Publié le 24 Juin 2009

Film français de Riad Sattouf – 1h30 – avec Vincent Lacoste, Noémie Lvovsky, Irène Jacob, Emmanuelle Devos, Marjane Satrapi.

 Le sujet est le corps dans ses rapports avec les mots ; la langue est bien pendue, le langage, croustillant. Tels les plans rapides, ripostes, bobards, vantardises et raclées se saisissent au vol. Qui comprend tout le dialogue ? Le portable se fait rare, on se parle au fixe. Appareil d’orthodontie nonobstant, la bouche préfigure le sexe, le nez en sang attire les filles.
Sans tralala, l’Œdipe est incorporé. En pleine figure, nous recevons les doigts de pied frétillants de maman, filmés à l’avant-plan : cela s’appelle prendre son pied.
Les gamins sont humains. Aurore joue du violoncelle ; une bonne note fait plaisir à Hervé, le livre écrit par le prof de français, passant de main en mains, évoque Entre les murs. Voyant Aurore en pleurs, ce prof cite Wilde : rien ne sèche plus vite qu’une larme. Le monde du dehors, redouté, se profile. Quel avenir se préparez pour nos gosses ? Ce premier film de l’auteur d’une BD, Retour au collège, est une réussite.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 24 Juin 2009

Film hong-kongais, japonais, néerlandais de Kiyoshi Kurosawa - 1h59mn - avec Teruyuki Kagawa, Haruka Igawa, Yu Koyanagi, Kai Inokawi, Kyoko Koizumi, Kôji Yakusho
Kiyoshi Kurosawa, qui nous avait habitués à des films fantastiques minimalistes, change radicalement de registre avec ce drame familial digne des plus grands Ozu, dans lequel on aurait glissé une bonne dose de vitriol. Un drame familial qui se double d’un drame social où la structure familiale japonaise et les valeurs mêmes du Japon sont attaquées violemment mais avec une intelligence inouïe. Dans cette histoire de famille qui s’autodétruit pour peut-être se reconstruire (avec la mère, apparemment effacée, qui va jouer un rôle déterminant) sous l’effet d’un agent extérieur (en l’occurrence ce sera un cambrioleur dépressif…) on pense très fort au Théorème du grand Pasolini. Avec en plus une manière remarquable de travailler l’espace, entre le désordre de l’extérieur urbain et la perfection millimétrée de la maisonnée.
La dernière partie du film, dont on ne vous dévoilera surtout pas les arcanes, installe un climat de chaos absolu avant de s’achever dans un moment de sérénité et de pure beauté tout aussi absolues (un plan en particulier est d’une splendeur renversante). Et l’on reste époustouflé de la cohérence et de l’aboutissement du récit. Kurosawa a beau n’être que l’homonyme d’un des géants du cinéma japonais, on se met à penser que dans un genre très différent, il honore de la même façon le panthéon cinématographique du pays du Soleil Levant.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 16 Juin 2009

Film britannique de Stephen Walker – 1h48 - avec Joe Benoit, Helen Boston, Louise Canady  

Une chorale, oui, mais pas comme les autres. On s’en rend tout de suite compte dès l’apparition sur scène d’Eilleen, une Angliche de 93 balais, aussi en forme qu’Amy Winehouse, se déhanchant sur les notes de Should I stay or should I go.
Pendant plusieurs mois, le cinéaste anglais Stephen Walker est allé suivre aux USA les répètes de leur prochain spectacle. C’est qu’on les rencontre tous. Joe, cancéreux  bientôt au stade terminal (mais avec un faible pour les Talking Heads), et Fred Knittle, cardiaque récidiviste avec une fixette pour Fix you de Coldplay. Sans oublier la méningite spinale de Stan (mais il chante I feel good de James Brown) ou la névrose collective lorsque le groupe nullement sénile entonne à tue-tête Schizophrenia de Sonic Youth. Au-delà de l’approche documentaire, il y a du lyrisme dans l’air, les paroles de chaque chanson changeant radicalement de sens dans la bouche de ces gens si âgés. Elles se teintent de nostalgie, de regrets, d’inquiétude, parlent de la mort, des espoirs (toujours les derniers à partir), parlent de nous tous et de notre avenir. Plein de verve, d’humour et d’un max d’énergie, I feel good est un film contre la morosité ambiante, un pur doping pour remettre les pendules à l’heure des vraies valeurs.

Lyon Poche

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 16 Juin 2009

Film britannique, français, italien, belge de Ken Loach – 1h59 - avec Steve Evets, Eric Cantona, Stephanie Bishop  

Il faut aimer Ken Loach. Tous ses films, même les ratés. Et ce dernier encore plus que les autres puisqu’il est très réussi. D’abord pour des raisons cinématographiques. Filmage nerveux, narration au cordeau, acteurs de très haute volée (primes à Steve Evets et Stephanie Bishop dans deux des rôles principaux).
Ne pas avoir peur des grands mots qui, hélas, sont devenus des gros mots : du ciné engagé, utile pour nous encourager à résister à toutes les prétendues fatalités (la loi du profit, la religion du travail et autres saloperies qui infestent la joie de vivre).
Cette fois, sa radicalité a pris le chemin du comique mais sans pour autant passer par la case «comédie grinçante». Faites passer : Looking for Eric est un film d’humour fou.
À cet instant de la critique, nous recevons un message du lecteur passablement nerveux : « C’est pas bientôt fini le foutage de gueule ? Et Cantona, il est comment Canto ? »
Réponse du rédacteur impavide : lecteur my love, de fait, Eric Cantona joue un rôle crucial dans Looking for Eric, mais pas forcément celui que tu imagines.
Bref, Canto est un géant. Et, peut-être moins connu, un honnête homme évident. Ce qui apparaît lorsqu’Eric (Bishop) demande à Eric (Cantona) : « C’est quoi ton meilleur souvenir de match ? » Réponse : « C’était pas un but, c’était une passe. » On saisit alors ce que l’esprit d’équipe veut vraiment dire et où Ken Loach veut en venir.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 9 Juin 2009

Film américain de Paul Newman (1973) – 1h40 – avec Joanne Woodward, Nell Potts, Roberta Wallach

Une enfant blonde parle des étoiles, de radiations et des voyages de l’atome. Elle parle avec douceur mais fermeté. Elle est debout sur une estrade face à l’école pour présenter ses expériences étranges sur les marguerites.
Sa grande sœur est témoin de cela, elle assiste, sidérée, à la transfiguration de celle qui vit cachée derrière ses longs cheveux. Son père aussi, son vrai père, puisque la jeune comédienne Neil Potts est la fille de celui qui la contemple derrière la caméra, Paul Newman. À cet instant ses paroles chantent.
La mère est le personnage principal de cette histoire, interprétée par la géniale Joanne Woodward, la compagne de Newman de puis les années 1950 jusqu’à la mort de l’acteur réalisateur le 26 septembre 2008.
C’est un portrait déroutant que vise Newman davantage que le psychodrame hystérique post-Actor’s Studio : le personnage tourne tout le temps sur lui-même, et emporté par son élan, finit systématiquement dans le mur. Beatrice parle, parle jusqu’à plus soif, et son ironie détruit tout.
La petite fille conclut donc ceci : que l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites peut être merveilleux. L’irradiation peut détruire, atrophier, abimer. Mais son chant dit tout haut, avec une foi et une conviction qui n’admettent enfin aucune réplique, que l’inverse est possible. Que bientôt la puissance de l’atome fabriquera des marguerites aussi belles et gigantesques que dans un rêve de Kurosawa. Ses grands yeux bleus l’affirment ; on la croit. Debout, digne, la plante fleurit au milieu des ordures. Dans ces années de guerre froide, hantées par des images d’apocalypses, rien ne surprend plus que cette apocalypse radieuse.

Les Cahiers du Cinéma

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Publié le 9 Juin 2009

Film espagnol de Pedro Almodóvar  -2h09 - avec Penélope Cruz, Blanca Portillo, Lluis Homar 

Étreintes brisées est un film d'amour, le récit tragique d'une passion interdite, mais c'est d'abord un film d'amour du cinéma. On y trouve une classique mise en abyme, un film dans le film, intitulé Des filles et des valises, curieux fragment d'autoremake de Femmes au bord de la crise de nerfs. On y décrypte une belle référence cinéphile : le titre, Étreintes brisées, vient de Voyage en Italie, de Rossellini, précisément d'une scène où George Sanders et Ingrid Bergman découvrent les restes pétrifiés d'un couple d'amants surpris par l'éruption du Vésuve, à Pompéi. Étreinte éternelle dans la mort, comme un présage du malheur en marche...
D'une richesse presque déroutante, imbriquant étroitement, jusqu'au vertige, le cinéma et la vie, Étreintes brisées n'atteint pas la plénitude de Tout sur ma mère ou de Parle avec elle, mais résiste, garde son mystère, trouble autant qu'il séduit. Il tiendra une place singulière dans une filmographie éblouissante.

Télérama

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Publié le 3 Juin 2009

Film français, italien de Marco Amenta – 1h53 - avec Gérard Jugnot, Veronica D'Agostino, Francesco Casisa  

Bien que le scénario s’inspire d’une histoire réelle, il ne faudrait pas juger le film sur la seule base de sa fidélité aux évènements. Amenta reconstruit l’histoire, il donne vie à des personnages qui sont d’abord eux-mêmes, avant d’incarner des sujets ayant réellement existé.
 Dans un film où la fiction recoupe sans cesse la chronique, il fallait donner vie aux personnages par des acteurs crédibles. Veronica D’Agostino, dans sa beauté farouche et son tempérament têtu, donne une image saisissante de son personnage.
Face à cette jeune femme qui porte la douleur de sa terre, le juge est interprété par Gérard Jugnot avec ce mélange de fermeté et de doute, d’apparente opiniâtreté et de peur secrète, caractérisant ces hommes qui, au péril de leur vie, osent affronter la mafia. Là où on pouvait redouter un compromis dicté par la coproduction, on découvre un acteur parfaitement dirigé dans son rôle. Par sa crédibilité, Jugnot donne un singulière humanité au juge ; il révèle un visage inattendu, et, comme à l’âge d’or des coproductions, montre qu’un acteur (on peut penser par exemple à Bernard Blier) peut devenir plus italien que nature.. Tournant son film dans des lieux choisis pour leur valeur emblématique, insérant dans le finale des images de répertoire, Amenta fait vivre sa Sicile natale avec sensibilité.
La Sicilienne touche par sa justesse à décrire le drame collectif dans une destinée individuelle, à dépasser le fait divers pour fonder une revendication éthique.

Positif

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Publié le 3 Juin 2009

Film britannique de Richard Curtis – 2h15 - avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy  
En 1966, les heveux devenaient longs, les idées parfois courtes, les jupes viraient mini. L'époque était à la contestation, à l'art psychédélique, à l'amour libre et à la folie douce : dans le nouveau film de Richard Curtis, Good Morning England (étrange traduction du titre original The Boat That Rocked), la bonne humeur, la nostalgie et une bande-son d'enfer règnent. On sort de là avec le sourire, la tête pleine des rythmes des Kinks, de Van Morrison, des Who, des Beach Boys, de Cat Stevens, des Moody Blues, des Yardbirds, d'Otis Redding, de Martha and the Vandellas, de Donovan et de Procol Harum.
Inspiré par la saga de Radio Caroline, station pirate située sur un vieux cargo ancré en dehors des eaux territoriales anglaises, le film restitue l'ambiance des sixties et l'opposition du gouvernement de Sa Majesté, arc-bouté sur l'exclusivité de la BBC.
Richard Curtis, né en 1956 en Nouvelle-Zélande, aime les histoires tressées, les personnages pittoresques, l'émotion joliment tempérée. Scénariste de Quatre Mariages et un enterrement et de Notting Hill, réalisateur de Love, actually, il a fait ses classes à Oxford, où il a découvert le cinéma : « Il y a un film que j'admire, dit-il, c'est Nashville, de Robert Altman. » Marié avec Emma Freud, l'arrière-petite-fille de Sigmund F, il aime les fous, les excentriques, les rebelles. Et les Anglais. Avec raison : « Nous n'avons que deux distractions, dit-il Le vice et la religion. Et deux passions : l'humour et le gazon. » Dans Good Morning England, il y a peu de religion et pas de gazon du tout. En revanche, il y a du swing, du plaisir, une nostalgie gaie et des acteurs réjouissants (dont Kevin Branagh en ministre pisse-vinaigre). Bref, c'est un film rock'n drôle.

Le Nouvel Observateur

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