Publié le 27 Janvier 2009

 

Film américain de Courtney Hunt – 1h37 - avec Melissa Leo, Misty Upham, Michael O'Keefe
Ne cherchez pas plus loin. Vous l’avez sous vos yeux la première, petite grande révélation de l’année. Un film indépendant et dans le fond et dans la forme, justement remarqué dans tous les festivals où il a été présenté. Récoltant, en direct du festival de Sundance 2008 la consécration maximale de Quentin Tarantino qui l’a qualifié de « thriller de l’année ».
Sauf que Frozen River est tout sauf un polar. Encore moins un « detective story » ou un film noir avec des ses codes usés à respecter. C’est plutôt un regard acéré porté sur les parias de la société américaine. Avec une économie de moyens d’autant plus admirable qu’il s’agit d’un premier coup d’essai. Courtney Hunt ne montre que l’essentiel. Les aubes blêmes d’une femme blessée, au corps meurtri, larguée par son mari à la veille de Noël et incapable de nourrir sa famille. Ou de payer les traites de son mobile home. Pour renverser la vapeur, elle s’improvise contrebandière d’immigrés clandestins qu’elle fait passer, via la réserve indienne des Mohawk, du Canada aux USA. Le  « Frozen River » du titre c’est justement l’équilibre dangereux cette rivière gelée, toujours prête à craquer, qu’elle traverse la nuit en voiture avec ses passagers cachés dans le coffre. Une rivière aussi glacée que les sentiments, tributaires de l’instinct de survie, de ces portraits de femmes sculptés dans les entrailles de la douleur et de la souffrance. Un film politique, d’une justesse tranchante.
Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 20 Janvier 2009

Film français de Lyes Salem – 1h32 - avec Lyes Salem, Sara Reguigue, Mohamed Bouchaïb
Face à Mascarades, l’esprit critique tombe la chemise. Il s’amuse tellement qu’il ne fleurit plus qu’en slogans : « Beau comme le péché », « acteurs renversants », « comédie de l’année ».
Mascarades repose, comme la comédie classique qu’elle est, sur le malentendu. Le génie de Lyes Salem, Franco-Algérien de 36 ans venu du conservatoire, est d’avoir su mettre ce schéma du malentendu en questionnements et reconfigurations pertinents, à l’instar d’un Molière ou d’un Goldoni - qu’il cite volontiers.
Malgré le canular géant qui vertèbre son intrigue, Mascarades évite la farce au profit de la satire ailée. La gageüre s’accomplit grâce à des acteurs qui jouent parfaitement « comique », c’est-à-dire en offrant leurs corps aux chaussetrappes d’une spirale adéquatement ubuesque. Ni faussement naturels ni agités comme des pantins, ils expriment parfaitement la surprise et la contrainte (fille à marier, prétendant affrontant les obstacles, frère soumis aux regards du village et à sa mauvaise conscience…) et sont mus par des catastrophes qu’ils doivent mais ne peuvent tout à fait maitriser. Ils excellent surtout (Lyes Salem, Rym Takoucht) dans la partie la plus difficile et la plus nécessaire de la comédie : l’incarnation d’une incrédulité qui assure, par contrecoup, notre croyance à cette ronde de fous.
Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 20 Janvier 2009

Film français, américain, espagnol de Steven Soderbergh - 2h07 - avec Benicio Del Toro, Demian Bichir Soderbergh réalise une œuvre magnifique et enthousiasmante. Elle ravira ceux qui espèrent non pas un cours d’histoire, mais une fabuleuse leçon de cinéma. La première partie retrace les débuts fulgurants de la guérilla cubaine, commentés en flash-back par une interview de Che, jusqu’à la prise de Santa Clara qui provoqua la fuite de Batista. Jamais le film ne glorifie, ne mythifie, ne pontifie sur le fin et les moyens d’une révolution : tout est perçu de l’intérieur, dans la subjectivité, voire la folie d’un personnage qui croit en ses idées. Un western grandiose come un film de Ford. Coproducteur et comédien principal, Benicio Del Toro n’a pas volé son prix cannois : tout en faisant croire à sn incarnation, il préserve le mystère de son rôle.
Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 13 Janvier 2009

Film britannique, italien de Antonello Grimaldi – 1h55 - avec Nanni Moretti, Valeria Golino, Alessandro Gassman
Le scénario est réduit au minimum. L’action se situe presque entièrement sur une place sans intérêt. Les enfants arrivent en masse le matin ; peu après une maman amène son enfant trisomique ; plus tard, une jeune fille promène son chien. C’est à peu près tout. Sauf que ça recommence le lendemain. Et le surlendemain. Et de nouveau le jour suivant. Voilà de quoi vous donner envie de voir le film ? Eh bien, non, on ne s’ennuie pas devant Caos calmo. Le travail de simplification effectué par les scénaristes à partir du livre de Veronesi était risqué : s’il en est sorti une fable divertissante, émouvante et amusante, légère et grave à la fois, c’est presque entièrement grâce à la très fine interprétation de Nanni Moretti. Pietro finit par s’effondrer, et trouve une forme de régénération, de renaissance, dans une scène qui choqua bien des esprits en Italie (surtout l’Eglise) : une scène de pur amour physique, d’affrontement presque, que rien n’a préparé, et qui restera sans lendemain. On se serait bien passé par moments d’une musique démonstrative contre-productive, et l’on ne dira pas que Caos Calmo est LA référence des films sur le deuil, mais il faut reconnaître à Nanni Moretti et à la jeune Blu Di Martino qu’ils portent le film à un niveau d’émotion et de vérité loin d’être méprisables.
www.critikat.com

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 13 Janvier 2009

Film français d’Agnès Varda – 1h50
Un(e) cinéaste qui entreprend un film sur sa vie son œuvre, cela parait très casse-gueule sur le papier. Entre les mains de fée d’Agnès Varda, le résultat à l’écran devient tout simplement un chef-d’œuvre d’invention foisonnante, un florilège d’idées aussi géniales que simples comme bonjour, un mix détonnant de bricolage et de superproduction, un mélange savoureux d’humour irrésistible et d’émotion profonde. Autoportrait, film-bilan, contagieuse machine à aiguiser les sens et l’esprit, Les Plages d’Agnès est à ranger d’emblée aux côtés des plus belles réussites de son auteur.
Car l’un des bonheurs de ces Plages consiste à revisiter les films de Varda, entre Lumière et Méliès, Rossellini et Fellini. Cette revisite trace aussi dans le même geste des fragments d’histoire des arts, d’histoire du cinéma et d’histoire de France. Défilent un Godard burlesque (dans Cléo de 5 à 7), un Depardieu débutant (dans son premier court métrage), un Harrison Ford inconnu (pour les essais de Model Shop), un Jim Morrison incognito (sur le tournage de Peau d’âne). Après la guerre, on aperçoit en filigrane toutes les mutations des années 60, le féminisme, le psychédélisme, la libération des mœurs… Les Plages d’Agnès aurait pu être un monument hagiographique, une autocélébration un peu funèbre. Or, bien que tourné vers le passé et vers elle-même, c’est un film formidablement vivant, généreux, ouvert, ruisselant de sève créatrice et de jeunesse, parce que la cinéaste ne se contente pas de raconter sa riche histoire mais se pose constamment des questions formelles – et, comble du bonheur, trouve toujours les réponses. Il fait bon débarquer sur ces plages magiques et vivifiantes. Varda y invente la thalacinématothérapie, plus efficace et moins onéreuse que toutes les cures habituelles.       
Les Inrockuptibles

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 7 Janvier 2009

Film français de Robert Bresson (1959) – 1h15 - avec Martin Lasalle, Marika Green, Pierre Leymarie, Jean Pelegri
Salué à sa sortie, en 1959, comme un « accomplissement » par Jean-Luc Godard et les jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague, Pickpocket (inspiré de Crime et Châtiment de Dostoïevski) est sans doute le plus beau film de Bresson. Les gestes du voleur dont répétés inlassablement et l’épure de la mise en scène donne à voir une chorégraphie de mains à l’agilité stupéfiante : Pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre souffle Michel à l’oreille de Jeanne qu’il embrasse, dans un dernier moment lumineux, à travers les barreaux de sa cellule. Pickpocket est précisément ce drôle de chemin : un chemin de croix sublime qui passe par le vol, le mensonge, le deuil, l’éloignement et la grâce.
Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 7 Janvier 2009

Film français de Gustave Kervern et Benoît Delépine – 1h30 - avec Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde
Des insurgés, des vrais. Tout niquedouilles, lourdauds et dérisoires qu’ils puissent paraître de prime abord, Louise et Michel, la prolote en pétard et le tueur à gages gagne-petit, décoiffants protagonistes du nouveau film de Benoît Delepine et Gustave Kervern, sont de la trempe des grands guérilleros romantiques. Leur détermination est follement cocasse, car nous sommes dans une comédie en roue libre, teigneuse et malpolie, dont la noirceur renforce l’humour. Naïfs et empotés, révoltés et aventureux, des héros contradictoires ne nous seraient sans doute pas aussi porches, aussi inconditionnellement sympathiques, s’il n’étaient pas incarnés par deux acteurs sensationnels, Yolande Moreau et Bouli Lanners. Tiens, des belges… Il y en a encore plusieurs autres dans la distribution. Pas seulement parce que Louise Michel est une coproduction franco belge (quoique 100% grolandaise), mais aussi parce que ce sont des comédiens de première bourre. Cela dit, leurs partenaires français ne sont pas mal non plus. Qui n’a pas vu Siné – oui, notre Siné à nous – en père de famille indigne (un peu comme dans la vie, quoi) n’a rien vu. Sur le plan formel, le film est d’une simplicité dont il tire une bonne partie de sa force. Mais cette simplicité est aux antipodes du simplisme : Delépine et Kervern, rétifs à la platitude académique, se contentent de ne pas faire inutilement les marioles. Pas de démonstration de virtuosité, pas de poudre aux yeux. La réalisation, par sa sobriété même, est tout entière au service du scénario : c’est elle qui lui insuffle son tempo, lui apporte son dynamisme, lui donne son plein sens. Ça n’a l’air de rien, mais c’est  très fortiche.
Siné hebdo

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