cocasses, en tête desquels un gamin se demandant bien qui est son père. Et si c'était ce rond-de-cuir qui prend chaque matin son train à la gare du bourg ? Le doute laisse vite place à la certitude, et l'enfant échafaude moult stratagèmes afin que l'homme se retrouve chez sa mère. Entretemps, on aura eu droit à de belles envolées poétiques avec pigeons, et d'amusantes démonstrations sur l'inéluctabilité du destin. Le premier titre du film était d'ailleurs Destins animés. Le distributeur français a été inspiré d'en changer, le conte étant vraiment très bon.

L'Express

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