Publié le 25 Mars 2009

Film américain de John Schlesinger – 1h53 - avec Dustin Hoffman, Jon Voight

Dustin Hoffman tousse à fendre l'âme, boite comme personne. Jon Voight est magnifique en enfant grandi trop vite, hurlant, comme si sa vie en dépendait : « John Wayne n'était pas un pédé ! ». Schlesinger dépeint l'envers de l'Amérique : paumés, parias, mœurs dissolues et codées, rues sordides où l'on meurt de froid sous des néons qui répètent sans fin le mot magique : money. Pour l'étalon benêt et le petit Italien moribond, la terre promise, l'eldorado du sexe et du billet vert facile est un enfer sordide. Schlesinger rythme son film de flash-back douloureux sur le passé texan de Joe et de fantasmes délirants de Rizzo, et nous convainc de les aimer malgré tout.

Télérama

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 25 Mars 2009

Film français de Philippe Lioret -1h50 - avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana

Alors que notre ministre de l’immigration, Eric Besson, en vue peut-être d’un remaniement gouvernemental s’empresse de se recycler en attaché de presse, cela ne peut que faire du bien au très fort nouveau film de Philippe Lioret. Pourtant Welcome vaut mieux que cette déclaration fustigeant le cinéaste sous prétexte que dans ce film sur l’immigration clandestine (mais pas que…) il aurait assimilé les sans-papiers aux Juifs déportés en 1943. Au-delà du thème d’actualité qui nous concerne tous de près (la brutalité policière, le futur sans issue des immigrés clandestins), Welcome est aussi un triple portrait pour le prix d’un. Celui d’un couple en passe de se défaire, d’un homme qui pour sauver sa bienaimée, très engagée dans le social, accepte de coacher en natation Bilal, un jeune réfugié qui rêve de traverser la Manche depuis Calais. Pour retrouver, en Angleterre, sa chérie et peut-être le sens d’une vie. Se heurtant à l’opposition de sa citadelle bienpensante, Vincent Lindon franchit la ligne jaune. Il entre donc en résistance quitte à mettre en péril son propre confort. Oui, Welcome prend le parti des réfugiés qu’on voudrait enfermer. Oui, il y a de l’indignation dans son propos mais aussi beaucoup de douceur, d’attention à l’Autre, de compassion. À l’image de Vincent Lindon, homme blessé mais pas brisé, qui a rarement été aussi juste, aussi touchant dans sa fragilité. C’est le mérite du regard d’un vrai cinéaste. Et d’un film au réalisme esthétiquement abouti, qui ne se résume pas à des notes d’intention.

Lyon Poche

N.B. La mère de la jeune Mina est interprétée par Behi Djanati Ataï, bouleversante dans Pour un instant la liberté.

 

 

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Mars 2009

Film américain de Robert Wise, Jerome Robbins – 2h31 - avec Natalie Wood, Richard Beymer, George Chakiris  

Après l'ouverture la plus fulgurante de l'histoire du musical (guerre des gangs chorégraphiée par Jerome Robbins dans les rues de New York), le film adapte Roméo et Juliette dans une Amérique contemporaine, celle de la jeunesse délinquante, ou le clan des Jets se trouve menacé dans son territoire par celui des Sharks portoricains. Les quelques faiblesses du film (Natalie Wood doublée par la voix de Marnie Nixon, Richard Beymer assez fade dans le rôle de Tony) sont largement compensées par la puissance et l'originalité de la chorégraphie.

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Mars 2009

Film français, allemand de Claire Denis – 1h40 - avec Alex Descas, Mati Diop, Nicole Dogue, Ingrid Caven

C'est un film simple, une tranche de vie modeste, une histoire banale, l'évocation d'émotions cachées. Le décor est celui d'un immeuble du XVIIIe arrondissement parisien, à la frontière de la banlieue, le long des voies qui viennent de la gare de l'Est. La population ambiante est noire, antillaise, ce qui n'aurait pas plus d'importance que ça si la réalisatrice ne laissait pas trainer dans le champ des livres de Franz Fanon ou Joseph Stiglitz, ne s'attardait pas quelques secondes sur le rapport Nord-Sud et la dette des pays faibles.
Claire Denis a un secret : elle sait filmer avec une troublante évidence, une effusion fluide, ces instants furtifs où tout vacille, ces danses qui irradient de solitude, ces mains tendues dans le vide, ces corps qui incarnent un désir, un mal, une musique ou une transgression.
Ce type de narration qui fuit l'exotisme a quelque chose à voir avec le cinéma asiatique qu'elle admire - le Coréen Hong Sang-soo, par exemple, ou le Taïwanais Hou Hsiao-sien, et surtout le Japonais Yasujiro Ozu. Tout, dans 35 rhums, renvoie à l'univers du maitre, célèbre pour sa propension à filmer à hauteur de tatami.
Claire Denis, elle, reste à sa propre hauteur, celle d'un réel hypnotique, d'un existentiel fantasmatique.

Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Mars 2009

Film documentaire d’Olivier Azam et Daniel Mermet – 1h 52

L’alchimie magique de Chomsky et Compagnie, c’est la rencontre d’un des plus grands intellectuels vivants et de ses compagnons de pensée avec le dernier trublion du paysage radiophonique hexagonal.
L’intellectuel, c’est Noam Chomsky, linguiste, mais aussi décrypteur permanent de l’histoire de son pays, dont il a démonté depuis la Guerre du Vietnam les ressorts idéologiques, les manipulations médiatiques dans le cadre de la propagande de guerre autant militaire qu’économique. L’homme de radio, c’est Daniel Mermet, dont l’émission Là-bas si j’y suis sur France Inter constitue le dernier petit espace de bonheur et de simplicité dans une radio publique engluée par la pensée dominante.
Le film a décidé de prendre la route, au sens américain, empruntant les motorways pour aller à la rencontre de ceux qui sont, sinon les disciples de Chomsky, du moins ses compagnons de pensée, et contribuent comme lui à déconstruire les mythes qui cimentent la cohésion apparente de notre beau monde capitaliste vérolé.
D’autres rencontres passionnantes viendront nourrir ce « cours d’autodéfense intellectuelle » pour reprendre le titre du bestseller alter de Normand Baillargeon, qui est un véritable antidote définitif à la résignation autant intellectuelle que politique.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 10 Mars 2009

Film américain de Gus Van Sant – 2h07 - avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch  
Dans son dernier film, Into the Wild, Sean Penn dirigeait un acteur inconnu, Emile Hirsch, que l’on retrouve ici, méconnaissable, à ses côtés. On retrouve aussi dans l’un des rôles principaux Josh Brolin, le cowboy de No country… des frères Coen. Une excellente distribution donc mais aussi une belle reconstitution du San Francisco des années 70. Très différent de Éléphant ou de Paranoid Park, ce dernier film de Gus Van Sant est d’une facture beaucoup plus classique mais non conventionnelle par le thème abordé. Ce plaidoyer pour l’homosexualité vaut surtout pour l’interprétation d’H. Milk (1er homme politique ouvertement gay élu en Californie) par Sean Penn, militant des droits de l’Homme (que l’on songe à son combat contre la peine de mort – voir la Dernière Marche -, contre la guerre en Irak,  son engagement lors de l’ouragan Katrina et que l’on se souvienne qu’il décerna la dernière Palme d’Or au film multiethnique de Laurent Cantet). Pas étonnant donc qu’il ait mis son talent au service d’une nouvelle cause et il est peu probable que ce film soit projeté dans certaines pays (l’Égypte, par exemple, où des hommes, parce qu’ils sont gays, croupissent en prison).

Huit et Demi

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 3 Mars 2009

Film américain de Darren Aronofsky – 1h45 - avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood

L’acteur Mickey Rourke est de retour sur le ring ! Dans un rôle taillé sur mesure : celui d’un catcheur sur le retour, brisé, usé par la vie, mais qui ne sait pas raccrocher. Car il n’a plus rien ni personne au monde : une fille qui ne veut plus le voir ; une strip-teaseuse pour tout amour ; seuls le public et l’adrénaline le tiennent en vie.
Dans un style documentaire et avec la complicité d’authentiques catcheurs, le réalisateur Darren Aronofsky détourne ici avec talent le canon du film sur un héros couturé vu vingt ans après.
Mais il pousse le drame au noir vers une fin sans issue, s’acharnant sur son personnage. Dont le nom de scène, « The Ram » (le Bélier), fait explicitement une figure de bouc émissaire, sacrificielle, voire christique. Tout en rugosité et en tendresse désarmante, Mickey Rourke rend déchirant sont personnage de raté généreux. Il n’a volé ni son Golden Globe pour sa performance d’apprenti catcheur (qui lui a valu trois IRM en deux mois d’entrainement !) ni le Lion d’or décroché par le film à Venise

Le Canard enchainé

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 3 Mars 2009

Film chinois de Wang Xiaoshuai – 1h55 - avec Liu Weiwei, Jiayi Zhang, Chen Taisheng  

La plupart des films réalisés par Wang Xiaoshuai entre 1993 et 2005 (Shanghai Dreams) n’ont pas été autorisés en Chine, et même celui-ci, son neuvième, tourné trois ans après. C’est pourtant le film qui est le plus près des personnages, le plus à l’intérieur de la relation personnelle, mais en même temps dans un développement narratif, entièrement conséquent d’une situation sociale externe, ici règlementaire. C’est aussi celui qui aborde les éléments les plus profonds d’une relation, les émotions les plus enfouies, les plus intimes. Si son film le plus célèbre, Beijing Bicycle (2001) souffrait d’un manque de matière narrative et restait parfois à la surface ce n’est plus le cas ici, sans que jamais il n’y ait démonstration ou pédagogie.
Parmi tous les films de Wang Xiaoshuai, c’est le plus maitrisé, le plus simple dans ses approches photographiques (la lumière de Wu Di est superbe, surtout pour les actrices), mais le plus intense dans la direction des comédiens, tous remarquables.
La quarantaine aidant, le cinéaste atteint une maturité qui lui permet de réaliser sans doute son meilleur film à ce jour.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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