Publié le 27 Octobre 2009

Film français de Stéphane Brizé – 1h41 – avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Aure Atika, Jean-Marc Thibault, Bruno Lochet

Renouant avec une tradition d’écriture qui emprunte les chemins tracés par Jean Renoir et Claude Sautet, Stéphane Brizé est devenu l’un des meilleurs portraitistes de la France d’aujourd’hui. Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain sans aucun apprêt : lui, les lèvres serrées et la démarche lourde ; elle, sans maquillage, couverte de taches de rousseur, les cheveux tirés en arrière, donnent un étonnant poids de vécu à leurs personnages. Et puis il y a le cœur du récit : un homme peut-il rompre avec un passé non conflictuel pour se lancer dans une autre vie ? Peut-il donner libre cours à sa passion ?

En tous cas, dans le cinéma, il est rare de parvenir à une telle finesse dans l’analyse des tourments qui peuvent affecter l’âme humaine quand il s’agit de choisir entre deux options de vie, toutes deux parfaitement justifiables.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 27 Octobre 2009

Film français de Roshane Saidnattar – 1h37

Ce documentaire est exceptionnel à plus d’un titre, mais il a d’abord valeur de document. Réalisatrice française d’origine cambodgienne (et à moitié indienne par son père, ce qui lui a sans doute valu la vie sauve au moment du génocide des années 70), Roshane Saidnattar a réussi à obtenir une interview exclusive et unique d’un des plus notoires dirigeants des Khmers rouges, bras droit de Pol Pot : Khieu Samphân. Interrogé chez lui comme un paisible grand-père, l’ancien tortionnaire pratique le déni et l’autojustification avec un aplomb terrifiant mais caractéristique, tandis que les images d’archives contredisent sobrement ses paroles. Ne serait-ce que pour cela, ce film serait à voir absolument. Mais, à l’arrivée, il est bien plus qu’un simple témoignage. Avec talent, la cinéaste entremêle plusieurs fils narratifs : ses souvenirs d’enfance en pleine tourmente sont « reconstitués » avec sensibilité, sans pathos ni maniérisme esthétique, et ils s’intègrent sans mal dans l’approche documentaire. Et surtout, elle se met en scène elle-même, retournant au Cambodge en compagnie de sa mère et de sa propre fille (qui a à peu près l’âge de Roshane au moment des atrocités).

Quand un documentaire atteint cette puissance et cette acuité de regard, la leçon d’histoire fait place à une leçon de cinéma.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Octobre 2009

Film américain d’Ang Lee -  1h50 - avec Demetri Martin, Imelda Staunton, Henry Goodman, Emile Hirsch, Liev Schreiber, Jonathan Groff, Jeffrey Dean Morgan, Eugene Levy, Paul Dano, Zoe Kazan.... Sélection officielle, Festival de Cannes 2009.

Woodstock a 40 ans, ça se fête ! Pas besoin de présenter LE festival de musique symbole de toute une génération et miroir du Flower Power, époque où l'on avait encore l'illusion qu'on pouvait changer les choses en douceur. Mais ne vous méprenez pas, c'est un film sur les coulisses du festival, ici pas de live de Jimi Hendrix, Janis Joplin, Joe Cocker, Grateful Dead ou Jefferson Airplane. Non, Ang Lee a plutôt décidé de nous raconter la genèse et les coulisses de Woodstock. En évitant toute surenchère spectaculaire et en plaçant le film du côté de la comédie, il arrive à nous plonger entièrement dans cette incroyable aventure humaine. Il retranscrit parfaitement l'ambiance et les idéaux de ce passé révolu, sans donner de leçon ou tomber dans les clichés qui collent à cette époque.
Utilisant judicieusement les plans séquences et le split-screen (écran partagé en plusieurs cases qui montrent des actions différentes), il montre l'effervescence et l'impressionnante organisation avant le jour J.

 Peace and love, comme y disaient !

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 21 Octobre 2009

Film iranien d’Asghar Farhadi – 1h56 - avec Golshifteh Farahani, Taraneh Alidousti, Shahab Hosseyni…

À propos d'Elly commence comme un film français sur les trentenaires, un marivaudage bourgeois capté à travers portes et fenêtres, avec une mise en scène classique fondée sur la circulation des regards et une souple harmonie des déplacements de caméra et d’acteurs.
On passe alors au film d’action et ensuite, à peu près dans l’ordre, au policier, à la comédie et au drame psychologique. Si l’on ne s’ennuie jamais, c’est moins à cause des questions qui agitent les personnages, que parce que, Occidental n’ayant jamais mis les pieds en Iran, on n’est pas sûr de comprendre ce qui se joue politiquement et socialement ici, en particulier dans les rapports homme-femme (au cœur du film).
Asghard Farhadi précise que ses personnages appartiennent non à la grande bourgeoisie (comme l’imagine l’Occidental gavé de misérabilisme) mais à la classe moyenne éduquée […] nourrie à la fois de tradition et de modernité.
Aucune dénonciation édifiante ne vient clore le film (ce que certains regretteront sans doute) et l’on reste du coup avec une agréable amertume, parce que toute libération semble équivaloir à une trahison. Un peu comme si le traditionalisme, dans lequel les personnages s’emberlificotent, était - moins qu’une verrue à la face des droits de l’homme - un des avatars de l’ennui générique appelé condition humaine.

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Octobre 2009

Film français de Christophe Honoré – 1h45 – avec Chiara Mastroianni, Marina Foïs, Marie-Christine Barrault, Julien Honoré, Jean-Marc Barr

Les « bonnes familles » sont-elles pires que les autres ? Lena (Chiara Mastroianni) qui a fait voler la sienne en éclats en se séparant de Nigel, son mari, emmène ses deux enfants en Bretagne chez ses parents. Tout le monde s’aime – aucun doute là-dessus -  mais c’est le western : sa mère, qui a pu nourrir, jadis, des pulsions de liberté, la culpabilise.
Avec  Non ma fille tu n’iras pas danser, Christophe Honoré signe un film d’une pudeur et d’une cruauté extrêmes sur la transmission et les violences ordinaires infligées aux filles, malgré un féminisme soi-disant digéré (voir la patronne de Lena sourde à ses problèmes de garde). Il insère au cœur de son récit, traversé par la magie de l’enfance, un conte breton – courte histoire d’une femme qui épuise les hommes au cours d’une danse folle -, fouille les sentiments et opte pour la mobilité. Tout, ici, n’est que départs, fuites, fausses sorties. Chiara Mastroianni entraine dans son sillage un formidable clan de cinéma (Julien Honoré, le frangin un peu barré, Marie-Christine Barrault en statue du Commandeur de la maternité sauvée par la sensualité). Quelle fille, oui, quelle fille ne se reconnaitra pas dans le désarroi de Lena ?

Télécinéobs

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 14 Octobre 2009

Film franco-algéro-britannique de Rachid Bouchareb – 1h28 - avec Brenda Blethyn, Sotigui Kouyaté, Roschdy Zem, Sami Bouajila.

 Elle n'est pas raciste, Elisabeth, mais tout de même : en débarquant à Londres pour rechercher sa fille, elle est stupéfaite de découvrir le quartier où vit la jeune fille. Et c'est avec un drôle de type taciturne, venu de France, qu'Elisabeth va poursuivre une quête de plus en plus angoissée.
Car, en cet été 2005, un attentat terroriste a ensanglanté Londres. Des bombes ont explosé à la gare, dans un bus. La télé diffuse en permanence des images désolées : on compte les morts, on guette les disparus et chaque téléphone qui sonne devient source d'espoir ou d'horreur... Rachid Bouchareb (Indigènes) filme le périple de ce « couple » improbable, différent, presque ennemi, qu'un même désespoir va unir, soudain.
Elle est petite, il est immense. Elle est ronde, il est longiligne. Elle parle, parle, lui se tait. Mais ce sont leurs différences qui les font cheminer insensiblement l'un vers l'autre : Brenda Blethyn reprend, en l'affinant légèrement, son personnage de Secrets et mensonges, de Mike Leigh. Sotigui Kouyaté, lui, est aussi bouleversant que dans Little Sénégal, du même Rachid Bouchareb.
Le cinéaste est en perpétuel équilibre – fragile, tendu – entre fiction et documentaire. Il semble constamment à l'affût de ces deux solitaires tendres, paumés dans cette ville mutante où, summum d'ironie, les fonctionnaires black manient mieux l'anglais que les autochtones...

Télérama

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Rédigé par Huit et Demi

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