Publié le 25 Novembre 2009

http://huitetdemi.site.voila.fr/Images09_10/vincere.jpgFilm français, italien de Marco Bellocchio - 1h58 - avec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Fausto Russo Alesi
Le titre est un infinitif qui résonne de manière péremptoire : Vaincre ! Mais vaincre quoi ? Si on le prend pour un slogan politique, ce titre s’applique de toute évidence à Benito Mussolini, dont il énoncerait le programme conquérant. Mais, simple devise, il s’applique plus sobrement à décrire l’obstination d’Ida Dalser, pour qui il signifierait la volonté que soient reconnus sa relation passée avec Mussolini et l’enfant qui en a été le fruit. Marco Bellocchio lie ainsi d’entrée de jeu le public et le secret, le programme politique et l’élan vital, l’Histoire tout court et l’histoire intime. S’il réunit et harmonise, Vincere, pourtant, ne répète pas : il s’agit sans doute du film le plus mûr, le plus maitrisé, le plus stimulant, visuellement, d’un cinéaste dont le parcours fut à la fois bouillonnant et erratique, mais qui parait entré, depuis une décennie, dans la plénitude de son art. On retrouve dans Vincere la politique, la psychiatrie, le rapport à la mère, le rapport au père, la trahison historique, le complot bourgeois, et bien d’autres motifs déjà traités par Bellocchio. Jusqu’à l’asile de San Clemente que le cinéaste avait visité dans Fous à délier ( 1975), en pleine exaltation post-soixante-huitarde sur l’antipsychiatrie, et qu’il revisite ici avec son héroïne. La volonté didactique de Bellochio, qui a plus d’une fois réuni dans un même discours la sexualité et la politique, a rarement trouvé une expression aussi juste. Le foisonnement est sans cesse contrôlé ; le lyrisme, la tonalité d’Ida, est en même temps épousé et distancé. Dans ce balancement entre recul critique et compassion, Vincere impose les qualités rares d’un grand film : à la fois aventure esthétique et aventure intime.
Positif
Ce que raconte Marco Bellocchio, de façon grandiose, c'est le combat acharné d'Ida, qui refuse sa destitution, revendique sa qualité d'épouse légitime, clame sa vérité, seule contre tous, au risque d'être prise pour une psychotique délirante. Avec les actualités filmées, qui participent à l'ascension médiatique de Mussolini, avec l'extrait du Kid, de Chaplin, qui souligne le déchirement de l'enfant et de sa mère arrachés l'un à l'autre, il charrie des plans visuels renvoyant à l'opéra (Ida devient Aïda), à l'expressionnisme, au futurisme, à l'iconographie fasciste. Tout nous ramène à la représentation, celle du pouvoir, celle d'un homme ne pouvant admettre que son image soit écornée par un scandale, celle d'un fasciste subjuguant les foules par des discours et des comportements clownesques. La force du film est dans sa métaphore : il démonte le mécanisme du fascisme, l'anéantissement moral et physique d'un opposant, à partir d'un vampirisme familial. Bellocchio est évidemment à son affaire, lui qui dénonça les internements abusifs, l'asservissement des fils par leur père, les hypocrisies de l'Église, les procès en sorcellerie...
Le Monde

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Novembre 2009

Film autrichien de Nikolaus Geyrhalter -  1h32 -  Grand Prix festival du film de l'environnement 2006. EcoCamera Award, Montréal 2006. Meilleur film Ecocinema Festival d'Athènes 2006. Prix du Jury Festival de Toronto 2006. Special Jury Award Festival d'Amsterdam 2005.

C'est un film qui ne pipe mot, que n'accompagne aucune musique, mais dont les images sont tellement éloquentes qu'au fil du film, l'esprit du spectateur carbure de plus en plus fort. On y réalise plus que jamais que rien n'est anodin dans la fabrication d'un film : le choix des plans, le rythme des images, la modulation des sons. Ici, tout produit du sens et opère un crescendo qui, loin de vous anesthésier, vous entraîne dans un stimulant voyage au cœur de notre civilisation moderne. C'est beau comme un film d'anticipation, mais c'est du présent qu'il nous cause, ici en Europe et ailleurs. C'est un film accélérateur de méninges qui vous fait un précieux cadeau : il vous laisse le temps de ne pas rester à la superficie des choses, aux antipodes d'un cinéma industriel qui frôle souvent l'entreprise de décervelage.

La Gazette d’Utopia

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 17 Novembre 2009

Film britannique d’ Andrea Arnold -2h02- avec Katie Jarvis, Kierston Wareing, Michael Fassbender 
Prix du jury Cannes 2009

Katie Jarvis (qui était dans le peloton des favorites pour le prix d’interprétation à Cannes) rappelle la dureté friable et l’obstination butée d’Emilie Dequenne dans Rosetta, Kierston Wareing (It’s a free world) incarne une mère usée mais toujours sensuelle et pulpeuse, et Michael Fassbender (Hunger, Inglourious Basterds) confirme qu’il est le grand acteur anglais du moment en séducteur canaille. Tous les seconds rôles sont d’ailleurs excellents, jusqu’à l’incroyable petite sœur de Mia, mouflette qui jure comme un charretier.

S’il n’avait que ces qualités de dialogues poivrés, de direction d’acteurs au cordeau, d’empathie pour les gueux et de vérisme social, Fish Tank serait un bon film, mais un bon film déjà cent fois vu, sans plus-value particulière. Or, Andrea Arnold a réussi à trouver des lignes de fuite, à s’échapper un peu des routes balisées du naturalisme social pour emmener son film dans d’autres endroits que seulement là où on l’attend.

Les Inrocks

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Publié le 10 Novembre 2009

Film franco-helvetico-serbe de Vladimir Perisic – 1h20 – avec Relja Popovic, Boris Isakovic, Miroslav Stevanovic

Pour son premier long métrage, le jeune cinéaste Vladimir Perisic filme la barbarie à visage humain. Dans toute sa banalité. Pas de bruit (si, le chant des oiseaux...), pas de fureur : juste un regard d'une radicalité impressionnante sur la guerre qui a ensanglanté son pays. Tuer ? Un geste simple, expéditif.
Répétitif, aussi, pour ces soldats serbes dont l'attente reprend, arrosée de vodka pour embrumer la culpabilité.vec ce film exigeant, nécessaire, véritable précis de l'obéissance aveugle, Vladimir Perisic montre l'horreur comme elle doit l'être : en temps réel et en pleine lumière.

Télérama

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Publié le 10 Novembre 2009

Film polonais d’Andrzej Wajda – 2h – avec Maja Ostaszewska, Artur Zmijewski, Jan Englert

Dans les pays de l'Est, Katyn est un mot tabou. C'est le nom d'une forêt, en territoire russe, près de Smolensk, où les troupes allemandes trouvèrent en 1941 un charnier. Les cadavres de milliers d'officiers polonais exécutés d'une balle dans la nuque. Qui avait commandité ce massacre ?
Réalisé, comme L'Homme de marbre, dans un contexte politique consensuel, le film est conçu comme une bombe antisoviétique.
À 83 ans, Wajda arbore une belle vigueur créatrice. Katyn est l'un des films les plus poignants qu'il ait réalisés depuis longtemps.

Le Monde

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Publié le 10 Novembre 2009

Film d’animation français, israélien, allemand d’Ari Folman 1h30

Magnifique, magistral, d’une originalité folle, viscéralement antimilitariste et profondément humaniste : un grand choc, un des très grands moments du Festival de Cannes 2008.

 Le Liban, Sabra et Chatila, la guerre… L’horreur…

Voyage terrible et salutaire peuplé de témoignages poignants.

C’est d’autant plus fort que c’est autobiographique, vécu, et que chaque témoignage est bien réel. C’est d’autant plus fort que le travail d’animation est d’une richesse exceptionnelle et donne une dimension incroyable au propos, créant chez le spectateur à la fois une distance salutaire et une adhésion sans réserve, grâce à quoi tout passe, même l’indicible, même l’inimaginable.

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 4 Novembre 2009

Film français de Mathias Gokalp -1h31- avec Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Mélanie Doutey

« Inhabituel » : le cinéma porte rarement un regard aussi précis sur l’entreprise, souvent réduite à un petit théâtre moqueur et démago. « Réjouissant » : l’action nous est présentée non pas de manière chronologique, mais selon différents points de vue. Le cinéaste jongle donc avec ses personnages comme avec  des quilles. Les frimeurs s’avèrent fragiles, les timides redoutables. Par son rythme constant, presque lancinant, sa structure en spirale et sa direction d’acteurs cohérente, Rien de personnel devient moins la description d’individus que le portrait d’un seul système. Désormais, la machine économique récompense ou décapite toute seule. Personne n’exerce de contrôle sur les destins. Même le patron est une marionnette comme les autres. Écrit avant la crise financière, Rien de personnel témoigne d’une époque sur laquelle les hommes ont perdu toute emprise.

Positif

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Rédigé par Huit et Demi

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Publié le 4 Novembre 2009

Film de Michael Haneke -2h25 - avec Burghart Klaussner, Rainer Bock, Susanne Lothar, Christian Friedel, Steffi Kühnert

Et si la Palme d’or avait récompensé  Michael Haneke non en raison d’ne indulgence coupable d’Isabelle Huppert, présidente du jury, mais parce que c’est tout bonnement un grand film ? Une œuvre de la maturité, capable de ressusciter à elle seule un monde révolu, et dont le spectateur pressent qu’elle atteint d’emblée le rang de classique. Un peu à la manière du chef-d’œuvre de Bergman Fanny et Alexandre (1982), qui montrait aussi des enfants aux prises avec un pasteur glaçant.

Le Canard enchainé

C’est un film sur les racines du mal. Le vrai. Pas celui qui tombe du ciel, mais celui qui prospère sur Terre par le seul fait des hommes.

Si le Ruban blanc est un film fort, c’est qu’il est plus grand que son sujet autochtone. C’est une parabole qui vaut pour aujourd’hui. De quel fascisme sommes nous capables ici et maintenant ?

Libération

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Rédigé par Huit et Demi

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